Les équipes du groupe de BTP des Bouches-du-Rhône NGE (26 000 collaborateurs, CA : 4,6 Md€) viennent de se lancer dans un chantier à 150 millions d’euros qui doit les amener à livrer une ligne ferroviaire opérationnelle, entre Contrexéville, dans les Vosges, et Nancy, en septembre 2027. Comment allez-vous procéder ?
Nous ouvrons plusieurs fronts en même temps sur ce chantier hors normes. Le long des 75 kilomètres de voies à reprendre, nous ouvrons plusieurs fronts pour les terrassements, pour la pose des rails, pour les ouvrages d’art à réhabiliter. Nous allons travailler sur l’ensemble de la ligne pendant les 18 mois du chantier. Nous avons déjà commencé par faire place nette et ensuite, nous allons lancer le travail sur la plateforme qui va accueillir les rails, qui est extrêmement dégradée. L’objectif, c’est d’avoir une plateforme solide, pour qu’elle tienne au moins pendant les 22 ans de la concession. Nous allons amener du ballast, dont 18 000 tonnes issues de matériaux recyclés, puis nous poserons les traverses et les rails. En parallèle, le chantier va aussi nous amener à travailler sur l’assainissement, car une plateforme qui dure longtemps, c’est une plateforme où les eaux sont bien collectées.
Quel est l’état de l’infrastructure sur laquelle vous avez commencé à travailler ?
Il y a beaucoup de travail pour tout remettre en état. La voie date de la fin du XIXe siècle, elle a servi énormément, avant une phase de déclin. Le déclin était d’ailleurs en partie lié à un défaut d’investissement. C’est pour cela que nous nous retrouvons aujourd’hui face à un ouvrage qu’il faut reprendre très largement. À cela s’ajoutent les dix années passées depuis 2016, depuis l’arrêt de l’exploitation, sans rien faire sur l’infrastructure.
"La demande de voie ferrée est universelle."
Y a-t-il de mauvaises surprises, qui pourraient faire déraper le coût du chantier ?
L’état de l’infrastructure a déjà été très largement intégré dans le coût global du chantier. Il y a peut-être quelques découvertes, mais globalement, nous savions que c’était une infrastructure à reprendre largement.
Vos chiffres montrent que 300 personnes seront mobilisées sur le chantier, qui a été lancé le 17 décembre dernier. Avez-vous déjà recruté tout le monde ?
Il y a déjà 100 personnes qui travaillent sur le chantier. Nous avons passé 12 contrats d’insertion, avec des gens qui vont travailler sur le chantier dans le cadre de programmes d’insertion pilotés par l’État et la Région. Ensuite, les personnels dans les entreprises du groupe NGE vont venir spécialement ici. Il faudra évidemment recruter des gens pour les renforcer, mais je ne peux pas encore vous dire dans quelle proportion.
Est-ce que le modèle choisi pour rouvrir cette ligne, qui a été entièrement concédée, de l’infrastructure à l’exploitation, à la société privée Nova 14, peut intéresser d’autres collectivités ?
Nous avons mené un chantier de 300 km de voie ferrée en Uruguay, que nous avons livré au début de l’année dernière. Aujourd’hui, nous sommes dans un monde où le ferroviaire est très demandé. Il y a une attente dans la population et les manières de faire aboutir les projets se diversifient. Il y a des acteurs historiques tout à fait respectables pour lesquels nous travaillons, comme SNCF Réseaux. Et puis il y a de nouveaux acteurs qui émergent, de nouveaux modèles et de nouveaux types de contrats. Quand un secteur se développe, il faut faire feu de tout bois. Ce type de modèle, choisi par la région Grand Est, nous le retrouverons à d’autres endroits en Europe et dans le monde.
" Transdev ne fait pas notre métier, nous ne faisons pas le métier de Transdev, donc nous sommes extrêmement complémentaires."
À l’échelle du groupe NGE, quelle est la part du ferroviaire dans votre activité ?
Le ferroviaire représente pas loin de 15 % de notre activité. C’est clairement une activité en croissance, d’abord parce qu’il y a de très gros besoins de maintenance du réseau. Après avoir passé des années à construire des réseaux nouveaux, aujourd’hui, il faut les maintenir. Et il y a une demande énorme à l’international, en Amérique Latine, au Canada ou encore au Moyen-Orient. La demande de voie ferrée est universelle.
Pour un groupe comme le vôtre, est-ce qu’il est rentable de se lancer dans un projet comme la réouverture d’une petite ligne ferroviaire ?
Au début d’un chantier, je n’aime pas dire que quelque chose va être très rentable, parce que nous n’avons pas idée de tout ce qui nous attend. Je ne vais donc pas me prononcer là-dessus. Par contre, ce que je peux vous dire, c’est qu’il est stratégique pour nous d’être sur cette opération pionnière. Parce que nous apprenons beaucoup sur ce modèle dit "d'intégration verticale". Et ce n’est pas au pied du mur qu’on connaît le maçon, c’est tout en haut.
Êtes-vous à l’aise dans le groupement que vous formez avec Transdev et la Banque des Territoires au sein de Nova 14 ?
Nous sommes très à l’aise dans ce montage. Transdev, qui est un opérateur de mobilité et a vocation à exploiter la ligne, ne fait pas notre métier, nous ne faisons pas le métier de Transdev. Donc nous sommes extrêmement complémentaires. Et nous avons déjà une histoire commune sur un projet dans le Sud de la France. Sans compter que nous nous retrouvons de temps en temps à l’international. Nous avons un partenariat qui est exigeant et stimulant, et qui devrait nous permettre de délivrer ce qui est attendu ici.