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"Notre défi, c'est de conserver nos valeurs et de continuer de nous développer"
Interview Finistère # Textile et mode # Stratégie

Jean-Guy Le Floch président du groupe Armor-Lux "Notre défi, c'est de conserver nos valeurs et de continuer de nous développer"

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Unexo, fonds d’investissement du Crédit Agricole, vient d’entrer au capital d’Armor-Lux. Au cœur d’une concurrence mondiale très forte, le groupe quimpérois créé en 1938 mise sur la qualité et une forte identité bretonne pour poursuivre son développement. Une nouvelle génération de dirigeants est à l’œuvre. Jean-Guy le Floch, président du groupe, révèle la stratégie de la marque quimpéroise.

Jean-Guy Le Floch, président du groupe Armor-Lux — Photo : Goulven Connan

Vous venez d’accueillir Unexo, le fonds d’investissement du Crédit Agricole, au sein d’Armor-Lux. Quelle est la stratégie derrière cela ?

Nous travaillons avec des financiers depuis notre arrivée avec Michel (Michel Guéguen, ancien directeur général du groupe, décédé en 2023, NDLR), en 1993. Lorsque les précédents sont sortis, une partie des titres, en actions auto-contrôlées, a été rachetée par le groupe lui-même. Cette partie de l’auto-contrôle a été revendue à Unexo. C’est un fonds composé de banquiers que je connais depuis très longtemps, ancrés en Bretagne et à l’opposé de l’état d’esprit des fonds anglo-saxons. Il est là pour accompagner les dirigeants sur du temps long. Au bout d’un an de discussions, nous avons finalisé cet accord. Cela permet de soulager le groupe financièrement et d’accompagner la nouvelle génération de directeurs généraux pour les années à venir : Thomas Guéguen, le fils de Michel Guéguen, Philibert Carminati, mon gendre et Yannick Le Floch, mon fils. De mon côté, je reste président du groupe. La présence d’Unexo, avec ses réseaux en France et à l’étranger, doit aussi nous permettre de saisir les opportunités de croissance externe. Et globalement, avoir Unexo dans le groupe nous permettra de bénéficier de l’appui financier du Crédit Agricole pour notre développement.


Comment le groupe avance-t-il alors que le marché du textile est ultra-dominé par l’Asie ?

Il y a, en effet, une concurrence très forte, notamment de la Chine et du Bangladesh sur des vêtements à très bas coût. Dans ce monde du textile où nous ne sommes plus très nombreux à rester vaillants en France, nous réalisons 30 à 40 % de notre production grand public sur le territoire avec deux sites à Quimper, Kerdroniou et l’Hippodrome, et une usine à Troyes, issue d’un rachat en 1995. Le tricotage des vêtements est réalisé à 100 % à Quimper, ainsi qu’une partie de la confection. Le tissage et le reste de la confection sont réalisés par des partenaires en France ou au Maroc. Depuis le début, notre maître mot, c’est la qualité : nous faisons des vêtements haut de gamme, très élégants, agréables à porter et adaptés à une clientèle de tous âges. Nous sommes labellisés EPV (entreprise du patrimoine vivant) par l’État et disposons aussi des labels RSE (responsabilité sociétale des entreprises, NDLR) au sens large, ISO 14001 et ISO 26000. Nous sommes dans l’air du temps en travaillant beaucoup le coton bio et équitable avec l’objectif d’être non critiquables sur la posture que nous avons vis-à-vis de l’environnement et de nos clients. Aujourd’hui, nous continuons de croître tranquillement avec un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros en 2024 contre 115 millions d’euros en 2023, pour 600 salariés.

"Depuis le début, notre maître mot c’est la qualité."

Quels sont vos défis du moment pour continuer à vous développer ?

De nouvelles réglementations sont apparues ces dernières années, nous nous sommes adaptés et les appliquons. Le groupe a toujours été transparent sur l’origine des produits et tout cela va dans le sens de la qualité. Du côté du consommateur, nous sentons une demande pour des vêtements de qualité, plus durables, à l’opposé de ce que l’on trouve sur des sites internet bien connus : les clients ne veulent plus acheter un pantalon 10 euros et le jeter quelques jours plus tard… Notre défi, c’est de conserver nos valeurs et de continuer de nous développer, notamment à travers notre réseau de boutiques en France. Il y en a aujourd’hui 100, de Saint-Malo à Nice en passant par Audierne, Tours, Bordeaux, Aix-en-Provence, Paris (trois boutiques) et Plaisir (Yvelines). Nous souhaitons continuer ce développement dans les grandes villes françaises, comme nous le ferons en février avec une ouverture supplémentaire à Toulouse. Nous tentons aussi de renforcer notre présence à l’export mais le marché est difficile. L’Allemagne, qui est notre principal pays à l’export souffre actuellement et au Japon, la dépréciation du yen par rapport à l’Euro est un frein. En revanche, nous n’avons pas loupé le virage de la vente en ligne, qui représente aujourd’hui un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros. Les vêtements de travail représentent aussi une part importante de notre activité, autour de 35 %. Nous habillons La Poste, la SNCF, Leroy Merlin, Carrefour… Nous répondons aussi régulièrement à des appels d’offres pour l’Armée.

Armor-Lux dispose d'un réseau de 100 boutiques en France. Ici, un magasin parisien — Photo : Armor-lux

Qu’attendez-vous des collections communes avec Le Slip Français ? D’autres collaborations avec des acteurs du textile français sont-elles en projet ?

La collaboration avec Le Slip Français est une alliance tout à fait naturelle. Nous fabriquons des slips en France depuis 1938 et faisons appel à des partenaires industriels. Cela nous permet de mixer la tradition ancestrale de la fabrication de slips et le côté très moderne du Slip Français, notamment en termes de communication. C’est une très bonne opération entre deux belles marques et qui est appelée à perdurer. Je ne peux pas tout dévoiler mais des projets sont à venir pour 2025 : il y aura notamment une nouvelle ligne avec Le Slip Français à l’été. Nous avons beaucoup de demandes de collaborations mais nous sommes très vigilants sur les choix afin de conserver notre image.


Quels pourraient être les prochains investissements du groupe ?

Nous travaillons à moyen terme sur un éventuel projet de déménagement du site de l’hippodrome vers le site de Kerdroniou. Ce n’est pas d’actualité pour le moment puisque la communauté de communes de Quimper Bretagne Occidentale, propriétaire des murs de l’usine, vient de réaliser des travaux à hauteur de 300 000 euros. L’hippodrome est un site industriel qui regroupe 90 métiers à tricoter, mais il est vieillissant. Nous avons du foncier à Kerdroniou donc, lorsque les astres seront alignés, le regroupement du tricotage, de la confection, de notre outil logistique et du siège sur un même site prendra tout son sens. Cela nous permettra d’avoir un ensemble modernisé, très efficient, tourné vers l’avenir.

Finistère # Textile et mode # Stratégie # Capital # International # Investissement