Après un premier placement en redressement judiciaire en 2015, puis l’annonce d’une liquidation judiciaire, le fabricant de laine à tricoter meusien Bergère de France (15,4M€ de CA) devait poursuivre son activité jusqu’au 26 juillet 2024. Le délai a ensuite été repoussé au 26 octobre 2024, par le tribunal de commerce de Bar-le-Duc. "L’entreprise ne pouvait plus payer ses dettes. Après la liquidation, aucun candidat ne s’est présenté", indique Marie-Madeleine Maucourt, la directrice de l’Union Régionale des Scop (Urscop) du Grand Est.
Pour sauver les 70 ans de savoir-faire et les 70 emplois de leur entreprise, qui en comptait encore 165 en 2023, 57 salariés ont alors déposé un plan de reprise de Bergère de France, le 20 septembre dernier. Le groupement est rejoint dans son projet par l’Urscop. "Nous étions sur la fin de l’accompagnement de reprise en Scop de la Meusienne (NDLR : un fabricant de tubes en acier inoxydable basé à Ancerville). En juillet, l’administrateur judiciaire m’a demandé si nous ne pouvions pas aussi trouver une solution pour Bergère de France", se souvient Marie-Madeleine Maucourt.
Un soutien des banques
Le projet de reprise doit être examiné par le tribunal de commerce de Bar-le-Duc le 18 octobre prochain. Pour appuyer leur projet, le groupement de salariés a récemment obtenu le soutien des banques : le 15 octobre, le Crédit Coopératif, le Crédit Agricole et Socoden se sont prononcés de manière favorable pour le financement de la transformation de Bergère de France en Scop. "Le projet s’appuie également sur les aides des collectivités locales et régionales, à savoir le Conseil Régional Grand Est et le GIP Objectif Meuse", explique l’Union régionale des Scop dans un communiqué.
Un comité de direction à plusieurs têtes
"Pour l’élaboration d’un projet économique et financier solide en mesure de convaincre l’ensemble des partenaires financiers, les salariés ont bénéficié de l’accompagnement du Mouvement Scop et Scic ainsi que du soutien de Socoden, société financière du Mouvement", poursuit l’Urscop. Au sein du groupe de travail des salariés, le comité de direction est composé de l’ancien directeur commercial, de la responsable production, de la responsable de la création des modèles et du responsable financier, qui serait le futur dirigeant de l'entreprise, si la reprise est acceptée par le tribunal.
65 salariés resteraient dans l’entreprise
Le plan stratégique élaboré par le groupe de travail vise d’abord à réadapter la production de l’entreprise, qui redémarrerait avec 65 salariés et un chiffre d’affaires diminué. "Il y avait trop de personnel par rapport au chiffre d’affaires : il fallait réduire le nombre de salariés sur la partie production", poursuit-elle. Concernant la production, Bergère de France serait relancée avec un objectif de 150 tonnes par an, contre près de 215 tonnes actuellement.
Rajeunir la clientèle
L’enjeu sera également de rajeunir l’image de la marque. "Il faut travailler sur la problématique du vieillissement de la clientèle, pour se mettre à la page. Et revoir le merchandising, avec un travail à effectuer notamment sur le site internet", cible Marie-Madeleine Maucourt.
Dernier fabricant de laine en France
Dernière entreprise à fabriquer de la laine en France, Bergère de France espère ainsi profiter de "la tendance du faire soi-même (ou do it yourself) qui s’installe, notamment auprès des jeunes", cite l’Urscop Grand Est. Pour séduire les consommateurs qui confectionnent eux-mêmes leurs vêtements.