Près de 100 millions d’euros d’investissement en moyenne chaque année, c’est le montant mis sur la table par la coopérative Cristal Union (CA : 2,65 Md€) pour sa décarbonation, depuis 2010. Productrice de sucre, d’alcool et de bioéthanol, l’ETI basée dans l’Aube a récemment engagé des fonds pour l’efficacité énergétique de sa sucrerie de Corbeilles-en-Gâtinais (Loiret), ou encore pour rendre l’intégralité de ses sucreries autonomes en eau. Des investissements qui concernent les scopes 1 et 2, c’est-à-dire les émissions directes et indirectes, liées à la consommation d’électricité, de gaz à effet de serre. Pour autant, "la décarbonation industrielle n’est qu’une partie de nos émissions de gaz à effet de serre", lance Xavier Astolfi, directeur général de Cristal Union.
Pour atteindre son objectif de neutralité carbone d’ici 2050, Cristal Union investit également son scope 3, qui désigne les émissions de gaz à effet de serre indirectes mais non contrôlées par l’entreprise, liées à ses fournisseurs et ses sous-traitants, par exemple. À ce titre, l’entreprise lance son programme Cristal Vision Empreinte Zéro, pour donner les moyens à ses 9 000 agriculteurs adhérents de protéger leurs sols et de décarboner leurs productions. D’après les données de la coopérative qui possède 45 % de la surface betteravière française, 42 % des émissions de gaz à effet de serre de son scope 3 sont en effet liées aux betteraves, ainsi que 14 % pour le blé et 12 % pour le sucre de canne.
Réduire de 27,5 % les émissions d’ici 2030
Pour décarboner son scope 3, Cristal Union s’est fixé l’objectif de réduire de 27,5 % ses émissions de gaz à effet de serre agricoles d’ici 2030, par rapport aux chiffres de 2019. Le programme est validé par le SBTi (Science Based Target initiative), initiative internationale collective née en 2015 pour accompagner les entreprises dans leurs objectifs de décarbonation, dans la lignée de l’accord de Paris sur le climat.
Start-up agritech marnaise ayant récemment levé un million d’euros, c’est MyEasyFarm (28 salariés) qui a été choisie pour aider les agriculteurs de l’ETI dans cette trajectoire. Spécialisée dans l’agriculture régénératrice, bas carbone et de précision, l’entreprise menée par François Thierart développe une gamme d’outils agritech. Et en a conçu un spécialement pour Cristal Union, destiné à évaluer l’empreinte carbone de ses 9 000 coopérateurs puis à les guider dans une démarche de progression.
Un outil de décarbonation
En 20 minutes, la plateforme permet aux adhérents de l’ETI de renseigner leurs pratiques agricoles. L’outil calcule alors un score carbone, qui est le point de départ du parcours de l’agriculteur. Ce dernier peut comparer son score à la moyenne de sa zone, et bénéficie de conseils techniques en fonction de ses pratiques, pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre ou séquestrer davantage de carbone dans ses sols. Des recommandations émises au regard de plusieurs années de recherche menées par les deux entreprises, avec 15 000 parcelles d’essais pour tester de nouveaux outils ou encore de la rotation de culture, près de 80 agronomes mobilisés sur le terrain et des fermes pilotes lancées en 2021.
Des primes pour les agriculteurs
"Pour nous, l’équité coopérative c’est offrir à chacun les mêmes chances de progresser, au plus près des réalités du terrain. C’est pourquoi notre dispositif Cristal Vision Empreinte zéro est destiné à tous nos adhérents sans exception", assure William Huet, directeur agricole de la coopérative. La démarche, financée par Cristal Union, a été réalisée par l’entièreté des agriculteurs travaillant avec la coopérative.
Pour les encourager à suivre les conseils donnés par l’outil, Cristal Union met en place des primes carbones, reversées aux agriculteurs les plus avancés dans la décarbonation. Les primes sont progressives : 50 centimes d’euro par tonne de betterave si les émissions moyennes annuelles de l’exploitation sont comprises entre 25 et 30 kg de CO2 équivalent par tonne de betterave, un euro par tonne pour des émissions comprises entre 20 et 25 kg de CO2 équivalent et 1,50 euro par tonne de betterave pour des émissions inférieures à 20 kg de CO2 équivalent. En moyenne et d’après la base de données Agrybalise, 38,4 kg de CO2 équivalent par tonne de betterave sont émises. Ces primes seront versées à partir de mars 2026.
Cette prime carbone s’ajoute à une première prime mise en place en 2023. L’enveloppe en question est liée à l’offre Amplify commercialisée par Cristalco, la filiale commerciale de Cristal Union, permettant aux clients de souscrire à payer une prime de durabilité sur le sucre et l’alcool, qui sera reversée aux agriculteurs. Ces deux dernières années et dans le cadre de cette prime, l’entreprise a été en mesure de reverser 2,2 millions d’euros à ses agriculteurs les plus avancés dans la mise en place de pratiques agroécologiques et bas carbone. Et anticipe d’évoluer à 2,5 millions d’euros en 2025.