À l’instar des grandes maisons de la place Vendôme, l’aparisienne Gemmyo a recours à des sous-traitants pour réaliser ses bijoux, fabriqués à la commande. Parmi eux, l’atelier Callistorea, près de Nice, au capital duquel elle est récemment entrée
"Il s’agit d’une prise de participation minoritaire, précise Sophie Guarric, directrice générale de Gemmyo, mais suffisamment importante pour avoir une voix, un partage de connaissances et une montée en compétences, de leur côté comme du nôtre, sur une construction financière et sur un savoir-faire technique".
6 boutiques en France et jusqu’au Japon
Maison de joaillerie indépendante, fondée en 2011, Gemmyo est d’abord née sur Internet où elle réalise toujours 60 % de ses ventes, avant de déployer ses boutiques en propre. Elle en compte désormais 6 en France, dont une à Aix-en-Provence, et s’est aussi implantée en Belgique, en Suisse et au Japon où elle a réalisé 2 millions de chiffre d’affaires dès la première année.
Forte d’une centaine de collaborateurs, elle enregistre 20 % de croissance annuelle et un chiffre d’affaires qui se compte "en dizaines de millions d’euros", avec l’ambition de "dépasser les 100 millions d’euros d’ici trois à cinq ans." Si le luxe n’est pas totalement épargné, il reste moins bien moins concerné par la conjoncture et ses soubresauts.
"Avoir du Made in France, ce ne sont pas juste des mots, il faut s’engager pour cela."
Face aux menaces de délocalisation
Pour Gemmyo, le souci premier est de pouvoir conserver ce qui fait sa singularité : un savoir-faire français, reconnu dans le monde entier. "Comme beaucoup de métiers, il est menacé par la délocalisation, reprend Sophie Guarric. Une délocalisation pas toujours 100 % honnête car elle ne va concerner que certaines sous-étapes. Or, si on veut vraiment que le savoir-faire perdure, il faut garder une large part de la chaîne de valeurs en France, surtout quand on veut tenir un délai très court. Avoir du Made in France, ce ne sont pas juste des mots, il faut s’engager. En tout cas, on ne le voit clairement pas comme un investissement financier."
Pas d’exclusivité
Ainsi Gemmyo a-t-il investi dans l’atelier Callistorea (25 salariés), autre entreprise familiale, située à Saint-Laurent-du-Var près de Nice, qui a fait de la qualité et de la proximité avec ses clients, des piliers majeurs de son développement.
En matière de joaillerie, "sur la Côte d'Azur, il n'y a pas un écosystème forcément aussi solide que ce qu'il peut y avoir dans d'autres régions. On trouvait intéressant de les soutenir aussi pour cette raison-là. Ils subissaient un petit peu les aléas du marché, les fluctuations des commandes. Ce partenariat renforcé donne une certaine sérénité sur les perspectives de croissance, la garantie qu'ils auront des volumes constants et en croissance, et la capacité à co-investir avec eux pour qu'ils puissent sereinement faire grandir leur atelier."
Gemmyo envisage déjà dans les années suivantes, de monter davantage au capital.
Pour autant, elle ne lui réclame aucune exclusivité. L’atelier azuréen continue de travailler pour d’autres marques. "Ce n’est pas un choix qui fait unanimité, assure Sophie Guarric. Beaucoup de marques préfèrent, pour des raisons de confidentialité, de priorité, qu’un atelier leur soit dédié. Moi, je suis profondément convaincue qu’un atelier est plus fort quand il est multi-clients car il est challengé sur le plan créatif, sur ses délais, sur ses prix. Il reste dynamique."
Un "pôle de compétences"
Pour aller plus loin dans ce nouveau partenariat, Gemmyo et Callistorea travaillent à un "pôle de compétences". "Nous aurons davantage d’interactions sur du design, sur du développement, sur de l’amélioration continue. Des collaborateurs de Gemmyo iront travailler dans les locaux de Callistorea."
Une alliance qui pourrait encore être renforcée au fil des ouvertures de boutiques, dont une devrait, à terme, voir le jour sur la Côte d’Azur.