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Aluminium Dunkerque inaugure son nouveau four, dédié au recyclage
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Aluminium Dunkerque inaugure son nouveau four, dédié au recyclage

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La fonderie d’Aluminium Dunkerque s’ouvre au recyclage avec la mise en service d’un nouveau four, qui va lui permettre de produire des lingots d’alliage intégrant de l’aluminium recyclé, destinés au marché de la construction automobile. 13 millions d’euros ont été investis dans ce projet, au cœur de la démarche de décarbonation du site.

Le huitième four d’Aluminium Dunkerque a été inauguré en mai 2025. Il va permettre à l’industriel de produire des lingots d’alliage à base d’aluminium recyclé — Photo : Bastien Créqui

Pour demain, Aluminium Dunkerque (750 collaborateurs, 800 M€ de CA) mise sur le "Low Cal". Comprendre, un aluminium à la fois "low carbon" et local, produit sur son site de Dunkerque, d’où sortent chaque année, 300 000 tonnes de plaques (80 % de la production) ou de lingots d’aluminium (20 %), obtenus par électrolyse. Mais ça, c’était avant. Aluminium Dunkerque a inauguré mi-mai son huitième four, qui va lui permettre de produire des lingots d’alliage incorporant de l’aluminium recyclé. Une nouveauté pour l’industriel, qui vise le marché de l’automobile et notamment, des véhicules électriques pour écouler les quelque 20 000 tonnes de lingots d’alliage supplémentaires qu’il ambitionne de produire.

Guillaume de Goÿs (à gauche), président d’Aluminium Dunkerque, a signé un protocole d’accord avec EDF, représenté par Marc Benayoun, directeur Exécutif en charge du Pôle Clients, Services & Territoires — Photo : Jeanne Magnien

13 millions d’euros investis

Fruit d’un investissement de 13 millions d’euros, l’installation de ce huitième four, en ligne avec les sept autres, aura nécessité 18 mois de travaux. Une prouesse, soulignent les équipes ayant travaillé sur le projet, qui ont dû faire rentrer l’immense four "au chausse-pied" dans la fonderie.

D’une capacité de 65 tonnes, ce four devrait permettre de fondre 20 000 tonnes d’aluminium à base recyclée à l’année, avec l’ambition d’atteindre les 30 000 tonnes d’ici 2030. Un objectif raisonnable, au vu des quelque 500 000 tonnes d’aluminium usagé collectées chaque année en France, puis exportées.

"Nous visons avant tout les déchets et rebuts venant de l’industrie automobile, pour fondre des lingots d’alliage eux-mêmes destinés à la fabrication de jantes, de culasses, ou d’éléments de boîtes de vitesses. L’idée est de créer des boucles : localement, nous travaillons par exemple avec Verkor, dont les usines de batteries utiliseront de l’aluminium. Nous pourrons leur en fournir, et récupérer leurs rebuts de production pour le refondre. L’aluminium a pour grande qualité de pouvoir être réutilisé à l’infini", présente Guillaume de Goÿs, le président d’Aluminium Dunkerque.

Faible bilan carbone

Le producteur d’aluminium veut ainsi mettre à la disposition de ses clients un métal au bilan carbone bien inférieur à celui de l’aluminium primaire : l’aluminium recyclé consomme 5 % de l’énergie nécessaire pour produire de l’aluminium par électrolyse.

"Toutes énergies confondues, il faut 14,5 MWh par tonne pour produire nos lingots issus d’aluminium primaire. Pour l’ensemble des tonnes de production d’aluminium recyclé, la valeur atteindra 0,7 MWh par tonne refondue. À l’échelle du projet, 96 GWh d’énergie seront évités chaque année", vante ainsi Aluminium Dunkerque. Idem pour l’eau : grâce au recyclage des eaux de purge, le refroidissement de ces nouveaux lingots ne devrait pas occasionner de surconsommation d’eau sur le site.

Ces lingots d’alliage seront, en outre, produits localement ; les 63 000 tonnes annoncées représentent environ 8 % de la demande européenne, et 19 % de la demande française, et pourront remplacer autant d’importations.

Un prix identique

En interne, des outils ont été mis au point pour pallier la variabilité du taux d’impureté de l’aluminium à recycler, pour maximiser la quantité de produits recyclés intégrée dans la production tout en garantissant la qualité du produit final. D’ailleurs, "l’aluminium recyclé et l’aluminium primaire sont vendus au même prix, puisque les deux produits sont strictement identiques," pointe Guillaume de Goÿs. Quant à la marge réalisée sur les deux produits par le fabricant, elle n’est pas forcément plus importante sur l’aluminium issu du recyclage. "C’est difficile de dire lequel des deux, du primaire ou du recyclé, est le plus avantageux pour nous, car cela dépend de tellement de facteurs, entre le prix d’achat des matières premières, les cours de l’énergie… Par moments l’aluminium recyclé sera plus rentable pour nous, à d’autres, ce sera l’aluminium primaire", assure Guillaume de Goÿs.

Vers le zéro carbone en 2050

Ce nouveau four, qui vient doter l’usine de Dunkerque de 10 % de capacité de production supplémentaire, va permettre à l’industriel de répondre à une demande croissante au niveau mondial.

"On s’attend à une hausse de 50 % de la demande d’ici 2050, et notamment en aluminium bas carbone, circulaire, produit en Europe. Nous préparons donc l’avenir, en déployant une stratégie de décarbonation, selon notre feuille de route "Low Cal". Avec plusieurs axes : la performance énergétique, l’augmentation de la part recyclée, et la production bas carbone," pose Guillaume de Goÿs.

Adoptée fin 2023, cette feuille de route ambitieuse prévoit une baisse de 5 % des émissions de CO2 du site en 2025 et de 30 % en 2030, pour atteindre le zéro carbone en 2050. Pour y parvenir tout en maintenant sa compétitivité, Aluminium Dunkerque compte actionner plusieurs leviers, et d’abord, la sécurisation de son approvisionnement en électricité, l’une de ses principales matières premières. Avec 4 TwH à l’année, Aluminium Dunkerque est l’industriel qui consomme le plus d’électricité en France. Le groupe a donc signé un protocole d’accord inédit avec EDF, portant sur les dix prochaines années. Fruit de "18 mois de travail", cet accord, dont les termes restent confidentiels, devrait assurer une alimentation en électricité durable, et à un prix compétitif, au site.

Une expérimentation commune pour la captation C02

Enfin, Aluminium Dunkerque s’est allié d’autres grands producteurs d’aluminium en France, comme Rio Tinto et Fives, pour mettre au point un procédé de captation de CO2 adapté à leur activité. Le dispositif va être mis en service sur le site d’Aluminium Dunkerque avant l’été, pour une première évaluation in situ. S’il est validé, le dispositif devrait lui aussi permettre de réduire l’empreinte carbone du site d’Aluminium Dunkerque.

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