Le groupe familial de transports Lahaye (1 700 salariés, 260 M€ de CA en 2024), dont le siège est à Vern-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine), s’est engagé dans une démarche de transition énergétique et accélère ses investissements en ce sens. Il souhaite en effet s’aligner sur la stratégie nationale bas-carbone, en enrichissant notamment son mix énergétique. Cette volonté se traduit par une accélération de son activité dédiée au transport combiné rail-route, dont le groupe est l’un des pionniers. "Notre filiale Trans-Fer, lancée en 2012, connaît une croissance à deux chiffres, atteignant 25 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, indique Matthieu Lahaye, directeur général. Toutes les entreprises veulent en effet réduire l’empreinte carbone liée au transport, et le rail-route est une solution."
Un portique de manutention électrique rénové
Pour se développer, l’entreprise investit beaucoup, notamment sur la plateforme ferroviaire qu’elle exploite sur le site Rennes Terminal. "Nous avons rénové un portique de manutention ancien, changé les moteurs électriques et la cabine, pour 350 000 euros. Il était hors d’usage. Désormais, il va nous permettre de bénéficier d’un moyen de manutention en plus, et qui fonctionne à l’électrique."
15 000 camions sur le train chaque année à Rennes
Ici transite en effet l’équivalent de 15 000 camions par an, dont les caisses de chargement sont placées sur des trains de marchandise, à raison de 45 caisses par train. Elles sont placées sur les lignes rail-route exploitées par Lahaye vers Lyon (1 aller-retour par jour), Lille (3 par semaine) et Nancy (1 fois par semaine). Cette activité alternative à la route avait été lancée au départ pour répondre au besoin de la Sica Saint-Pol-de-Léon de gagner en compétitivité sur le marché européen, en désenclavant la Bretagne.
"Au début de l’aventure de Trans-Fer, l’argument premier était économique, se souvient Matthieu Lahaye. Aujourd’hui, il est avant tout écologique. L’empreinte carbone du voyage est réduite, la capacité est augmentée tout en baissant le nombre de camions qui prennent la route." Lahaye transporte via le combiné rail-route des marchandises de tous types pour l’agroalimentaire, la menuiserie, les grandes surfaces alimentaires ou spécialisées, etc. Il figure parmi la dizaine d’opérateurs français qui maîtrisent ce segment et ambitionne de doubler le nombre de ses trains cette année (commercialisés par sa filiale Be Modal).
3 millions d’euros pour 10 camions électriques
À côté de ces investissements sur l’activité Trans-Fer, Lahaye diversifie les sources énergétiques de ses véhicules, pour tendre vers des trajets plus verts. Il vient d’acheter dix camions électriques. À 300 000 euros pièce, cela représente un investissement de 3 millions d’euros. "Notre objectif n’est en effet pas de passer tous nos volumes par le train, même si nous voulons à horizon 2028 transporter deux fois plus de marchandises par ce biais", précise Matthieu Lahaye. Le groupe transforme en parallèle son parc pour diviser par deux sa dépendance aux énergies fossiles. De 90 % de véhicules diesel en 2022, il veut en atteindre 40 % en 2028. Le groupe va se tourner aussi vers une flotte de poids lourds fonctionnant au HVO, un biocarburant produit à partir de déchets organiques et qui permet de réduire jusqu’à 90 % des émissions de CO₂.