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Como : les multiples vies d'une PME centenaire
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Como : les multiples vies d'une PME centenaire

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Venant de fêter ses 100 ans, Como a employé jusqu'à 300 salariés en déployant une multitudes d'activités dans la région : réparation de vélos, électricité, vente d'électroménager, électromécanique... Aujourd'hui, cette PME familiale d'une cinquantaine de salariés se concentre sur ses activités de tôlerie et de céramique, qui font sa renommée jusque sur Instagram.

Les salariés de Como célèbre les 100 ans de la PME sur le site industrielle de l'entreprise à Ancenis — Photo : Como

Voilà quelques semaines, l'entreprise Como, abréviation de Construction Monnier, fêtait ses 100 ans avec plus de 250 invités. Robert Monnier, troisième génération à la tête de l'entreprise, et sa fille Blandine Courault, ont pris la parole pour raconter l'histoire saisissante de cette PME du bassin industriel d'Ancenis, commune de Loire-Atlantique. Implantée entre Nantes et Angers, cette entreprise de 46 salariés côtoie géographiquement deux de ses principaux clients, le géant Manitou Group et le non moins géant Toyota, deux sociétés pour lesquelles elle fabrique des pièces d'acier de leurs machines de levage ou leurs tracteurs.

Un prisonnier de guerre qui apprend le métier en détention

Auguste Emmanuel Monnier, fondateur de l'établissement Monnier en 1923, futur Construction Monnier (Como) — Photo : Como

Cent ans, donc, pour cette PME qui a les traits de beaucoup d'entreprises familiales de la région Pays de la Loire, fondée à l'issue de la Guerre 14-18 dans une France meurtrie qui devait se reconstruire. Quatre années effroyables qui modifient la société française où le monde rural offre moins de perspectives que les villes qui grandissent, dans une société tellement plus industrielle, car stimulée par l'économie de guerre. "Mon grand-père Auguste Emmanuel Monnier, à 28 ans, fonde son entreprise en 1923, à Bouzillé, dans le Maine-et-Loire, rapporte Robert Monnier. En 1915, il fut fait prisonnier dans les parages du Fort de Vaux et expédié en Allemagne dans la région de Dortmund. C'est là qu'il fut employé dans les mines de fer. Il réussit alors à se faire affecter au service de l'entretien de différents sites et faire ainsi de la mécanique, de l'hydraulique, de la maçonnerie, de l'électricité, etc. C'est ainsi que ce touche-à-tout a appris le métier sur le tas." Avant d'être mobilisé, le jeune homme était ouvrier agricole, fils d'un ancien marchand de bestiaux.

Les clous des fers à chevaux et des vélos

Dessin du local de l'établissement Monnier tel qu'il était en 1923, à Bouzillé dans le Maine-et-Loire — Photo : Como

Pendant plusieurs années, après avoir été mécano, Auguste Monnier, premier du nom, lance l'activité principale de l'entreprise qui consiste à vendre des écrémeuses ALFA- LAVAL et de les installer dans les fermes, vendre des vélos Alcyon et les réparer. "Le travail ne manquait pas, raconte Robert Monnier, car les crevaisons des vélos étaient fréquentes à causes des clous des fers de chevaux et ceux des sabots des gens qui en portaient beaucoup à l'époque."

Electrification et automatisation des entreprises

Dans les années 1930, l'électricité s'invite dans les maisons et irriguent les industries de la région, et plus tard les campagnes. "L'idée était d'installer l'électricité dans les étables et les cours de fermes pour que les paysans puissent travailler même quand il faisait nuit", explique Robert Monnier. L'entreprise grandit avec un, deux puis trois compagnons, et rapidement devient une PME de 10 salariés. Mais l'électricité n'est pas la seule activité que développe Monnier. Le fondateur se lance aussi sur la conception de tours à potier, en implantant un moteur électrique. "C'est une activité historique de la maison, explique Blandine Courault, fille de Robert Monnier, et qui perdure aujourd'hui.

