Pour Thierry Bodard, le président de NGE Concessions, la dynamique est bonne : "Tout le monde veut la ligne 14", constate le dirigeant du groupe de BTP (CA : 4,6 Md€ ; 23 600 collaborateurs) basé dans les Bouches-du-Rhône. Fermée en 2016, la ligne ferroviaire Nancy-Contrexéville a été concédée en juin 2024 par la région Grand Est au groupement d’entreprises Nova 14, composé de NGE Concessions, Transdev et la Banque des Territoires pour assurer un total de 30 allers-retours quotidien sur la ligne, numérotée 14.
75 kilomètres de voie à reprendre totalement
Avant la reprise du trafic, programmée pour le 12 décembre 2027, le concessionnaire va s’engager dès la fin de cette année dans un chantier à 150 millions d’euros. Au programme, la construction d’un centre de maintenance à Mirecourt, dans les Vosges, pour 13,4 millions d’euros, la mise en place de la signalisation pour un montant compris entre 10 et 15 millions d’euros, et la réhabilitation totale de 75 kilomètres de voie, soit les rails et le ballast, pour "une bonne centaine de millions d’euros", résume Thierry Bodard.
Neuf filiales du groupe NGE mobilisées
Pour le professionnel du BTP, pour arriver au bout de ce programme de travaux "exceptionnels" pour le bassin de l’Ouest vosgien, la première urgence est de recruter : "Les 300 personnes mobilisées sur le chantier viendront essentiellement de neuf filiales du groupe", parmi lesquelles TSO, Offroy, Sages Rail, Muller TP ou encore NGE GC et SLD TP pour les travaux de terrassements, de réseaux et de génie civil, précise le directeur général adjoint de NGE, qui emploie déjà un total de 750 personnes dans la région Grand Est. Mais pour tenir le calendrier, il faudra recruter "environ une centaine de personnes", estime le dirigeant.
10 % de personnes en insertion professionnelle
Parmi les clauses du contrat signé avec la Région Grand Est, figure un engagement visant à recruter 10 % de personnes en insertion professionnelle. Les deux premières réunions d’information sur le chantier ont permis de rassembler une soixantaine de personnes. "Nous allons en sélectionner une quinzaine, qui entrera d’abord en formation sur une période de six semaines. Ensuite, nous leur proposerons un contrat de professionnalisation sur une durée d’un an. Et à l’issue, ils seront en contrat à durée indéterminée", précise Thierry Bodard.
Vers une régularité de 98 % à moins de 3 minutes ?
En parallèle du lancement du chantier, l’autre actionnaire de Nova 14, Transdev, est déjà mobilisé sur l’exploitation de la ligne. Et dans le cadre du contrat signé avec la Région, l’opérateur de mobilité, qui pèse 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, ne sera pas intéressé sur les recettes, mais touchera des "bonus-malus par rapport à la qualité de service", révèle Douars Hénaut, le directeur général France de Transdev. Au terme des négociations avec la Région Grand Est, le concessionnaire s’est engagé sur un taux de disponibilité de l’infrastructure de 99,5 %, une régularité de 98 % à moins de 3 minutes.
Une PME au sein d’un groupe de 82 000 personnes
"Pour arriver à une bonne qualité de service, il faut former, développer les compétences des salariés", estime le directeur général France de Transdev. "Et aussi obtenir un équilibre entre le personnel qui a la chance d’accéder aux métiers du ferroviaire, et ceux qui ont plus d’expérience." C’est donc une petite PME de 65 personnes qu’Édouard Hénaut s’apprête à mettre en place au sein du groupe comptant un total de 82 000 salariés : "Notre modèle, c’est de laisser tout pouvoir aux gens en local, qui seront les patrons de la ligne, pour faire tourner la ligne", insiste Douars Hénaut. Parmi les personnes recrutées, figureront 23 conducteurs de train, 8 agents de la relation client, appelés "contrôleurs" par la SNCF, ainsi que 10 agents de maintenance.
Objectif : 500 000 voyageurs par an
Dès 2028, les équipes de Transdev pensent pouvoir attirer 500 000 voyageurs par an sur le tronçon Nancy-Contrexéville. Sachant qu’une partie de la ligne, toujours en service entre Pont-Saint-Vincent et Nancy, attire 300 000 voyageurs par an. "C’est une augmentation significative", concède Douars Hénaut, qui assure que la fréquence des trains, soit environ un toute les heures, devra permettre de convaincre les usagers d’abandonner leur voiture au profit du train.