Contrairement à Ferrari, Porsche ou Bugatti, Jean Rédélé n'a pas donné son nom à la marque automobile qu'il a fondée. "C'est en sillonnant les Alpes à bord de ma 4CV Renault que je me suis le plus amusé. J'ai donc décidé d'appeler mes futures voitures Alpine. Il fallait que mes clients retrouvent ce plaisir de conduire au volant de la voiture que je voulais construire", dira-t-il. L'agilité et la légèreté seront les signatures de cette marque à travers ses modèles.
La course, le meilleur argument de vente
Né en 1922, fils d'un concessionnaire Renault et plus jeune concessionnaire automobile de France lui-même à l'âge de 24 ans, Jean Rédélé a la course dans le sang. Et il est persuadé que "la course est le meilleur banc d'essai pour les modèles de série et que la victoire est le meilleur argument de vente". Il se lance, en janvier 1950, évidemment avec une Renault, sa 4CV personnelle, au XXe Rallye Monte Carlo. Il ne s'alignera pas au départ, la neige l'a retardé en chemin. Six mois plus tard, il tient sa revanche avec sa première victoire à domicile, au "1er Rallye de Dieppe".
Jean Rédélé va vouloir perfectionner sa 4CV. Il va chercher l'innovation avec un moteur plus puissant, achète une licence pour produire une boîte de cinq vitesses (ce qui était rare à l'époque, les véhicules étant plutôt équipés d'une boîte de vitesses à trois rapports), améliore le châssis et travaille l'aérodynamique en commandant un prototype au styliste italien Giovanni Michelotti. Après plusieurs modèles ramenés d'Italie qui s'imposeront lors de plusieurs courses, de 1952 à 1954, il est temps pour Jean Rédélé de créer sa marque.
Le 22 juin 1955, la "Société des Automobiles Alpine", est née. Rédélé a une vision claire du modèle qu'il veut construire : une mécanique simple mais compétitive, sous une carrosserie en fibres de verre et résine polyester, donc plus légère que l'acier, en utilisant un maximum de pièces de série pour pouvoir obtenir un prix de revient et un coût d'entretien faibles eu égard aux performances. Son premier modèle est l'A106, un "coach" (un petit coupé sportif) présenté lors du 42e Salon de l'Automobile de Paris.
Trois ans plus tard, en 1958, l'A106 évolue en A108, équipée, à partir de 1960, du châssis poutre, le véritable secret de l'agilité des Alpine. Pourvue d'un moteur de Dauphine Renault, l'A108 va rapidement donner naissance à l'A110 en 1962, qui bénéficie de la Renault 8 comme banque d'organes. Le succès est tel que, depuis 1962, la "berlinette" désignera indéfectiblement l'A110. Devant l'afflux de commandes, un second atelier de production est créé à Thiron-Gardais (Eure-et-Loir), dont le maire, Philippe Lamirault, est aussi le directeur commercial Europe de Renault.
Le secret du bleu profond
Dès sa première participation aux 24 heures du Mans en 1963, l'Alpine est indissolublement liée à sa carrosserie d'un bleu profond et magnétique. Historiquement, lorsque les constructeurs couraient dans les années 40, les voitures arboraient la couleur dite "nationale": les Italiennes étaient rouges, les Anglaises vertes, les Allemandes grises et les Françaises étaient bleues. Et, petit secret de fabrication : le bleu se trouve dorénavant à la fois dans la peinture et dans le vernis qui la recouvre, pour un effet plus intense !
Une nouvelle antenne parisienne est créée avec une concession Renault à Épinay-sur-Seine, où s'installe la direction commerciale d'Alpine en 1967. L'entente est totale entre Alpine et Renault, à tel point que les voitures produites à Dieppe se sont appelées Alpine Renault dès la fin de 1967. En 1969, Rédélé fonde un nouveau site industriel à Dieppe pour son dernier modèle, l'A310, qui sortira en 1971.
La crise pétrolière, des problèmes techniques et syndicaux contraignent Jean Rédélé à céder la majorité (70 %) de son affaire à Renault en 1973, l'année même du sacre au Championnat du Monde des Rallyes. Renault en fera l'acquisition totale en 1975. L'année suivante, Alpine cesse son activité sportive au profit d'une nouvelle entité, Renault Sport. En 1990, la dernière Alpine, l'A610, sera fabriquée à 800 exemplaires jusqu'en 1995, date à laquelle la production d'Alpine prend fin.
50 ans après : la renaissance
Jean Rédélé meurt le 10 août 2007. Cinq ans plus tard, en 2012, Carlos Tavarès, alors directeur général délégué de Renault, donnera l'impulsion de la renaissance : 50 ans après le lancement de la berlinette A110 originale de 1962, Renault annonce revenir avec Alpine et fête l'événement avec un "concept car" A 110-50, conduit par Carlos Tavarès lui-même lors de sa présentation au grand prix de Monaco de Formule 1. La commercialisation de l'Alpine A110 démarre fin 2017, soixante points de vente ouvrent en Europe l'année suivante. Début 2021, Luca de Meo, PDG du Groupe Renault, annonce regrouper les activités d'Alpine Cars, Renault Sport Cars et Renault Sport Racing sous le fleuron Alpine, qui participe au prestigieux championnat de F1 sous le nom d'Alpine F1 Team. De plain-pied avec son époque, Alpine est la star du "Dream garage", le garage de rêve 100 % électrique lancé en 2024, d'abord l'A 290 (une citadine sportive) puis l'A 390 (entre le SUV et la berline familiale) fin mai 2025 à l'occasion des 70 ans de la naissance d'Alpine. L'objectif ? Proposer sept modèles d'ici 2030. L'A 110 thermique connaît ses derniers jours de commercialisation, jusqu'en juin 2026, en attendant une nouvelle version électrique.
Forte accélération des ventes
En 2025, pas moins de 2 000 personnes étaient mobilisées sur la Business Unit d'Alpine, incluant la course en F1 et, notamment, les effectifs de l'usine Ampere Cléon qui produisent les moteurs électriques, pour être assemblés ensuite à la manufacture d'Alpine Dieppe Jean Rédélé. Et les ventes, en 2025, tous modèles confondus, ont atteint 10 970 unités, soit une progression à trois chiffres (+ 139 %) par rapport à 2024.
Alpine sur la pédale de frein pour l'Endurance, mais reste dans la course en Formule 1
Toutefois, la vie de l'entreprise n'est jamais un fleuve tranquille. La marque normande vient ainsi d'annoncer son désengagement du championnat d'Endurance à l'issue de la saison 2026 afin d'assurer sa pérennité. Les activités du centre de Viry-Châtillon (Essonne) vont être redimensionnées à la baisse, inquiétant les 500 salariés pour leurs emplois. La marque continue toutefois ses activités de course en Formule 1.
Pour le PDG d'Alpine Philippe Krief, se concentrer sur la seule compétition de Formule 1 constitue le levier susceptible "d'accroître la notoriété de la marque conformément à nos ambitions en matière de croissance produit et marché".