Après la flambée de 2022-2023, les prix du marché de l’électricité se sont assagis. Mais la disparition de l’Arenh à la fin 2025, ce dispositif qui permet aux industriels de bénéficier d’un prix d’électricité fixé à 42 euros par MWh, jette un nouveau trouble chez Aluminium Dunkerque.
Le plus gros consommateur d’électricité de France
Il faut dire que pour ce fabricant d’aluminium de Loon-Plage (Nord), la facture d’électricité s’élève à plusieurs centaines de millions d’euros par an. Le site est le plus gros consommateur d’électricité de France. Il utilise 4 térawatts-heure, c’est-à-dire 4 millions de mégawatts-heure par an, pour fabriquer des plaques et des lingots d’aluminium qui seront transformés par d’autres industriels en carrosseries automobiles, en capsules de café ou encore en canettes. Dans une usine où l’électricité constitue le deuxième coût le plus important derrière l’alumine, le prix de l’énergie s’avère donc un enjeu stratégique.
"C’est un sujet depuis la création du site", indique le PDG Guillaume de Goÿs. L’usine de 65 hectares a vu le jour en 1991 suite à un contrat de 25 ans entre EDF et Péchiney, lui permettant de bénéficier de visibilité et de prix compétitif. À l’échéance de ce contrat, Aluminium Dunkerque est soumis aux prix du marché de l’électricité, atténués par l’Arenh. En figeant les prix, le mécanisme protège l’entreprise. Mais seulement en partie, pour un peu moins des deux tiers de son approvisionnement.
Aluminium Dunkerque contraint de ralentir sa production
Alors, quand les prix de l’électricité s’envolent à plus de 300 euros par MWh, l’entreprise reprise en 2021 par le fonds américain AIP est contrainte de stopper les machines. Pendant l’hiver 2022 puis pendant plusieurs mois l’année suivante, l’usine stoppe une partie de ses 264 cuves d’électrolyse. "Le coût de la production de l’aluminium était devenu trois fois celui du prix de vente", rapporte Guillaume de Goÿs. Un prix de vente sur lequel l’industriel de 700 salariés n’a aucune prise : dans une forte compétition mondiale, le prix de l’aluminium est fixé à la Bourse de Londres. Impossible donc pour Aluminium Dunkerque de répercuter la hausse du coût de production sur ses clients.
Discussions cruciales avec EDF
L’enjeu est désormais "de nouer des contrats de long terme, de 10 à 15 ans, qui nous offrent de la compétitivité et une visibilité". Des négociations sont en cours à ce sujet avec EDF pour un Contrat d’allocation de production nucléaire.
L’enjeu des discussions avec EDF est double. Il s’agit d’abord d’obtenir des prix "acceptables" par rapport aux concurrents. Ceux-ci bénéficient de tarifs très variables. "Au Canada, les coûts de production sur certains barrages hydroélectriques déjà amortis sont inférieurs à 10 € par MWh. Dans certaines régions chinoises, les prix peuvent en revanche monter à 80 € le MWh. Quand vous payez votre électricité à un prix trop élevé, à la moindre crise, vous êtes obligés de fermer boutique, comme on l’a fait", explique Guillaume de Goÿs.
Un projet à 300 millions d’euros en jeu
L’autre enjeu de ces contrats long terme pour Aluminium Dunkerque, c’est de se donner une visibilité pour investir dans sa décarbonation. L’entreprise projette ainsi d’injecter 300 millions d’euros sous 5 ans, dans des procédés permettant la capture et le stockage de CO2, avec à la clé une hausse de 10 % de ses besoins en électricité.
Un contrat de transition écologique a été signé dans ce but avec le gouvernement en 2023. Trois millions d’euros ont été injectés pour mettre au point un prototype de capture du carbone spécifique à l’industrie de l’aluminium. Doivent suivre, la mise en place d’un pilote en 2026 et la décision, vers 2028 ou 2029, de généraliser ce procédé.
"Pour cela, on a besoin d’avoir une visibilité et une compétitivité que peut apporter un contrat long terme d’électricité", assure Guillaume de Goÿs. Des conditions que le groupe ArcelorMittal, de son côté, n’a pas réussi à réunir pour le moment. Cela s’est traduit par le gel des projets de décarbonation de ses sites de Dunkerque et de Fos-sur-mer.