Remplacer l’utilisation du plastique dans les industries du cuir et des textiles enduits, c’est l’idée qui a motivé la création d’Alternative Innovation (5 salariés), basée à Pomacle, près de Reims. Chaque année, 240 000 tonnes de microparticules plastiques sont en effet relâchées dans l’environnement à l’échelle mondiale, dont une partie est causée par l’industrie textile, d’après l’Ademe. Sur le cuir, le plastique ou ses dérivés sont souvent utilisés pour stabiliser, protéger et uniformiser le matériau.
Pauline Weinmann, dirigeante de la start-up, fonde l’entreprise après avoir cofondé en 2016 Poétique Paris, une maison de mode responsable. "J’ai voulu créer un matériau pour ma société", explique-t-elle. Née en 2020, Alternative Innovation conçoit et fabrique une biorésine végétale. Pour porter le développement de son innovation, la start-up a levé un million d’euros en 2024, auprès de business angels. Un second tour de table, dont le montant n’est pas communiqué, est en préparation. Ce dernier a pour objectif de mettre sur pied une usine pilote en 2027.
De l’amidon de maïs
Développée à Pomacle, en lien avec l’école AgroParisTech, la biorésine en question se compose d’amidon de maïs et de son de riz ou de blé. À ce stade, l’entreprise débute sa commercialisation, sous la marque Alterskin. Ses produits sont rangés en trois gammes différentes : des rouleaux de matériau souple, un format liquide pour vernir des textiles et un format de pellets, ayant vocation à être enduit ou injecté lors du processus de création d’un textile.
Si le développement a eu lieu dans la Marne, la production de ces matériaux est réalisée dans les ateliers d’industriels partenaires, notamment des plasturgistes. "Notre premier marché est la maroquinerie. Mais demain nous pourrions nous développer sur l’automobile, l’ameublement ou encore l’impression 3D", cite Pauline Weinmann.
Une usine pour développer le catalogue
Alternative Innovation possède des bureaux administratifs et commerciaux à Paris. "Nous implanterons si possible notre usine pilote à Reims, sinon ce sera en Île de France", vise Pauline Weinmann. L’usine pilote n’aura pas pour objectif de centraliser toute la production de l’entreprise, qui continuera à travailler avec des partenaires industriels. "L’objectif sera de développer le catalogue, tout en acquérant des capacités industrielles", annonce la dirigeante.
Ce pas en avant devrait également permettre à Alternative Innovation de poursuivre ses travaux de R & D. "Par exemple, nous pourrions intégrer l’intelligence artificielle pour travailler sur la formulation de notre résine", poursuit Pauline Weinmann. Pour accompagner son accélération, la start-up prévoit six nouveaux recrutements dans les 18 prochains mois.
Proposer une alternative aux PFAS
Le 1er janvier 2026, la France a appliqué l’interdiction progressive des PFAS dans les matériaux utilisés pour la mode et les produits grand public. Cette dernière s’étendra à l’ensemble des textiles dès 2030. Une interdiction qui touche notamment certains industriels du textile dans le Grand Est, et qui devrait plus largement modifier le marché national. Concrètement, pour les marques et les industriels, Alterskin permet dès lors de s’assurer d’être en conformité avec les règlements, en passant à une alternative de développement sans PFAS.