Édition Bougainville, qui conçoit et fabrique des tapis haut de gamme, vient de prendre possession de son nouveau siège de 600 m2 à Mougins, près de Cannes. Des locaux plus vastes et plus visibles et un showroom lumineux, écrin à la hauteur de ses tapis haute couture.
Des pièces uniques
Pour la PME de 22 salariés (CA proche de 8 M€), il s’agit de s’ouvrir à d’éventuels clients particuliers mais surtout, de montrer au mieux son savoir-faire et ses extraordinaires créations aux professionnels, architectes ou décorateurs qui viennent chercher de "l’exclusif". "Nous avons créé 15 collections mais le cœur de notre activité reste le sur-mesure, explique Olivier Charles, dirigeant et fondateur de l’entreprise. 75 % de nos productions sont customisées, personnalisées." En termes de taille, forme, couleurs (il y en a 1 400), matières (alpaga, pashmina, soie, lin…), motifs, effets.
Pallier l’absence de la clientèle russe
Du Carlton à Cannes, à l’Hôtel de Paris à Monaco, au Royal Monceau à Paris, l’hôtellerie représente 15 à 20 % de son activité, la plus grande part (60 à 70 %) étant dédiée au résidentiel. De luxe, toujours. Mais dans la région, celui-ci était il y a peu encore la propriété d’une forte clientèle d’oligarques russes, disparue depuis la guerre en Ukraine. "Il y a vraiment eu une transformation du marché pour les marques de luxe. Il a fallu trouver de nouveaux marchés. Nous nous sommes déployés, via des bureaux commerciaux, dans des pays d’Europe sur lesquels nous n’avions pas forcément concentré nos efforts jusqu’à présent, comme l’Italie (où l’entreprise implantera 5 nouvelles agences cette année, NDLR), l’Allemagne, l’Espagne ou le Benelux."
L’Arabie saoudite, locomotive du Moyen-Orient
Édition Bougainville peut aussi compter sur le Moyen-Orient où œuvre l’équipe commerciale installée à Dubaï. Et particulièrement sur l’Arabie saoudite dont elle peut attendre, à l’instar du Qatar en 2022, un "effet Coupe du monde de football" que le pays organisera en 2034. "J’y vais depuis bientôt 20 ans, reprend Olivier Charles. On y voit une transformation profonde de la société et un vrai développement, que ce soit dans le résidentiel ou l’hôtellerie, avec cette vision de MBS (Mohammed ben Salmane, à la tête de l’Arabie saoudite, NDLR) d’ouverture du pays au tourisme. Des projets pharaoniques sont en train de sortir." Parmi lesquels, on peut aisément l’imaginer, un futur palais démesuré qui viendrait concurrencer les 65 000 m2 que l’émir du Qatar s’était fait construire en 2022 et pour lequel l’entreprise azuréenne avait imaginé et fabriqué quelque 12 000 m2 de tapis.
À la conquête de l’Amérique
Ainsi, le Moyen-Orient représente entre 20 et 25 % du chiffre d’affaires, selon les chaos du monde. Rien qui n’ait pas de répercussions. Comme aux États-Unis, "le plus gros marché au monde pour la décoration, le revêtement de sol". Charles Olivier n’imagine pas ne pas essayer de conquérir. "Nous sommes en phase de développement puisqu’on a établi une agence au Canada. Mais l’arrivée de Trump à la présidence des États-Unis ne facilite les choses. Au-delà de la question des taxes douanières, il y a une politique psychologique de sa part de vouloir recentrer la consommation sur les produits américains."
La PME devrait toutefois participer, en octobre 2025, à New York, à un salon consacré à l’art de vivre à la française, avec Business France. Car cela prendra du temps, mais "en termes de potentiel, les États-Unis sont certainement beaucoup plus importants pour nous que le potentiel au Moyen-Orient. C’est vraiment une stratégie à moyen-long terme, sur 5 à 10 ans."
Vers 65 % à l’export
D’ici là, Olivier Charles entend rééquilibrer les marchés français et internationaux afin d’être "moins sujet à ces aléas internationaux géopolitiques qui ont tendance à se répéter de manière assez régulière et de plus en plus. Au début, nous étions à 80 % à l’export. Nous sommes en train d’aller vers du 65 %." Le nouveau showroom à Mougins, devrait l’y aider, complétant celui ouvert à Paris en 2023.
Des tapis pour un Airbus A319… privé
Le yachting et l’aviation privée qu’Édition Bougainville adresse par ailleurs devraient aussi l’aider en ce sens. "Nos clients finaux, qui ont de grandes maisons ou résidences, ont en général des yachts et pour certains d’entre eux, des avions. Ce n’était pas spécialement une cible pour nous mais nous y sommes arrivés en répondant à leur demande". Et même si l’activité dédiée reste marginale pour l’entreprise, la demande est croissante. Olivier Charles confie par exemple "être en échanges très serrés avec Dassault Aviation et Airbus notamment, pour le développement d’un projet concernant un Airbus A319 privé."