L’usine Renault de Cléon Ampère, en Seine-Maritime, vient d’inaugurer sa ligne de fabrication dédiée aux moteurs électriques de la dernière née d’Alpine, l’A390. Il s’agit d’un cross-over qui garde l’identité sportive de l’A 110, tout en ménageant un confort plus familial. L’une des spécificités de ce SUV sportif électrique réside dans le double moteur arrière : un moteur électrique "7DL" contrôlant indépendamment chaque roue arrière, conférant l’agilité et la tenue de route nécessaires à ce véhicule de plus de deux tonnes.
Un triple moteur électrique
La ligne de fabrication, mobilisant 9 personnes, est divisée en deux temps : la première phase est celle de l’assemblage des 85 pièces du moteur "7DL" au cours de 30 opérations. La seconde phase introduira ce qu’on désigne par "l’électronique de puissance", les organes qui convertiront le courant continu de la batterie en courant alternatif pour une alimentation optimale du moteur électrique lors du roulage. Le moteur avant de l’A390 - le 6AM — produit aussi à Cléon, équipe déjà depuis 2022 la Mégane, puis la Scénic, l’A290 ainsi que des véhicules utilitaires.
"La ligne de production des moteurs électriques 7DL n’est pas une ligne novatrice, les process sont connus depuis notre moteur électrique "5A". Mais elle bénéficie d’améliorations de process en termes d’exigence de qualité et de satisfaction client", précise Christophe Clément, directeur Ampère Cléon. Les moteurs électriques (arrière) 7 DL et 6AM (avant) partent ensuite motoriser l’A390, assemblée à la manufacture d’Alpine Dieppe Jean Rédélé, du nom du fondateur de la marque, en 1955, qui l’a revendue à Renault.
La ligne de production des "7DL" fournit aujourd’hui de quoi motoriser 6 000 unités d’Alpine A390 par an, pouvant monter sa capacité annuelle jusqu’à 20 000 unités, en cas de demande-client. Ampère Cléon refuse de divulguer le montant de l’investissement de cette nouvelle ligne de production.
Un cinquième moteur électrique pour Cléon
L’usine de Cléon, créée en 1958, a longtemps été le berceau des moteurs essence puis diesel de la marque au losange. Renault Group ayant pris le virage de l’électrique depuis 2015 avec la "Zoé", le "7 DL" est le cinquième modèle électrique qui sort de l’usine de Cléon. "L’arrivée de ce moteur s’accompagne sur ce site de l’intégration de l’électronique de puissance et de formations déployées pour le personnel, lesquelles sont ouvertes également à l’ensemble de l’écosystème de la région", présente Thierry Charvet, directeur industrie, qualité & supply Renault Group.
"La maîtrise de notre chaîne de valeur devient capitale"
Cette nouvelle ligne de production destinée à fabriquer les moteurs électriques arrière de l’A390 préfigure d’autres nouveautés : Ampere Cléon doit, peu à peu, internaliser tout ce qui constitue la valeur ajoutée de son moteur électrique. Ce que souligne à son tour Anne-Catherine Brieux, directrice des opérations industrielles Ampère & Alpine. "La maîtrise de notre chaîne de valeur devient capitale, car la partie du groupe motopropulseur est encore plus importante en électrique et l’électronique de puissance vient ajouter une brique supplémentaire, laquelle sera accueillie à Cléon".
Conception et la fabrication internalisées
Ce fameux électronique de puissance, c’est le couple onduleur chargeur au sein du moteur électrique dont dépendent les deux tiers de la traction du véhicule. Internaliser ce savoir-faire est crucial, car Ampere Cléon s’assigne de baisser les coûts de 30 % et de réduire les volumes de 45 % pour une meilleure efficience de la chaîne de traction. "Une meilleure efficience, c’est comprendre que 1 % de gain de rendement se traduit par 5 à 10 km d’autonomie en plus, estime David Sudrie, chef de département ingénierie électronique de puissance. Pour cela, nous allons mettre en œuvre une stratégie d’intégration verticale, qui nous oblige à internaliser la conception et la fabrication de ces éléments électroniques pour atteindre jusqu’à 65 % de la chaîne de valeur en interne".
Une académie pour 2026
Pour accompagner la reconversion des équipes de Renault vers l’électronique de puissance, une académie ouvrira ses portes en septembre 2026. Pas moins de 41 corps de métiers (maintenance, logistique, qualité…) sont concernés pour suivre 20 modules de 290 heures de formation.
Des moyens qui sont mis au service de l’ambition de devenir leader du marché en Europe. "Nous avons investi 14 milliards d’euros en France depuis 2020 et formé 40 000 personnes grâce à notre Université ReKnow et le campus à Cléon", rappelle Josep Maria Recasens, directeur général Ampere. Aujourd’hui, Ampere Cléon emploie 3 100 salariés, dont 14 % de femmes et a fêté en septembre 2025, son millionième moteur électrique depuis 2015 équipant les marques Renault (Mégane, Scénic, R5, R4), Alpine (A290, A390), Nissan (Micra) et Mitsubishi (Eclipse Cross).
Alpine, la vitrine de l’électrique
Dévoilée à la presse en mai dernier, l’A390 est le deuxième véhicule du "Dream garage" Alpine, exclusivement électrique. Ce programme, présenté dès 2021, devra proposer sept modèles d’ici 2030. Alpine, en adoptant l’électrification de ses véhicules, n’est pas très différent des autres constructeurs, se conformant aux directives de la législation et soucieux de la préservation de l’environnement. La marque au A fléché semble moins se rapprocher d’un positionnement familial avec l’électrification de ses modèles qu’elle ne confère bien plutôt une identité sportive à toutes les autres électriques du groupe Renault en communiquant sur le fait que Cléon, usine historique des moteurs essence puis diesel, y fabrique les moteurs de l’Alpine A390.
Ambitions internationales
Reste qu’Alpine demeure un produit de niche, une sportive en termes de technologies et de sensation comme en attestent les 6 000 unités qui sortiront de la ligne de production, ne se positionnant évidemment pas sur le même segment que les modèles de masse. Le développement de la notoriété de la marque est donc crucial. "Alpine poursuit avec l’A 390 l’expansion soutenue par l’A 290 et devra relever le défi d’une double expansion, lancement de nouveaux marchés et de sa gamme pour développer sa notoriété et, de fait, se positionner comme il se doit sur la toile internationale", annonce Philippe Krief, directeur général d’Alpine.
Alpine est déjà présente sur plusieurs marchés européens (Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Espagne, Benelux, Pologne…), et en 2026, la marque présentera l’Alpine A 390 en Australie, "un marché où ce modèle aura toute sa légitimité". En adaptant le ratio volume du modèle au marché national visé, Alpine module sa stratégie selon la réception des différents marchés potentiels.