Gironde

Restauration

Interview Groupe Arom : « Ne pas louper sa sortie en faisant l’année de trop ! »

Entretien avec Didier et Jérémie Oudin, président et directeur général du groupe Arom

Propos recueillis par Astrid Gouzik - 28 mars 2018

Son départ à la retraite, le patron du groupe traiteur Arom, Didier Oudin, l’aura bien mijoté. Depuis 2013, il prépare son fils Jérémie Oudin à prendre les commandes de l’entreprise basée à Eysines (Gironde) et de ses 70 salariés. Ils détaillent leur recette pour une succession en douceur

Jérémie et Didier Houdin, co-présidents du groupe Arom.
Jérémie et Didier Houdin, co-présidents du groupe Arom. — Photo : Astrid Gouzik - Le Journal des Entreprises

Depuis plusieurs mois, vous préparez votre fils Jérémie à vous succéder à la tête de l’entreprise. Comment se déroule ce passage de relais ?

Didier Oudin : Dans le courant de l’année 2017, Jérémie a été nommé directeur général du groupe Arom et j’en reste le président. Je me suis donné encore trois ans avant de partir à la retraite. Je ne veux pas louper ma sortie et faire l’année de trop ! Dans ce laps de temps, je dois lui transmettre les éléments essentiels avant de le laisser réellement aux commandes. C’est compliqué car ce que j’ai mis 40 ans à apprendre, il aura eu 5 ou 6 ans pour le découvrir.

Jérémie Oudin : Après avoir passé six ans à Singapour, j’ai décidé de rentrer en France en 2013 et j’ai rejoint le groupe. J’ai commencé comme responsable de développement de notre marque Dabbawala, puis j’ai géré notre restaurant « Le carré du lac » pendant quelques mois. J’ai participé à l’élaboration des appels d’offres pour de gros projets comme le stade Matmut-Atlantique ou la Cité du Vin. Jusqu’en 2016 où j’ai été nommé directeur général adjoint, puis directeur général un an plus tard. Tout ça, c’est de l’expérience pure. J’ai pu profiter des connaissances de mon père.

Pas trop compliqué de travailler en famille ?

Didier Oudin : Pour moi, c’est une chance d’avoir mon fils à mes côtés, pour plusieurs raisons. D’abord je suis fier de lui transmettre mon entreprise. Mais cela m’épargne aussi toutes les contraintes inhérentes à la vente, cette phase où il faut habiller la mariée pour un potentiel acheteur. Jérémie connaît la mariée depuis longtemps !

Jérémie Oudin : Et c’est rassurant pour les salariés de savoir que l’histoire va continuer avec le même esprit familial.

Justement, avec vos collaborateurs et vos clients, comment avez-vous géré le fait d'être le « fils de » ?

Jérémie Oudin : J’ai fait mes armes et les gens commencent à s’en rendre compte. Mais c’est clair, je le vivrais mal si les salariés pensaient que je suis moins visionnaire que mon père. Ce serait un échec.

Didier Oudin : Il traînera toujours ce truc, il faudra qu’il vive avec ! Là où un autre pourra être à 95 %, lui il faudra toujours qu’il se donne à 200 %. Mais vous connaissez la différence entre un patron téméraire et un visionnaire ? Le résultat ! S’il réussit, on dira qu’il est visionnaire. S’il se plante, on lui reprochera d’avoir été trop téméraire… Pour épauler Jérémie, il va falloir que nous installions une armée de cadres autour de lui. Nous sommes notamment en train de chasser un directeur général pour le remplacer à son poste actuel. Plutôt quelqu’un d'externe et pas forcément une personne du métier.

« Cela me plairait assez qu’on atteigne les 20 millions d'euros de chiffre d'affaires avant mon départ. »

Qu’aimeriez-vous accomplir avant de passer la main ?

Didier Oudin : Lorsque j’ai repris l’entreprise en 2005, nous faisions 1,9 million d’euros de chiffre d’affaires et nous avions 12 salariés. Aujourd’hui, nous sommes 70 (150 équivalent temps plein) et nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros en 2018. Je vous avoue que cela me plairait assez qu’on atteigne les 20 millions avant mon départ.

C’est un objectif ambitieux en 3 ans…

Didier Oudin : Nous sommes encore en plein développement. Dès qu’on encaisse un euro, on en dépense trois. Nous allons de nouveau nous endetter, on pourrait faire entrer un fonds ou lancer une campagne de crowdfunding… on ne sait pas encore. L’entreprise respirera vraiment dans 10 ans quand l’outil de travail aura été amorti. Je le dis souvent : de 2005 à 2010, on a labouré. En 2010, on a semé. Et là on traite pour que la récolte soit belle en 2025 !

Quel sera votre plus grand challenge en succédant à votre père ?

Jérémie Oudin : Donner à manger à nos salariés. Pour cela il faut continuer de développer l’entreprise, aller sur des marchés sur lesquels nous ne sommes pas encore et nous renforcer sur des marchés à forte rentabilité, notamment la sous-traitance pour les restaurants. De gros projets nous attendent comme les espaces de restauration de la Halle Héméra qui ouvrira à la rentrée. On espère y réaliser 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires sur une année pleine. Nous allons aussi exploiter le restaurant de la salle de spectacles Mirage qui va ouvrir à Mios fin 2019. Ce projet, c’est 800 couverts à chaque service. On table sur un chiffre d’affaires entre 3 et 4 millions la première année. Enfin, dans la nouvelle extension du laboratoire, nous allons produire le premier saumon vegétal développé par Pierre Calleja, le fondateur de Fermentalg. On s’éloigne de notre cœur de métier pour aller chercher de la rentabilité.

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