Après sa reprise en Scop par 57 associés salariés fin décembre 2024, le fabricant de laine Bergère de France (74 salariés ; CA 2023 : 15,4 M€) fait peau neuve, avec un plan de redynamisation de l’entreprise, impliquant une nouvelle stratégie commerciale, mais aussi des investissements sur l’outil de production. Pour rester fidèle à ses valeurs, le fabricant annonce également s’allier à d’autres acteurs du Made in France, en commercialisant leurs produits sur les canaux de vente de Bergère de France. "De nombreux partenaires nous rejoignent, comme des fabricants de chaussettes, de charentaises ou encore de linge de lit", cite Jean-Michel Nicolas, le directeur général. À ce stade, l’entreprise ne dévoile pas les noms des entreprises concernées.
"Il ne faut pas oublier que si Bergère de France a une place dans le cœur des Français, c’est grâce à ce qui a été fait précédemment", rappelle Jean-Michel Nicolas, directeur général de l’entreprise. Créée en 1946 par Robert Petit sous le nom de "Bergère Lorraine", en référence à Jeanne d’Arc, la société commence son activité avec du négoce de laine. Elle adopte son nom définitif en 1948 et commence à fabriquer de la laine à tricoter en 1962 après le rachat de la filature Buirette-Gaulard, à Bar-le-Duc.
Un âge d’or à 800 salariés
Avant son placement en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Bar-le-Duc, Bergère de France comptait près de 145 salariés. Par le passé, l’entreprise a réuni près de 800 collaborateurs, et a agrandi son usine, en 1972. Bergère de France est alors le premier employeur de la Meuse. "Il y avait alors beaucoup de tricoteuses, et les magasins de prêt-à-porter n’étaient pas là", justifie Jean-Michel Nicolas. À partir des années 70, l’entreprise entame un fort ralentissement, qui ne s’arrêtera pas avant sa liquidation en 2024. "À cette époque, nous sommes passés d’un produit essentiel, à un produit de loisir. Petit à petit, Bergère de France a dû réduire ses volumes et ses embauches", décrit le directeur général.
Après la mort de Robert Petit dans les années 80, ses fils Jean-Louis et Daniel reprennent l’entreprise. "Ils avaient du mal à s’entendre. Ça n’avait rien à voir mais la holding de l’entreprise s’appelait "Bradfer", ce qui décrivait bien la situation", décrit Jean-Michel Nicolas. Suite au départ de Daniel Petit, Jean-Louis Petit prend les rênes de l’entreprise. En 2024, juste avant la reprise en Scop, il en est toujours le dirigeant, aux côtés de son fils Geoffroy Petit, qui représente la troisième génération de Petit à la tête de l’entreprise.
S’adapter à un marché en baisse
Malgré plusieurs tentatives de diversification dans le prêt-à-porter ou dans le haut de gamme, Bergère de France est placée en redressement judiciaire en 2015, et 68 de ses salariés quittent l’entreprise. En dépit d’un regain d’activité lié au Covid, Bergère de France ne parvient pas à redresser la barre et n’est plus en mesure de payer ses dettes. Elle entre en liquidation judiciaire en 2024. "Il y a eu une évolution du marché, et Bergère n’a pas réussi à s’y adapter avec ses pistes de diversification", analyse le directeur général.
Passée en Scop, l’entreprise a alors volontairement réduit sa voilure afin de s’adapter au marché : Bergère de France cible ainsi les 155 tonnes de fil à tricoter vendues par an, contre 217 en 2023. "Notre priorité, c’est d’être rentable et de remettre les compteurs à zéro", vise Jean-Michel Nicolas.
L’essor de la vente par correspondance
"Avec la vente par correspondance, les clients sont livrés directement chez eux : nous avons rendu nos produits accessibles à tous", décrit Jean-Michel Nicolas. Cette stratégie est portée par le catalogue de Bergère de France, comportant des échantillons de laine, et envoyé aux clients de l’entreprise depuis 1958. "En 1962, l’entreprise a investi dans une machine unique au monde, pour fabriquer elle-même ses échantillons", raconte Jean-Michel Nicolas.
Bergère de France compte aujourd’hui 12 de ces machines. À partir de 1980, l’ensemble de la fabrication de ce catalogue est réalisé dans les murs de Bergère de France. "Continuer à produire le catalogue n’était pas une évidence : cela nous coûte 900 000 € par an. Il était nécessaire, lorsque nous avons repris, de mesurer la pertinence, ou non, de garder ce support", lance le directeur général.
L’entreprise, qui réalise 80 % de ses ventes en BtoC, entend accélérer dans la vente par correspondance : aujourd’hui présente dans près de 130 kiosques dans toute la France, Bergère de France espère atteindre les 800 d’ici deux ans. L’entreprise y commercialise ses magazines et les clients de Bergère de France peuvent également y passer commande directement. "Le nombre de merceries est en baisse. Les kiosques nous permettent de continuer d’être présents, surtout dans les territoires ruraux", appuie Jean-Michel Nicolas.