C'est en Scop que Bergère de France (15,4 M€ de CA ; 145 salariés) poursuivra sa fabrication de laine à tricoter, avec 57 associés salariés. Une reprise qui sauve le dernier fabricant de laine de la disparition : placée en redressement judiciaire en 2015, puis en liquidation, l'entreprise devait fermer ses portes le 26 octobre prochain. Deux offres de reprise ont été déposées : l'une par les salariés, en Scop, et la seconde par Phildar, concurrent de Bergère de France. "Ils ne proposaient pas de reprise de l'outil industriel : leur vision était simplement de racheter une marque", appuie Jean-Michel Nicolas, directeur commercial de Bergère de France.
Le 21 octobre dernier, le tribunal de commerce de Bar-le-Duc a validé le plan proposé par les salariés de Bergère de France, établi en collaboration avec l'Union Régionale des Scop Grand Est. "Il s'agit d'une véritable victoire collective et d'un signal fort pour la sauvegarde de l'industrie locale", commente dans un communiqué Fatima Bellaredj, déléguée générale de la CG des Scop.
Une Scop à deux têtes
L'entreprise sera officiellement reprise le 25 octobre. Jean-Michel Nicolas en sera le directeur général et Valentine Fanjeaux, responsable teinture et finitions, en deviendra la présidente. "Les 57 associés salariés sont entrés au capital à la même hauteur", précise Jean-Michel Nicolas. Le capital restera ouvert aux nouvelles recrues et aux salariés encore non associés.
Redimensionner la production
Bergère de France redémarrera avec des ambitions révisées. "Nous étions à 217 tonnes de production en 2023 : nous passerons à 155 tonnes sur le prochain exercice", explique Valentine Fanjeaux. De même, l'entreprise devrait passer à 70 salariés, soit 55 de moins qu'aujourd'hui. "Il y avait trop de personnel par rapport au chiffre d'affaires : il fallait réduire le nombre de salariés sur la partie production", précise Marie-Madeleine Maucourt, directrice de l'UR Scop Grand Est.
Dépoussiérer la marque
"Nous n'arrivions pas à être dans l'ère du temps, nous avions toujours un temps de retard. Nous allons nous recentrer sur les fils ronds, qui sont les plus connus, comme la Barisienne", cible Valentine Fanjeaux. Pour autant, l'entreprise poursuit sa production de fil fantaisie. "Nous allons travailler une offre plus large, mais avec moins de profondeur de stock", complète Jean-Michel Nicolas.
Une volonté de dépoussiérer la marque, qui s'exprime également sur le volet commercial. "Il nous faut améliorer notre force de vente et notre partie commerciale", appuie Valentine Fanjeaux. "Aujourd'hui, nos deux réseaux de distribution sont le site internet et les merceries : cela ne suffit pas, il faut augmenter la visibilité de notre offre sur de nouveaux supports", pointe Jean-Michel Nicolas. Dans cet objectif, l'entreprise vise notamment les magazines et une collaboration avec la maison de la presse.
800 000 € d'investissements
Pour réaliser ces objectifs, Bergère de France prévoit une première vague de près de 800 000 € d'investissements sur les volets digitaux et de production. "Nous allons investir dans des logiciels pour optimiser notre production, comme une plateforme de vente en B to B, ou encore des outils de téléphonie", annonce Jean-Michel Nicolas.
Pour assumer ces investissements, l'entreprise est soutenue par les banques : le 15 octobre, le Crédit Coopératif, le Crédit Agricole et Socoden se sont prononcés de manière favorable pour le financement de la transformation de Bergère de France en Scop. "Le projet s'appuie également sur les aides des collectivités locales et régionales, à savoir le Conseil Régional Grand Est et le GIP Objectif Meuse", explique l'Union régionale des Scop dans un communiqué.
Conquérir un nouveau public
Bergère de France bénéficiera d'un soutien stratégique et opérationnel de l'Union des Scop, comprenant "des formations sur la gestion d'entreprise, ainsi que l'acquisition d'outils de pilotage et la mise en oeuvre d'une stratégie commerciale innovante", cite notamment l'UR Scop. "L'objectif est de conforter notre public existant et de donner envie à un nouveau public, jeune ou moins jeune, de nous découvrir", anticipe Jean-Michel Nicolas.