Armor-Lux fait de la qualité son maître-mot depuis près de 90 ans
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Armor-Lux fait de la qualité son maître-mot depuis près de 90 ans

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Créée à Quimper par un industriel suisse fuyant la guerre, Armor-Lux est devenu en emblème du savoir-faire "made in Bretagne". Malgré une très forte concurrence internationale, la marque a su traverser les décennies grâce à la qualité de ses produits tout en conservant une très forte identité bretonne. À l’aube de ses 90 ans, l’entreprise peut s’appuyer sur son histoire pour se projeter vers l’avenir.

Une publicité mettant en valeur les pulls marins Armor-Lux (1981) — Photo : Armor-lux

Armor-Lux. Pour chacun d’entre nous, la marque renvoie systématiquement à la célèbre marinière et à la Bretagne. Elle était d’ailleurs le sponsor du bateau de Jean Le Cam Tout commence en Finistère-Armor Lux sur le dernier Vendée Globe.
C’est pourtant un ingénieur suisse, Walter Hubacher, fuyant les prémices de la Seconde Guerre mondiale, qui crée la Bonneterie d’Armor à Quimper en 1938. Il démarre la confection de sous-vêtements mais est contraint de réduire la voilure pendant la guerre. En 1947, il construit un premier atelier sur la zone de l’Hippodrome, à Quimper, emploie 50 personnes et créé la marque Armor-Lux (Ar mor, la mer en breton et lux, la lumière). Très rapidement, l’industriel se diversifie pour élargir la clientèle.

Une marque des familles

La marinière fait son apparition dans une gamme de vêtements de qualité pour les marins et les pêcheurs : des pulls en coton ou en laine et des vêtements professionnels. La marque se fait peu à peu une place dans les familles grâce à la création de sa première collection de prêt-à-porter en 1970. C’est le début d’une phase importante de développement qui se traduit par la volonté d’ancrer la marque auprès du grand public : au début des années 1980, Armor-Lux compte cinq boutiques en Bretagne, à Angers et Strasbourg et emploie 450 salariés, dont une grande majorité d’opératrices de confection.

"Nos CV et notre bretonnitude l’ont convaincu"

Mais le chiffre d’affaires est en baisse et Armor-Lux a besoin d’un coup de jeune pour relancer ses ventes et faire évoluer son image. C’est le challenge que se lancent en 1993 Jean-Guy Le Floch et Michel Guéguen (décédé en 2023), des amis de 20 ans rencontrés sur les bancs de Maths sup au lycée Châteaubriand, à Rennes.

Jean-Guy Le Floch et Michel Guéguen, les amis associés, réunis dans un magasin d’Armor-Lux dans les années 2000 — Photo : Armor-lux

Les deux anciens du groupe Bolloré (Jean-Guy Le Floch était directeur général du groupe et Michel Guéguen, directeur recherche et développement) réalisent là leur rêve de racheter une affaire ensemble. "C’était une opportunité un peu folle, se rappelle Jean-Guy Le Floch, président d’Armor-Lux. Walter Hubacher souhaitait vendre depuis quelque temps mais était méfiant car il voulait avant tout protéger ses salariés. Il avait 89 ans à l’époque et je crois que nos CV et notre bretonnitude l’ont convaincu !" Le rachat acté, les deux associés accélèrent très largement les processus de qualité avec la création d’un laboratoire très structuré et labellisé. "La qualité, qui était déjà là mais un peu intuitive, est devenue maîtrisée scientifiquement avec une soixantaine de tests pour un tissu ou un produit. Chez nous, il n’y a pas d’obsolescence programmée", résume l’industriel quimpérois.

Partenaire des grands événements bretons et de la voile

Les anciens métiers à tricoter sont remplacés par des nouveaux modèles ultra-modernes, informatisés. Il faut aussi développer la notoriété de la marque qui, au début des années 1990, reste globalement concentrée sur la Bretagne et la Vendée.

Jean-Guy Le Floch, président du groupe Armor-Lux, au siège social à Quimper — Photo : Goulven Connan


"Un gros travail de communication a été réalisé pour faire connaître Armor-Lux, avec de nombreux partenariats événementiels : Fêtes maritimes de Brest et Paimpol, Festival interceltique, Festival du Bout du Monde à Crozon… Nous avons aussi fixé notre ancrage maritime avec beaucoup de sponsoring dans la voile, d’abord avec Erwan Tabarly puis Bernard Stamm et Jean Le Cam." Le rachat de la marque de vêtements nautiques Bermudes, en 2002, permet d’ailleurs de faire le trait d’union avec le monde de la voile.

De la marinière à la veste

"La marinière ou le pull, c’est Armor-Lux et on met sa veste Bermudes quand on part en mer", sourit le dirigeant. En 2004, après l’inondation du site de l’Hippodrome, Jean-Guy Le Floch et Michel Guéguen actent le déménagement vers le site actuel.

L’usine de l’Hippodrome d’Armor-Lux sous les eaux (2000). Une partie des activités a été déménagée depuis en zone non-inondable — Photo : Armor-lux


"Nous avons rapatrié les bureaux et une partie de la production et ajouté ici, à Kerdroniou, la dimension logistique, tombée à point nommé pour le développement du marché en ligne, qui pèse aujourd’hui 15 millions d’euros de chiffre d’affaires." Le groupe découvre le marché du vêtement de travail avec succès, pour la SNCF, Aéroports de Paris, La Poste… Les années 2000 sont aussi celles de la reconstruction de la gamme, avec une logique de collection : vareuse, pantalon à pont, marinière, pull marin, chemise…

Poursuivre le développement et préparer l’avenir

La marque élargit sa clientèle, via l’ouverture de boutiques un peu partout dans l’Hexagone et multiplie ses ventes par 2,5 entre 1993 et 2004.

Armor-Lux dispose de 100 boutiques en France. Ici un magasin parisien — Photo : Armor-lux

Mais dans un marché ultra-concurrentiel dominé par l’Asie (Chine et Bangladesh), Armor-Lux doit faire des choix : si le tricotage, savoir-faire historique du groupe, est réalisé à 100 % à Quimper, ainsi qu’une partie de la confection, le tissage et le reste de la confection sont désormais réalisés par des partenaires en France ou au Maroc. La question environnementale, aussi, est au centre des préoccupations du groupe, qui dispose de labels RSE (ISO 14001 et 26000), travaille le plus possible avec du coton bio et équitable et se prépare à la neutralité carbone en 2050. Il n’oublie pas non plus d’accompagner des projets du territoire et soutient par exemple Innovéo, le fonds de dotation du CHU de Brest.

Un réseau de 100 boutiques

Aujourd’hui, fort de ses 120 millions d’euros de chiffre d’affaires, le groupe dispose de 100 boutiques en France, est présent au Japon, en Angleterre, en Allemagne et rajeunit son image, à travers par exemple sa collaboration avec Le Slip Français, dont une nouvelle collection doit sortir à l’été 2025. Depuis 2023, la nouvelle génération de directeurs généraux est en place, avec Thomas Guéguen, le fils de Michel Guéguen, Philibert Carminati et Yannick Le Floch, respectivement gendre et fils de Jean-Guy Le Floch. De quoi assurer la continuité pour relever les défis des prochaines décennies.

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