Le projet a été baptisé Phoenix. Reprenant ainsi le logo de l’entreprise, symbole de ce métier de reconditionneur que Reborn ("renaître" en français) a appris au fil de l’eau, jusqu’à devenir leader en France de cette activité de - quasi - remise à neuf des produits tech, smartphones en tête.
Un site deux fois plus grand
Dans la zone industrielle de Carros, dans les Alpes-Maritimes, Reborn va lancer la construction d’un nouveau bâtiment en septembre 2026 sur un terrain adjacent aux deux existants, récemment acquis par l’entreprise.
Le site doublera ainsi de taille pour passer de 7 000 à 14 000 m2, mais aussi de capacité, avec un plan progressif de 200 recrutements, l’entreprise employant 130 salariés actuellement. "Nous aurons le plus grand site de reconditionnement d’Europe, assure Roger-David Lellouche, son président. Cette volonté s’établit dans un chemin très clair : nous sommes aujourd’hui leader du marché français, nous avons besoin de plus de place et de plus de monde pour devenir le leader européen."
Un marché français de plus de 1 milliard d’euros
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Reborn vise les 150 millions d’euros de chiffre d’affaires pour son prochain exercice, porté par un marché du reconditionné en hausse constante, estimé en France à plus d’un milliard d’euros : près d’un téléphone acheté sur cinq est désormais un produit reconditionné.
Sur les 820 000 produits reconditionnés par Reborn en 2025 (+ 21 % par rapport à 2024), 550 000 sont des smartphones, garantis deux ans (iPhone et Samsung). L’entreprise redonne aussi vie à des iPad, des Airpods (130 000 paires), des ordinateurs Macbook ou des Apple Watch.
Au total, 85 % des produits arborent la marque à la pomme. Et alors que la firme californienne prévoit de sortir l’iPhone 18 en septembre 2026, le 17e du nom se vend, neuf, à plus de 1 000 euros, flirtant avec les 1 500 euros selon les options.
Autant dire que la seconde main a de l’avenir. Ne serait que pour des considérations économiques, sans doute bien avant, tout souci écologique. "Grâce au nouveau site, nous pourrons reconditionner 750 000 smartphones de plus et monter notre capacité à plus de 1,5 million de produits par an", précise Roger-David Lellouche.
De l’autoradio à l’iPhone
Fondée il y a exactement cinquante ans, l’entreprise DPA Europe, actrice dans l'importation et la distribution de produits high-tech, a d’abord vendu des autoradios avant de s’ouvrir peu à peu à d’autres équipements auto comme le GPS portable ou les systèmes de vidéo embarquée.
Elle est ensuite entrée dans l’univers de la maison par le biais des boîtiers de la TNT, la télévision numérique terrestre. "Nous en avons vendu un million en quelques mois mais, l’année d’après, il n’y avait pas besoin de changer de système. On s’est alors retrouvé avec un petit trou dans la raquette au niveau de l’activité et de notre business plan, explique le président. On s’est alors posé différentes questions pour se positionner sur une économie plus verte et abandonner le fabless (sans usine, NDLR)."
En 2017, naît ainsi Reborn qui se lance sur un métier émergent. "Nous avons évolué peu à peu", confirme Franck Lellouche, fondateur du groupe. "Il a fallu créer des outils adaptés à un métier qui n’existait pas, explique son fils. Il a donc fallu investir, comprendre ce marché, apprendre en marchant."
54 points de contrôle
Aujourd’hui, Reborn revendique une qualité "la plus proche possible de l’expérience d’un produit neuf". Car le reconditionné n'est pas un simple produit d'occasion. Il est remis à neuf ou presque. C'est en cela que l'azuréen se démarque.
Il a ainsi mis en place une batterie de tests incluant 54 points de contrôle : écran, sécurité, batterie, audio, image, capteur de lumière, carte mère, oxydation, accéléromètre, USB… de quoi offrir une garantie allant jusqu’à 24 mois pour un produit vendu 30 à 70 % moins cher que le neuf dans des réseaux tels que Fnac-Darty ou Orange.
Une voie de réindustrialisation
Toute cette exigence de qualité passe par du made in France, "un ancrage territorial" revendiqué. Être implanté sur la Côte d’Azur et s’y étendre, s’inscrit pour l’entreprise et ses dirigeants dans une "logique d’un circuit le plus court possible, d’un produit qui doit être reconditionné le plus proche possible de son lieu de rachat, souligne Roger-David Lellouche. Et qui doit permettre à la France de réindustrialiser une partie de ce qu’elle a perdu. Il n’existe plus aucun smartphone fabriqué en France. Notre seule capacité est de pouvoir reconditionner en France."
Le futur bâtiment devrait être livré entre la fin 2027 et le début 2028. Il permettra alors non seulement de répondre à la hausse de la demande, qui va se poursuivre si ce n’est accélérer jusque-là, mais aussi d’anticiper de futures habitudes ou obligation de consommation qui devraient amener à reconditionner et réemployer toujours plus, et pas seulement les smartphones. Offrir aussi une seconde vie à des aspirateurs ou autres robots ménagers… Reborn ne l’exclut pas.