Sur le long chemin de la décarbonation d’un site industriel, ce sont "les dernières étapes les plus difficiles", concède Sylvain Bickel, le directeur de Sofidel France. "D’autant plus que certaines technologies n’existent pas encore…" Avant d’envisager d’atteindre la neutralité carbone en 2050, soit l’objectif fixé par le producteur italien de papiers d’hygiène Sofidel (9 500 salariés ; CA : 3,225 Md€), l’usine de Frouard, en Meurthe-et-Moselle, vient de franchir une nouvelle étape. Le site, qui emploie un total de 500 salariés pour 350 millions d’euros de chiffre d’affaires, vient de mettre en service une nouvelle chaudière biomasse, pour un investissement de 12 millions d’euros. Conjuguée à la première chaudière biomasse du site, mise en service en 2014, cette nouvelle chaudière doit permettre d’abaisser les émissions du site de plus de 21 000 tonnes de CO2 d’origine fossile par an, soit 50 % de moins par rapport au niveau de 2013, date à laquelle seul du gaz était utilisé.
Deux nouveaux rouleaux pour mieux sécher le papier
Pour autant, pas question de temporiser : "Nous avons des engagements, il faut les tenir", insiste Sylvain Bickel. En 2027 et 2028, l’équipe de Sofidel France va plancher sur un nouveau projet, soit plus de 17 millions d’euros à investir : l’installation de deux nouveaux rouleaux permettant de sécher mécaniquement le papier. Pour 7,5 millions d’euros, le premier rouleau sera installé sur la PM2, la deuxième machine à papier de l’usine, avec pour objectif de réduire les émissions de CO2 de 2 950 tonnes par an. Le deuxième rouleau sera installé sur la PM1, la première machine à papier, avec en supplément un système de récupération de la chaleur fatale, pour près de 10 millions d’euros. Objectif : réduire de 3 010 tonnes les émissions de CO2. "Ces nouveaux rouleaux souples, développés par le fabricant Valmet, permettent d’augmenter considérablement la surface de contact avec le papier", détaille Olivier Houlez, responsable de la production de la papeterie de l’usine de Frouard. "Si on appuie plus, le papier sèche plus et cela permet de dépenser moins d’énergie derrière pour finaliser le séchage."
Un arrêt pour travaux à optimiser pour 2027
"Ce sera notre challenge pour 2027", fixe Sylvain Bickel. "Savoir quand programmer l’arrêt pour mener les travaux, comment s’arrêter, pour optimiser l’arrêt." Hormis les arrêts pour mener les opérations nécessaires à la maintenance, les deux machines à papier de l’usine Sofidel de Frouard tournent 24 heures sur 24, et peuvent produire jusqu’à 1 800 mètres de papier à la minute, pour former des bobines de 5,4 mètres de large et de 2,5 tonnes. Présenté comme une "rupture technologique", ce nouveau type de rouleaux, appelés "ViscoNIP" a déjà été installé dans les usines du groupe, notamment en Angleterre. "C’est une technologie mature et nous bénéficions du retour d’expérience", souligne le directeur de Sofidel France.
"Il existe des hottes électriques, mais cela reste très énergivore et donc très compliqué."
Reste que 50 % de l’énergie consommée sur le site est avalée par les hottes chauffantes installées sur les machines à papier, qui brûlent du gaz pour achever de sécher les 120 000 tonnes de papier produit chaque année. "Il existe des hottes électriques, mais cela reste très énergivore et donc très compliqué", constate Sylvain Bickel. "Et il y a d’autres technologies à explorer, comme l’hydrogène par exemple." Autre piste pour réduire l’empreinte environnementale du site, substituer le gaz fossile par du gaz issu de la méthanisation. "C’est ce que nous avons fait dans notre usine de Roanne", rappelle Sylvain Bickel, sans vouloir s’avancer sur l’option technologique qui pourrait être retenue.
8 MW grâce à la biomasse
Pour l’instant, l’équipe de Sofidel à Frouard savoure le démarrage réussi de la nouvelle chaudière. À peine 24 heures après sa mise en service, le 2 mars, ce nouvel équipement parvenait à injecter plusieurs tonnes de vapeur à l’heure, vapeur utilisée pour sécher le papier produit. "La pleine puissance sera atteinte à la fin du mois", anticipe Sylvain Bickel. À pleine puissance, les 8 MW de la chaudière pourront contribuer à hauteur de 8 tonnes de vapeur à l’heure, sur un total de 20 tonnes nécessaires. "Lorsque les deux chaudières seront pleinement opérationnelles, la production de vapeur permettra de couvrir 95 % de l’énergie nécessaire à la chauffe des cylindres sécheurs des deux machines à papier", décrit le directeur de Sofidel France. Soit un total de 88 000 MWh.
Ensemble, les deux chaudières vont consommer un total de 36 000 tonnes de bois, soit 22 000 tonnes pour la première et 14 000 pour la deuxième. "95 % de cette masse est formée de plaquettes forestières, les 5 % restant étant des broyats de palettes", précise Sylvain Bickel. Le plan d’approvisionnement, validé par l’Ademe, prévoit d’aller chercher 80 % du bois dans le Grand Est, 15 % en Bourgogne-Franche-Comté et le reste en Allemagne ou en Belgique.
Moins de plastique pour l’emballage
Pour le directeur de Sofidel France, la cause est entendue. "Une entreprise qui ne décarbone pas se fera éliminer. Parce que nos clients, la grande distribution, nous le demandent, mais surtout parce que le consommateur final le demande aussi". En parallèle du travail sur l’énergie consommée par l’usine de Frouard, l’équipe de Sofidel France cherche à abaisser la quantité de plastique utilisée pour emballer les produits, que ce soit du papier toilette, de l’essuie-tout ou des mouchoirs. "Notre objectif est de réduire de 50 % l’utilisation de plastique vierge", rappelle Sylvain Bickel. En 2023, grâce à l’utilisation de film plastique plus fin, seuls 16,3 kg de plastique ont été utilisés par tonne de papier produit, soit 39 % de moins par rapport au niveau de 2013. "Une autre piste consiste à utiliser du papier pour emballer nos produits", souligne le directeur de Sofidel France.
7 millions d’euros dans une nouvelle ligne de transformation
Tous les efforts menés pour réduire l’empreinte environnementale du site n’empêchent pas de continuer à investir pour répondre aux exigences des clients de Sofidel France. Au cours du quatrième trimestre 2025, une nouvelle ligne de transformation du papier en mouchoirs, emballés dans des étuis, a été installée dans l’usine de Frouard pour un investissement total de 7 millions d’euros. Dans les 20 000 m2 de l’atelier "transformation" de l’usine, il a fallu faire de la place pour installer cette nouvelle ligne, capable de fabriquer jusqu’à 10 000 mouchoirs à la minute. "Nous avons décidé d’investir pour augmenter nos capacités de production, puisque nous étions arrivés à saturation", précise Sylvain Bickel. Sur ces marchés, Sofidel France réalise 25 % de son chiffre d’affaires grâce à ses propres marques, parmi lesquelles Sopalin ou encore Le Trèfle, quand 55 % des ventes sont réalisées pour des marques de distributeur.