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Saint-James tricote son succès depuis 125 ans
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Saint-James tricote son succès depuis 125 ans

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Mailles intemporelles à l’aura salée, les tricots Saint-James affichent un savoir-faire à la technicité unique, garant de durabilité. Sans cesse renouvelée, la gamme se conjugue au masculin comme au féminin et rencontre un fort succès à l’exportation. Aujourd’hui, la marque normande commercialise 1 800 000 pièces d’habillement par an.

Ses rayures sont reconnaissables entre mille. Tenue d’abord destinée aux marins, la marinière est désormais un accessoire iconique de nos dressings — Photo : Tricots Saint-James

En 1850, l’histoire débute avec la fabrication d’un chandail marin, tricoté en maille serrée avec la laine des moutons de prés-salés, résistant et chaud. Léon Legallais, maire de la commune de Saint-James (Manche), ville éponyme de la future marque, fonde une filature appelée "Moulin du Prieur".

À l’époque, le chandail marin fait partie du paquetage du matelot et habille les Terre-Neuvas, qui partaient pêcher la morue dans l’Atlantique Nord. Entre deux saisons de pêche, ils avaient pour coutume de traverser la Manche pour vendre de l’ail sur la côte sud de l’Angleterre. Ils annonçaient leur présence en criant "Marchand d’ail ! Marchand d’ail !", et les Britanniques entendaient "chand’ail, chand’ail !". C’est ainsi qu’est né le nom du vêtement emblématique de Saint-James, qui séduit encore les amoureux de la confection pérenne et intemporelle.

Depuis le départ jusqu’au début du XXI siècle, Saint-James confectionne ses pulls dans ses ateliers normands et a choisi de ne pas délocaliser ses productions — Photo : Tricots Saint-James

Sans le savoir, Léon Legallais construisait les fondations d’une marque qui a traversé les décennies. C’est en 1889, que le premier vêtement Saint-James acquiert son identité quand l’atelier du Moulin du Prieur devient la société anonyme des Filatures de Saint -James. Quelques années plus tard, au début du XXe siècle, la marque se lance dans la marinière en coton, ce tricot rayé porté par les gars de la marine. Un pull, une marinière : les deux basiques "nés de la mer" vont bientôt gagner toute la côte Atlantique. Mais c’est aussi la mode qui s’empare du vêtement quand, en 1913, Coco Chanel impose des marinières dans sa collection et lance le "style marin".

Années 1950, le souffle de la modernité

En 1950, les filatures Saint-James sont reprises par Julien Bonte, qui décide de moderniser l’entreprise et de recentrer les activités. Désormais, elle se concentre sur la fabrication du "Vrai Chandail Marin", un nom déposé par la marque, qui est alors propulsée au rang de "leader français de la maille marine".

Dans les années 70, Saint-James lance des collections revisitant l’esprit marin — Photo : Tricots Saint-James

C’est aussi l’époque des congés payés qui font gagner les bords de mer aux Français. La navigation de plaisance séduit et les vacanciers adoptent avec enthousiasme le style marin. En 1972, Bernard Bonte succède à son père à la tête de l’entreprise, renommée "Les Tricots Saint-James" en 1970. Il propose alors des collections saisonnières, de nouveaux modèles comme les chemises et les pantalons mais aussi des vêtements tissés.

En 1976, l’entreprise s’agrandit et acquiert de nouveaux bureaux et de nouveaux ateliers.

Une marque qui s’exporte

Dès 1980, la marque s’exporte à Tokyo puis dans le monde entier, bénéficiant d’un succès à l’international. En 1990, pour préserver l’avenir de l’entreprise et conserver les emplois en France, comme le souhaitait Bernard Bonte, l’entreprise est rachetée par ses salariés. Une Reprise d’Entreprise par les Salariés (RES) est donc effectuée, et le directoire de la société est présidé par Yannick Duval.

L’entreprise se réorganise, valorisant le travail en équipe permettant aux salariés de changer régulièrement de poste. La société se développe et gagne des parts de marché, tout en poursuivant son essor à l’international. Depuis la reprise du groupe en 2013 par Luc Lesénécal, il n’y a plus de directoire : les salariés sont désormais actionnaires à hauteur de 5 % tout comme les cadres (pour 5 % également), le reste du capital étant aux mains des dirigeants.

"De 2013 à 2023, le chiffre d’affaires est passé de 34 à 55 millions d’euros notamment grâce à l’export ".

En 1996, de nouveaux locaux sont construits avant une nouvelle extension cinq ans plus tard, pour une logistique adaptée à la croissance de la marque. En 2001, l’usine et les bureaux s’étendent sur 11 000 m2. Pour être encore plus performante et pour consolider son implantation territoriale, l’entreprise a investi, depuis 2021, 3,4 millions d’euros dans 1 200 m2 de nouveaux locaux de bureaux et de shooting, dégageant ainsi un espace de 600 m2 supplémentaire pour les ateliers de production. L’investissement de la nouvelle plateforme logistique de 4 750 m2 est de 3 millions d’euros. "On livre tous les pays depuis cet entrepôt" explique Luc Lesénécal le PDG du groupe Saint-James. "De 2013 à 2023, le chiffre d’affaires est passé de 34 à 55 millions d’euros notamment grâce à l’export ".

Aujourd’hui, la marque commercialise 1 800 000 pièces d’habillement par an.

7 500 points de vente dans le monde

Depuis les ateliers de Saint-James, les marinières sont expédiées en Europe, en Asie, en Amérique du Nord et en Asie — Photo : Ingrid Godard

En 2012, Saint-James a obtenu le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), décerné par l’État. Ce prestigieux label distingue les entreprises françaises possédant un savoir-faire artisanal et industriel d’excellence. Une véritable reconnaissance pour la marque qui séduit les créateurs et la marinière devient une pièce iconique de la mode française. Les collaborations se multiplient : la Comédie Française, la Ville de Paris, la Tour Eiffel mais aussi des collections capsules (lignes de vêtements éphémères) comme avec le chanteur Étienne Daho.

"Nous ouvrons cet automne notre 11e boutique à Tokyo, et une nouvelle boutique à Taïwan"

Aujourd’hui, Saint-James rassemble aujourd’hui plus de 400 collaborateurs dont 350 dans la ville éponyme avec ses deux ateliers de tricotage et confection en laine et coton. Avec 31 boutiques en propriété, 56 boutiques franchisées ou affiliées et 455 points de ventes multimarques en France, l’entreprise textile a aussi tissé un réseau international de 7 500 points de vente en Europe et dans le monde. "Nous ouvrons cet automne notre 11e boutique à Tokyo, et une deuxième boutique à Taïwan ainsi qu’un nouvel espace proche du Mont Saint-Michel" poursuit Luc Lesénécal. Saint James exporte vers une trentaine de pays et réalise environ 40 % de son activité à l’export.

Une gamme pour les chiens

La Toutounière allie l’histoire et la tradition de Saint-James à une pièce mode, un vrai gimmick stylistique — Photo : Ingrid Godard

Toujours en recherche de nouveauté, Saint-James dédie depuis l’automne dernier une gamme canine. Son premier modèle "la Toutounière", une marinière pour chien, est suivi cet automne par le "Toutoupull", un pull en laine pour nos amis à quatre pattes, puis du "Toutouciret", de quoi accorder parfaitement en matière de style le propriétaire avec son fidèle compagnon.

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