Pourquoi avoir investi dans un nouveau siège social à Aubagne ?
Nous sommes propriétaires depuis 2005 de bâtiments, qui étaient devenus obsolètes. Après une forte croissance, en trente ans, le groupe créé en 1992, est passé de 300 000 euros à 65 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021, puis 109 millions d’euros l’année passée : nous étions à un tournant. Un temps, nous avons envisagé de déménager, mais nos 80 salariés du siège étaient très attachés au lieu. Plutôt que de partir, nous avons donc choisi de reconstruire sur place : raser l’ancien pour bâtir un lieu ouvert, modulaire, en utilisant près de 70 conteneurs maritimes, mettant en avant le savoir-faire de nos filiales LVD Énergie et Homeblok. Cela représente un investissement de 2,5 millions d’euros.
Ce siège est-il plus qu’un simple bâtiment ?
Absolument. Nexus, notre nouveau siège, est un lieu de vie, de travail et de partage. Il est un prétexte pour poursuivre notre développement, avec le soutien de nos investisseurs. Il est un espace qui permet à des personnes issues d’univers différents de se rencontrer, d’échanger. Il incarne pleinement notre projet social : un modèle transversal qui donne à chacun la possibilité d’être acteur de sa vie. Nous croyons fermement que personne n’est inemployable, et que l’entreprise peut être un véritable accélérateur de progression sociale.
Comment La Varappe se structure-t-elle aujourd’hui ?
La Varappe se structure autour de quatre pôles d’activités.
Le pôle environnement (CA : 16,90 M€) propose des solutions pour la gestion des déchets, de l’eau, l’entretien des espaces verts. L’écoconstruction (CA : 1,80 M€), est notre laboratoire d’urbanisation durable et Nexus en est la vitrine : nous transformons des conteneurs maritimes en logements sociaux, écoles (comme à Miramas ou Marseille), ou complexes sportifs.
Notre pôle ressources et compétences (CA : 70,50 M€) fonctionne comme un service RH externalisé, qui, en 2024, a permis de mettre à disposition plus de 9 200 personnes auprès de nos clients. Enfin, le pôle santé (CA : 20,30 M€, 2 222 soignants délégués) apporte du personnel qualifié à des établissements de soin.
Au total, notre projet social, dont environ 7 % du chiffre d’affaires est financé par l’État, génère 110 millions d’euros.
Quel est le cœur de votre ambition ?
Notre ambition est claire : faire de l’inclusion la norme, non l’exception. Cela passe par un accompagnement global des personnes éloignées de l’emploi : formation, emploi, levée des freins sociaux.
Nexus est un outil pour faire connaître notre modèle et montrer qu’il fonctionne. Nous avons récemment accueilli le Club Top 20, réunissant des dirigeants économiques du territoire de la métropole Aix-Marseille. C’est dans cet esprit que nous avons aussi lancé Intersection, une initiative de collaboration entre acteurs engagés pour partager les bonnes pratiques.
Vous insistez sur la dimension collective. Pourquoi ?
Parce que nous ne réussirons pas seuls. Cette force collective est d’abord interne avec 18 nationalités et autant de religions représentées à La Varappe. Nous voulons que cette diversité devienne une force au service du bien commun.
Puis, pour mettre en œuvre notre conviction, selon laquelle l’entreprise doit être un levier principal de la transition écologique et sociale, nous devons impliquer tout un écosystème, composé d’élus, de services publics, et d’entreprises. Le futur de la zone industrialo-portuaire de Marseille-Fos sera un bon exemple de ce que nous pouvons déployer collectivement. Alors que de nombreux projets y sont annoncés, nous pouvons y apporter des solutions RH concrètes, dès maintenant. Il faut aller vite. Une entreprise sociale comme la nôtre doit être robuste, prête à accompagner les mutations territoriales. Cela suppose un partenariat étroit avec les collectivités, les industriels, les services de l’État.
Quelles sont vos perspectives de développement ?
Grâce aux résultats engrangés en 2024, nous nous sommes donné les moyens d’atteindre nos objectifs fixés à 2027, avec notamment l’ambition d’atteindre les 150 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’année passée, nous avons bouclé une levée de fonds conséquente (20 millions d’euros), en capital et dette, auprès de partenaires historiques, Abeille Impact Investing France, Amundi Finance & Solidarités, BNP Paribas Asset Management, IDES Investissements (géré par ESFIN Gestion), INCO Investissement et de nouveaux partenaires tels que Generali, Crédit Mutuel Asset Management, la MACIF et Mirova. Nous avons consolidé nos fonds propres, préservé notre trésorerie tout en maintenant de forts investissements (18 M€) et nous souhaitons maintenant développer nos activités sur de nouveaux territoires, diversifier notre offre de services, diffuser largement les innovations sociales testées lors des appels à projets, pour continuer à aller chercher ceux qui ont renoncé à l’emploi.
Vous voulez ancrer vos activités dans de nouveaux territoires. Quels sont-ils ?
Nous comptons déjà plus de 100 implantations en France, mais nous visons l’international : Allemagne, Italie, Espagne.
Nous structurons aussi notre offre autour de trois axes : le conseil stratégique, les RH externalisées, et les services responsables (entretien, collecte, conteneurs). Cela nous permet de nous adresser à de grandes entreprises. Nous avons d’ailleurs créé des co-entreprises : avec Schneider Electric pour la réutilisation des conteneurs, Vinci pour l’entretien des aires d’autoroute (200 collaborateurs), ou le groupe azuréen Ippolito pour le travail temporaire.
Comment parvenez-vous à conjuguer ambition sociale et solidité économique ?
C’est une exigence. Nous opérons dans des secteurs à faibles marges. Nos résultats ne sont pas redistribués aux actionnaires : tout est réinvesti pour renforcer nos fonds propres. La levée de fonds de 2024 était importante pour nous, car nous cherchons notre chiffre d’affaires "avec les dents" et nous avons besoin de partenaires de long terme.
Quels sont les résultats concrets de votre action ?
Depuis plus de 30 ans, nous avons accompagné plus de 121 000 personnes en insertion. Rien qu’en 2024, plus de 11 900 personnes ont été embauchées chez nous, avec un taux de 80 % de sorties positives. Nous avons réalisé 3,5 millions d’heures de travail en insertion ou handicap, et travaillé avec 2 500 clients publics et privés. Notre trajectoire vers 2027 est engagée.