L’heure est à la diversification pour Eurostamp. Installée à Villers-la-Montagne en Meurthe-et-Moselle, la filiale du groupe italien CLN (3 500 salariés, CA : 1 Md€) traverse une zone de turbulences. Pour un chiffre d’affaires stabilisé à 60 millions d’euros, réalisé avec 205 salariés, l’usine fabrique des pièces pour le secteur de l’automobile par emboutissage, une technique consistant à déformer une tôle d’acier plane pour lui donner une forme déterminée, comme une porte ou un élément du châssis.
Le choc de la perte du nouveau "Master" et la crise de l’électrique
La situation a radicalement changé en deux ans. Eurostamp a subi de plein fouet la fin de la production des pièces embouties de l’ancien Renault Master, désormais fabriquées en interne par le constructeur, dans l’usine de la Sovab à Batilly, site distant d’une trentaine de kilomètres. Un coup dur, ce client représentant environ "50 millions d’euros d’activité", détaille Alessandro Salvi, directeur du site Eurostamp. Une perte à laquelle s’ajoute la méforme des plateformes de véhicules électriques de Stellantis. En cause : des véhicules trop chers et une autonomie jugée insuffisante par les consommateurs. "Nous sommes passés de 120 millions d’euros de chiffre d’affaires à 60 millions d’euros", précise Alessandro Salvi.
Aujourd’hui, l’activité repose encore à 47 % sur le constructeur Renault et 53 % sur Stellantis. Mais la prudence est de mise : Eurostamp ne retient que 80 % des volumes prévisionnels de ses clients lors de l’établissement de ses budgets, par manque de confiance dans la tenue du marché. Alessandro Salvi estime que la capacité de production du site Eurostamp de Villers-la-Montagne est aujourd’hui utilisée à 60 %. La production est réalisée grâce à deux équipes travaillant 8 heures, sur 5 jours.
L’agriculture et la Défense en nouveaux relais de croissance
Pour sortir de cette dépendance à l’automobile, Eurostamp active plusieurs leviers. Le premier est le secteur agricole. L’usine a déjà signé des contrats avec le constructeur de matériel agricole CNH pour son site de Croix, dans le Nord, et lorgne désormais sur l’usine géante de Zedelgem en Belgique. Si les volumes y sont plus faibles que dans l’automobile, 5 000 pièces par an étant considéré comme un gros contrat contre 5 000 par semaine pour les voitures, les marges y sont plus attractives et la concurrence moins féroce.
Le second levier est celui de la Défense. Fin avril 2026, l’usine sera soumise à un audit de trois jours de la part de la Direction générale de l’armement. Avec un objectif : obtenir une qualification pour produire des châssis de véhicules tout-terrain ou des composants pour des drones terrestres, à l’image de ce que produit Arquus, acteur majeur de la fabrication de véhicules terrestres à usage militaire.
"Nous ne ferons pas de missiles, mais pour tout ce qui a un châssis, nous serons capables de le faire avec nos presses", assure Alessandro Salvi, qui se dit prêt à faire évoluer les certifications de son usine pour répondre aux exigences du secteur de la Défense. "Évidemment, travailler des tôles de 20 mm d’épaisseur pour un char d’assaut, ce n’est pas pour nous. Mais les exigences du secteur automobile, notamment en termes de qualité, devraient être un atout", ajoute-t-il. Ensuite, viendra la question du timing de ces nouveaux marchés : "Toutes ces pistes de diversification que nous sommes en train de mettre en place, nous devons pouvoir les développer dès 2026 ou 2027", assure le directeur d’Eurostamp.
Un outil industriel qui s’adapte
Pour autant, le site Eurostamp ne laisse pas tomber le secteur de l’automobile. Le site de Villers-la-Montagne dispose depuis janvier 2026 de trois nouvelles lignes de profilage, mises en service pour produire des pièces pour le Renault Trafic, véhicule assemblé à Sandouville, dans le Nord. Si le groupe CLN dispose d’une usine italienne entièrement dédiée à la production de pièce par profilage, c’est une première pour le site Eurostamp. Concrètement, ce procédé vise à transformer à froid des feuilles d’acier en pièce précisément définie, grâce à des profileuses et des presses. À Villers-la-Montagne, les lignes fabriquent notamment des pièces qui intégreront le bas de la caisse du Renault Trafic.
"Nous avons rapatrié des lignes de profilage suite à la fermeture du site Magnetto Automobile France d’Aulnay-sous-Bois, en région parisienne", détaille Alessandro Salvi. La première ligne a été installée à Villers-la-Montagne en août 2025, quand les deux autres ont pu être mises en service en janvier 2026. Propriété du groupe CLN, le site d’Aulnay-sous-Bois a été fermé début 2024. Suite à la liquidation, la production a été réalisée depuis l’Italie : "Il fallait livrer les pièces depuis Turin, soit faire plus de 2 000 kilomètres et traverser toute la France pour livrer Sandouville. Donc, dès que nous avons été prêts sur le site de Villers-la-Montagne, nous avons transféré la production des pièces. Depuis Sandouville, cela fait seulement 400 km à la place de 2 000", détaille le directeur de l’usine Eurostamp.
Pour Alessandro Salvi, disposer de capacités de profilage est un atout pour la pérennité du site : "Tous les constructeurs automobiles ont des presses dans leurs usines. Mais les procédés de profilage sont tous sous-traités à des fournisseurs", constate le dirigeant. Le profilage exige en effet une attention toute particulière aux pièces produites, afin de pouvoir garantir une parfaite conformité aux spécifications.
Malgré une réduction d’effectifs, le site d’Eurostamp passant de 350 salariés permanents à 205, l’usine a préservé son savoir-faire. 45 % des ouvriers affichent plus de 20 ans d’ancienneté. Une expérience qui constitue, selon Alessandro Salvi, le socle indispensable pour réussir ce saut vers de nouveaux secteurs. Au niveau du groupe familial italien, qui compte à son capital le sidérurgiste ArcelorMittal à hauteur de 35 %, cette diversification est suivie de près.