Advitam renoue avec la rentabilité sur l’exercice 2024-2025, clos le 30 juin dernier. Le groupe coopératif agricole, basé à Saint-Laurent-Blangy, près d’Arras (Pas-de-Calais), constate les effets de son plan de transformation, baptisé Advitam 2030, dès la première année de déploiement. "Et ce, malgré une très mauvaise récolte 2024, la pire depuis 40 ans", souligne Armel Lesaffre, président du groupe Advitam et de la coopérative agricole Unéal, dont il est issu.
Un retournement sur les rails
L’activité d’Advitam est organisée autour de deux pôles métiers : le soutien aux productions végétales et animales (de l’approvisionnement en agrofournitures à la commercialisation des céréales, en passant par la collecte et le machinisme agricole), ainsi que la distribution : jardineries, animaleries et espaces verts. Sur ce dernier exercice, Advitam a réalisé un chiffre d’affaires d’1,44 milliard d’euros, en légère baisse par rapport à 2023-2024 (1,65 milliard d’euros).
En revanche, l’Ebitda s’établit à 47,2 millions d’euros, en hausse de 8 % par rapport à l’exercice précédent. Et le résultat net (part du groupe) sort du rouge, pour s’établir à 1,9 million d’euros, contre une perte de 18,3 millions d’euros en 2023-2024. "La trajectoire nous paraît plutôt bonne et le démarrage de l’exercice 2025-2026 nous le confirme", commente Olivier Athimon, directeur général d’Advitam. D’autant plus que le retournement s’est opéré en dépit d’une collecte de céréales historiquement faible, de l’ordre d’1,7 million de tonnes, soit une baisse de rendement de 30 % par rapport à l’exercice précédent.
Une politique d’optimisation
Cette performance est à mettre en lien avec une bonne dynamique commerciale, couplée à une baisse des charges. Dans le cadre du plan Advitam 2030, le groupe a choisi de recentrer ses activités sur l’agriculture, après plusieurs années de diversification. "La seule raison d’être des diversifications est d’apporter de la valeur à Unéal (610 M€ de CA en 2024-2025 NDLR) et à ses 6 000 agriculteurs adhérents. Nous leur reversons 50 % des profits de la coopérative, ce qui représente sur cet exercice 3,2 millions d’euros, pour un résultat net de 6,4 millions d’euros", souligne le directeur général.
Ce parti pris a conduit le groupe à se séparer de certaines activités, comme l’ensemble de ses magasins en circuit court Prise Direct', cédés fin 2024 à la boucherie Aux Enfants. Le groupe a également cédé durant cet exercice la société MAPP (20 M€ de CA, 35 salariés), un distributeur de matériel d’entretien jardins et espaces verts. "Son activité n’était pas directement en lien avec l’agriculture et pesait sur nos comptes", commente Olivier Athimon. Enfin, si les magasins Gamm Vert sont rentables (quatre points de vente déficitaires ont été cédés), ce n’est pas le cas des neuf magasins Jardiland du groupe, dont la cession va elle aussi être étudiée. Malgré ces opérations, les diversifications ont représenté 60 % du chiffre d’affaires du groupe sur 2024-2025.
S’adapter au changement climatique
Ce recentrage sur l’activité agricole va permettre au groupe "de s’adapter aux effets du changement climatique, qui a un impact fort sur les cultures. Nous travaillons par exemple avec nos fournisseurs en semences sur le sujet. Nous menons des tests sur 170 parcelles dédiées, pour mettre à la disposition des agriculteurs les semences les plus adaptées à l’évolution du climat", note le directeur général.
Dans le cadre de sa démarche RSE, Advitam compte par ailleurs engager d’ici 2030 quelque 1 000 agriculteurs en agriculture de régénération. Cette dernière consiste à protéger et enrichir les sols, en vue de les rendre plus résistants face aux aléas climatiques. Le groupe a également accompagné 52 agriculteurs dans une diversification vers la vigne, avec 80 hectares plantés. Le vin blanc produit (chardonnay) est bien installé en CHR. "L’enjeu est maintenant le lancement en GMS, avant d’atteindre les 130 vignerons en Hauts-de-France", indique Armel Lesaffre.
Les autres grands enjeux
L’idée est aussi d’anticiper les changements de réglementations. "Plus de 99 matières actives ont été supprimées depuis 2019 et les prix des engrais sont en passe d’augmenter", alerte Olivier Athimon. Grâce à des investissements en R & D, Advitam accélère sur le biocontrôle, qui garantit la santé des cultures via des alternatives non chimiques, comme le recours aux insectes, au purin d’orties, etc. Ce biocontrôle représente déjà 15 % du chiffre d’affaires du groupe sur l’activité approvisionnement en agrofournitures.
"Nous restons à l’affût d’opportunités de rachat dans le domaine de l’eau"
Advitam concentre aussi ses efforts sur les problématiques liées à l’eau. Via sa filiale Verhaeghe, un acteur de l’irrigation, le groupe a récemment signé l’acquisition d’Equo Modul (2 M€ de CA, 6 salariés), une société implantée à Auch (Gers) et spécialisée dans le traitement de l’eau. "Nous restons à l’affût d’opportunités de rachat dans ce domaine. C’est un sujet capital pour des cultures comme le lin par exemple, qui ne supportent pas le stress hydrique", indique le directeur général.
Sans oublier les effets des tensions géopolitiques : "Le mix marché a évolué. Nous avons exploité de nouveaux débouchés sur cet exercice, notamment en région et au Benelux, pour pallier la faible demande internationale". En 2024-2025, le grand export a représenté 30 % des débouchés, contre 40 % les années précédentes. À titre de comparaison, les Hauts-de-France ont quant à eux représenté 25 % des débouchés.
Un rythme d’investissements soutenu
Pour se transformer conformément aux ambitions du plan Advitam 2030, le groupe a investi 28 millions d’euros sur l’exercice écoulé. Un rythme appelé à se maintenir, voire à augmenter, ces prochaines années. "La démarche d’optimisation de nos charges doit permettre de réaliser à terme 15 % d’investissements de plus chaque année", conclut le directeur général.
Ces 28 millions d’euros concernent les deux départements sur lequel le groupe opère, à savoir le Nord et le Pas-de-Calais. Ils ont été consacrés à la modernisation d’une usine à Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais), à l’installation d’un nouveau silo à Gondecourt et à l’achat de 80 0000 tonnes de capacité de stockage supplémentaire à Eppeville (Somme).
Les investissements d’Advitam ciblent aussi l’intelligence artificielle, "en vue de structurer la data, au service d’une meilleure connaissance de nos clients", note Olivier Athimon. Cette technologie permet encore de pallier la perte de compétences clés : "l’expertise perdue dans le cadre de départs à la retraite de chefs de silo peut être compensée par l’IA. Celle-ci fait office d’aide à la décision pour les nouvelles recrues", explique Armel Lesaffre.