En 1937, Auguste Maurice, son fils, alors âgé de 14 ans, entre comme apprenti et accompagne son père chez des clients industriels comme Biotteau-Guéry (Eram), Peigné à Landemont, Breteau-Aubert à La Varenne, Giraudet à Ancenis, Roussel à Teillé, Angebault, Boussier­Arnaud, Charier, Panneton et un nombre important de petites minoteries, scieries ou briqueteries. "On y installait des moteurs électriques et souvent un transformateur haute tension dans la foulée", précise Robert Monnier.

Départ de Bouzillé pour Ancenis

1947 : Como s'installe dans l'Hôtel de Bretagne, à Ancenis, après 24 ans à Bouzillé, dans le Maine-et-Loire — Photo : Como

En 1947, Auguste père et fils abandonnent Bouzillé. Ils décident de s'installer à Ancenis dans l'hôtel de Bretagne, près d'un passage à niveau qui venait d'arrêter son activité. "En plus d'électrifier les industrielles de la région et de fournir de l'automatisation, nous avions un magasin au rez-de-chaussée pour les particuliers où l'on vendait de tout, des grille-pain, des piles, des machines à laver, des télévisions." Du BtoB et du BtoC de l'époque.

Les effectifs de Monnier gonflent, passent à 30, puis 60, à l'approche de l'année 1967. "C'est à cette époque que les entreprises quittent la ville et les bords de Loire pour s'installer sur une zone industrielle", dit Robert Monnier En pleine croissance, l'entreprise se découpe par métier : Monnier et fils pour l'installation électrique et le négoce des produits associés; COMO (Constructions Monnier), pour l'électromécanique, le bobinage, les automatismes et la tôlerie, les tours de potiers; Monnier Confort pour la radio, télévision, électroménager-vente et service après vente; Monnier et Vallée pour le chauffage et le sanitaire.

Le coup de maître de Robert Monnier

Dans les années 2010 à 2020, Como se modernise et voit deux grands comptes, Toyota et Manitou, intégré son porte-feuille de clients — Photo : CHR - Charly Tilagone

En 1988, Auguste Maurice Monnier prend sa retraite, et confie les clés à son fils Robert qui multiplie les implantations, avant de fêter les 70 ans de l'entreprise, en 1993. "Une fête énorme, se souvient Robert Monnier. Avec un spectacle pyro-symphonique tiré sur la Loire avec embrasement du Pont d' Ancenis !" Année du sacre mondial des Bleus, l'année 1998 est marquée par une nouvelle activité grâce à l'acquisition de l'ex-Entreprise Jouhannet spécialisée dans l'activité des travaux publics liés aux réseaux EDF.

En 2008, les premiers signes d'une crise se font sentir. "J'ai eu du flair, et j'ai décidé de céder une grande partie de mon entreprise qui comptait 300 salariés et réalisait 27 millions d'euros de chiffre d'affaires. J'avais 57 ans, beaucoup de pression sur les épaules, et aucune de mes 4 filles ne tenaient à reprendre après moi. J'ai vendu 80 % de mes activités à Cegelec, qui se fera racheter par Vinci un an plus tard. Sur le plan financier, c'était le genre d'offre qu'on ne refuse pas."

Une belle affaire, cette vente, qui lui permet d'avoir les fonds pour moderniser l'outil industriel de Como Tôlerie, avec des machines de découpe au laser. C'est la pépite qu'il a conservé, aux côtés de Como Céramique, désormais dirigé par sa fille Blandine, qui avait finalement rejoint son père en 2009.

Industrie et Instagram

Les tours de potier sont une activité historique de Como Céramique, lancée dans les années 30, et toujours d'actualités. Ici, dans les années 70 — Photo : Como.

Les 15 dernières années ? Tout en gardant son esprit d'artisan soucieux de bien faire, Como Tôlerie se modernise, gagne des grands comptes (Toyota en 2010, Manitou, en 2017) et conserve un large panel de 200 clients. Quant à Como Céramique, elle développe son activité de fabrication de fours à céramique et de négoce de produits et matériels pour les artisans et les passionnés de l'art céramique et de la poterie (argiles, pâtes, émaux, . "On a mis le paquet sur le e-commerce et la visibilité sur les réseaux sociaux, relève Blandine Courault. Cette activité est instagrammable, il faut savoir en profiter." Como a beau avoir cent ans, elle respire l'air de son temps.

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