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Malgré la crise, le groupe immobilier CIB garde le cap et poursuit ses actions de redistribution
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Malgré la crise, le groupe immobilier CIB garde le cap et poursuit ses actions de redistribution

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Le secteur de la construction est en crise et la Coopérative Immobilière de Bretagne (CIB) n’y échappe pas. Sept de ses programmes immobiliers ont dû être annulés en 2023 et l’entreprise briochine s’attend à une baisse de son chiffre d’affaires de 16 % en 2024. Mais conformément à son statut et à sa vocation historique, CIB va continuer et même amplifier ses redistributions.

Louis Lepioufle (à gauche), directeur général de CIB, et Jacques Le Guennec, président, dans les nouveaux locaux briochins du groupe, l’ancienne friche du centre de tri postal — Photo : Matthieu Leman

La vie n’est pas un long fleuve tranquille. CIB (Coopérative Immobilière de Bretagne, 93,6 M€ de CA en 2023, 170 salariés) en est l’exemple parfait. À 100 ans, le groupe briochin qui intervient principalement en Bretagne administrative est confronté à une nouvelle crise de son secteur. Celui de l’immobilier, à la fois social et privé, ses deux branches d’activité avec BSB - Les Foyers (logement pour personnes modestes, en détresse, âgées, jeunes travailleurs…) d’un côté, et la Secib (promotion immobilière classique), de l’autre.

Pour affronter ces turbulences, le groupe costarmoricain a procédé à deux réorganisations. Le 1er janvier 2024, les deux structures qui s’occupaient du logement social ont fusionné : Bâtiment et Style de Bretagne (BSB), dont l’activité commencée en 1975 se situait surtout dans les Côtes-d’Armor, et Les Foyers, œuvrant depuis 1960 principalement en Ille-et-Vilaine mais également dans les Côtes-d’Armor et le Finistère. Le nouvel ensemble s’appelle BSB - Les Foyers.

Un comité des directeurs stratégique

Jacques Le Guennec, président de CIB, a également remodelé la gouvernance de l’entreprise. "Par tradition, je cumulais les fonctions de président et de directeur général. J’ai voulu, en cette année du centenaire, changer en mettant en place un directeur général, Louis Lepioufle, et des directeurs pour Secib, avec Graziella Inizan, et BSB - Les Foyers, avec Marc Lelièvre", raconte le président.

Les quatre forment un "comité de directeurs", qui définit la stratégie de l’entreprise. "Elle est déclinée ensuite en fonction des métiers de chacun, qui sont différents entre le public et le privé, mais qui partagent les mêmes valeurs et de nombreux ponts et points communs", souligne Jacques Le Guennec, qui d’est de nouveau engagé pour un mandat de trois ans en 2022. "Cette gouvernance est également un moyen de partager les responsabilités, dans la logique d’une forme de passage de relais", ajoute le dirigeant, septuagénaire.

Le nouveau Comité des directeurs (de gauche à droite Marc Lelièvre, directeur de BSB - Les Foyers, Louis Lepioufle, DG de CIB, Graziella Inisan, directrice de Secib, et Jacques Le Guennec, président de CIB) définit la stratégie du groupe — Photo : CIB

De quoi affronter avec encore plus de force la crise dont les effets se font désormais sentir avec vigueur. "Dans le domaine privé, les délais de pré-commercialisation ont doublé, passant de six à douze mois en moyenne. Sur l’année 2023, nous avons dû annuler sept opérations. Il est vraisemblable que cette tendance se poursuive sur 2024", énumère Louis Lepioufle, DG de CIB. Les banques tendent à demander désormais un taux de prévente de 50 %, au lieu de 40 % auparavant, afin de financer le programme.

Une capacité de production divisée par deux

Même constat du côté de l’habitat social, domaine historique de l’entreprise costarmoricaine, où les fonds propres à injecter dans chaque opération ont doublé, en raison de la flambée du coût de la construction. "Il fallait engager 15 000 euros en fonds propres par logement il y a encore trois, quatre ans. Nous en sommes au double aujourd’hui, ce qui réduit notre capacité de production de moitié", reprend le dirigeant. Quant à la charge de la dette, elle a doublé sur un an, s’élevant à 8 millions d’euros pour CIB en 2023, car la prêteuse, la Banque des territoires, présente des taux indexés à celui des livrets d’épargne.

Conséquence, "alors que le trend de notre chiffre d’affaires se situait autour de 80 millions d’euros pour le groupe, en 2024, il risque de baisser de 16 %", estime Jacques Le Guennec, président de CIB. Et l’immobilier œuvrant sur du temps long, les livraisons n’intervenant souvent qu’au bout de trois, voire quatre ans, la tendance risque de ne pas changer à court terme. "Nous avons en tête la date de 2027 comme sortie de crise ou, a minima, de la période que l’on vit", pointe le président.

240 logements réhabilités cette année

Malgré tout, dans le même état d’esprit qu’à sa création en 1924, quand des notables briochins avaient décidé de mettre en commun leurs deniers personnels pour financer du logement familial, CIB n’entend pas réduire la voilure de son activité. "Nous ne voulons pas être dans une situation attentiste et nous brider, au contraire", martèle le directeur général.

Pour cela, la coopérative, dont le président et la vingtaine d’administrateurs ne sont pas rémunérés, entend s’appuyer sur deux piliers. Le premier est la réhabilitation du parc social de CIB. 240 logements sont concernés en 2024, pour un montant de 6,7 millions d’euros investis sur ce sujet par BSB-Les Foyers.

Malgré la crise de la construction, le groupe CIB continue à développer de nouveaux programmes — Photo : CIB

Le second porte sur la réalisation d’opérations plus complexes. Une complexité qui naît de la multiplicité de partenaires, comme celle menée à Tinténiac (Ille-et-Vilaine), en concertation avec l’Hospitalité Thomas de Villeneuve, qui concerne un nouveau concept d’Ehpad, alliant lieu de vie et de soins. Ou encore, côté Secib, le programme de renouvellement urbain mariant accession, logement social et libre (accessible à tous), situé à Douarnenez (Finistère). Ou encore celui de l’ancien cinéma de Perros-Guirec (Côtes-d’Armor).

Redistribution de 3 % du chiffre d’affaires

Mais la coopérative, qui a intégré en novembre 2023 de nouveaux locaux dans l’ancien centre de tri postal de Saint-Brieuc, compte également "réinjecter des richesses" dans le territoire à sa manière. "Nous redistribuons 3 % de notre chiffre d’affaires chaque année, à travers notre dispositif 3 % Solidarité", reprend Louis Lepioufle. En 2024, cette somme sera même supérieure, puisque près de 5 millions d’euros sont déjà engagés (contre 2,8 millions d’euros en 2023).

Cette redistribution s’effectue, pour la plus grosse partie, sous la forme d’aides directes dans le cadre de rénovations énergétiques, ou de soutien à des copropriétés en difficulté. En 2024, 1,4 million d’euros ont ainsi été alloués à la copro de la résidence Pont de Toupin, à Saint-Brieuc.

L’autre volet de cette redistribution s’effectue par l’intermédiaire du fonds de dotation Kernae, interne au groupe, qui finance des initiatives qui promeuvent ou créent de l’habitat solidaire.

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