Démocratiser la méthanisation pour décarboner davantage l’agriculture. C’est l’objectif de Vincent Bachet, fondateur d’Octometha, une start-up créée en mai 2023 et basée à Beauvais, dans l’Oise. Actuellement, la méthanisation classique par voies liquides reste coûteuse pour les éleveurs, ce qui exclut de ce procédé les exploitations de taille modeste. Sept années de recherche ont été nécessaires pour finaliser cette technologie, qui sera déployée pour la première fois dans la Somme, dès la fin de l’année.
Un premier déploiement fin 2025
C’est en partenariat avec UniLaSalle et l’Université de Technologie de Compiègne (UTC), que la jeune pousse Octometha a mis au point cette méthode de méthanisation par voie pâteuse, à base de fumiers et de paille, aujourd’hui non valorisés. Sur l’année 2024, 900 000 euros ont été récoltés auprès d’investisseurs privés pour finaliser et lancer ce projet. Fin 2025, la technologie brevetée de la start-up sera mise en route dans une exploitation de 125 vaches près d’Amiens, dans la Somme, pour un coût de 1,2 million d’euros. L’innovation permettra de stocker 1 300 m3 de biomasse, pour produire 1 245 Mwh d’électricité par an (la consommation annuelle de 265 foyers).
Une technologie sollicitée dans toute la France
L’agriculteur samarien, "très en veille sur les pratiques innovantes", selon Vincent Bachet, s’est montré très enthousiaste à l’idée d’accueillir le projet et de devenir ainsi la vitrine du procédé déjà sollicité dans toute la France, "par une cinquantaine d’exploitants". Pour Octometha, qui vient de rejoindre l’incubateur EuraTechnologies à Lille, l’étape suivante du développement sera l’Europe. La start-up souhaite doubler son chiffre d’affaires (non communiqué) chaque année à compter de 2026 et recruter une quinzaine de collaborateurs d’ici quatre ans.
Une solution clé en main
Actuellement, la méthanisation classique par voies liquides reste coûteuse pour les éleveurs et nécessite une maintenance importante. Octometha lance donc une solution clé en main, depuis l’étude du projet jusqu’à la maintenance. Concrètement, la jeune pousse propose d’installer un couloir enterré recouvert de deux bâches avec un ventilateur entre chacune d’elles. Une fois par jour, l’agriculteur verse les matières organiques dans le digesteur à l’entrée du couloir, sans broyage préalable. Celles-ci sont soumises à l’action des bactéries en l’absence d’oxygène. Après quelques semaines, elles sont évacuées à l’autre extrémité du dispositif, sans traitement supplémentaire. Méthanisé, le digestat est récupéré par l’exploitant pour fertiliser ses champs. L’énergie produite est revendue à des fournisseurs d’énergie.
85 millions de tonnes de fumier produites par an en France
"Tout l’enjeu est de décarboner l’agriculture et d’apporter un revenu qui sécurise l’exploitation", résume Vincent Bachet. Le tout, en revalorisant un déchet issu de l’activité d’élevage. "Aujourd’hui, près de 85 millions de tonnes de fumier sont produites par an en France. Stockées à l’air libre, elles représentent 3 % des gaz à effet de serre. L’idée est que ces 85 millions de tonnes passent dans les digesteurs", conclut le startuper.