Ses marinières et collections de vêtements se portent depuis près de 90 ans. Armor-lux, qui œuvre dans l’industrie textile depuis Quimper, a réussi à garder sa place malgré l’omniprésence des marques fabriquées à l’étranger et notamment en Asie. Son savoir-faire en tricotage et confection doit pourtant faire face à une problématique de taille : le manque de formation spécialisées dans ces métiers, pour la réalisation de la coupe, de l'assemblage et jusqu'aux finitions dans l'univers industriel. Face à ce constat, l’entreprise a dû s’organiser pour perpétuer son savoir-faire, et donc son existence même. Elle a mis en place la transmission des métiers par des binômes intergénérationnels.
"Les prémices remontent aux années 2000, explique Marion Hymery, DRH de l’entreprise de confection, qui emploie 600 salariés pour un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros. À l’époque, nous avons connu une première grande vague de départs en retraite. Nous avons alors commencé à travailler avec l’IFTH (Institut Français du Textile et de l’Habillement) et la Région Bretagne pour monter un programme de formation interne destiné à transmettre nos savoir-faire."
22 binômes en trois ans
Aujourd’hui, Armor-lux permet à de jeunes apprenants de se former dans le cadre d’un contrat de professionnalisation d’un an, au sein de ses ateliers, en confection ou en tricotage. Depuis 2023 et la signature d’un accord collectif d’entreprise, le système de binôme intergénérationnel a ainsi pu former 22 nouvelles recrues.
"Créer du lien et renforcer la cohésion sociale"
"Ces binômes sont mis en place sur la base du volontariat, explique Marion Hymery. Au-delà de la formation, ils permettent de créer du lien entre les générations au sein de l’entreprise, de valoriser les savoir-faire respectifs et de renforcer la cohésion sociale." Un système pleinement gagnant donc pour Armor-lux, qui cherche en permanence à recruter. 48 postes sont actuellement à pourvoir.
Un recrutement par simulation en amont
"Nous commençons par organiser une séance d’information collective avec France Travail, pour déceler des candidats motivés, curieux, qui ont une appétence pour l’industrie ou la couture", détaille la DRH. Puis, une phase de recrutement par simulation est proposée, avec des tests de logique ou de pratique sur une machine. "Nous évaluons la dextérité, la précision et la patience", précise Marion Hymery. Par la suite, France Travail finance au candidat retenu un stage de 4 semaines, afin qu’il se projette concrètement dans l’environnement industriel d’Armor-lux et parfois casser les idées reçues sur le métier.
Avec des collaborateurs de plus de 55 ans
"Nous attribuons ensuite un binôme, qui est un collaborateur plus expérimenté, de plus de 55 ans, et volontaire pour transmettre ses compétences", poursuit la DRH, qui a toujours trouvé des salariés prêts à s’engager volontairement, même s’ils ne bénéficient pas de primes pour cela.
Une valorisation par points
"Nous valorisons cet accompagnement d’une autre manière, au sein d’une grille de classification de polyvalence. Nos collaborateurs obtiennent des points dans cette grille, selon s’ils sont tuteurs, formateurs ou binôme par exemple. Les points obtenus peuvent ensuite s’accompagner d’une valorisation salariale. Les binômes ont aussi une grande fierté de partir en retraite en ayant transmis des compétences", détaille Marion Hymery. Pour cadrer leur rôle, la DRH et le chef d’équipe échangent avec eux sur les enjeux de leur mission, les étapes à valider dans l’accompagnement. "Nous leur indiquons qu’il faut être patient, pédagogue, et surtout avoir envie de tenir ce rôle. Pour le reste, nous leur faisons totalement confiance sur le volet technique".
"La méthode est très cadrée et tout est formalisé par écrit. Cela permet de voir si les compétences sont acquises ou non, puis d’avancer. L’apprenant, lui, prend ainsi conscience de sa progression, de ce qu’il lui reste à acquérir"
Des vidéos pour appréhender les gestes
Pendant un an, la nouvelle recrue suit donc un parcours théorique et pratique dans le cadre d’un contrat d’alternance ou de professionnalisation, pour devenir opérateur de coupe, confection et finition. "La théorie se passe à travers le visionnage de vidéos permettant d’appréhender les gestes qu’il faudra ensuite effectuer en atelier, explique Marion Hymery. Cette étape rassure l’apprenant avant de passer sur une machine." Une quarantaine de vidéos, réalisées en situation réelle chez Armor-lux, montrent ainsi différents gestes en même temps qu’elles valorisent le travail de l’entreprise. Une fois en atelier, le jeune est placé d’abord sur le même poste que son binôme, puis sur une autre machine identique mais toujours à proximité.
Tout au long du parcours, le binôme réalise des points d’étape clés avec un chef d’équipe, une contremaîtresse ou un responsable des ressources humaines. "La méthode est très cadrée et tout est formalisé par écrit. Cela permet de voir si les compétences sont acquises ou non, puis d’avancer. L’apprenant, lui, prend ainsi conscience de sa progression, de ce qu’il lui reste à acquérir, et lui donne de la visibilité sur les perspectives du métier."
80 % de réussite
Armor-lux peut se targuer d’avoir 80 % de réussite sur son système. Les 20 % restants concernent soit des recrues qui ne se projettent pas à long terme, soit des échecs dans la progression malgré la personnalisation du parcours. "Notre objectif est évidemment de garder les personnes formées dans l’entreprise et de pérenniser les équipes", précise-t-on. D’autant que cela représente un investissement, même si le financement passe en partie par les Opco. Le temps alloué par le binôme pour former un jeune est supporté par Armor-lux. "Nous n’avons jamais chiffré de temps passé, car de toute façon, il est vital", conclut Marion Hymery.