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L’horizon s’éclaircit pour le secteur du bâtiment
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L’horizon s’éclaircit pour le secteur du bâtiment

Après une année 2024 marquée par une chute brutale de l’activité dans le bâtiment, la Fédération Française du Bâtiment (FFB) entrevoit enfin une lueur d’espoir. Grâce à une loi de finances jugée "plutôt favorable", les prévisions d’activité pour 2025 s’améliorent, même si le secteur reste sous tension. Entre redressement du marché du logement, pertes d’emplois massives et nécessité d’éviter tout coup de frein budgétaire, la FFB dresse un état des lieux contrasté et appelle à des mesures fortes pour stabiliser la filière.

Pour Olivier Salleron, président de la Féderation française du bâtiment, la loi de finances "s’avère plutôt favorable pour les marchés du logement" — Photo : Arthur Maia

La Fédération Française du Bâtiment (FFB) a revu sa copie et reconsidéré ses prévisions à la hausse pour le secteur en 2025. Alors qu’elle tablait sur une activité en volume en baisse de 5,6 % en 2025, suite à l’incertitude liée à la censure du gouvernement Barnier sur son projet de loi de finances, la baisse ne sera finalement que de 2,6 %. "Enfin une éclaircie", commente Olivier Salleron, président de la FFB qui évoque un "optimisme et un espoir pour la suite".

Des mesures fiscales attendues

Les raisons de ce revirement ? Le vote de la loi de finances pour 2025, qui "s’avère plutôt favorable pour les marchés du logement". Avec des mesures espérées, défendues et obtenues de haute lutte par la FFB dont "les effets vont arriver". Telles que le retour à un prêt à taux zéro (PTZ) neuf partout et pour tous les types de logements jusqu’à fin 2027 ; l’exonération des droits de donation et succession jusqu’à 300 000 euros par bénéficiaire, y compris pour les travaux de rénovation jusqu’à fin 2026 ; la baisse de réduction de loyer de solidarité (RLS) qui réattribue 200 millions d’euros aux opérateurs HLM pour investir ; et la préservation du budget MaPrimeRénov', avec 2,3 milliards d’euros d’engagement possible, soit à niveau des consommations effectives de 2024. Un chiffre que la FFB juge "acceptable".

La rénovation en croissance en 2025

Dans le détail, les prévisions 2025 tablent sur "une modeste hausse" de 0,6 % pour l’amélioration-entretien et sur une baisse de 6,8 % pour le marché du neuf. La FFB table sur un recul de l’activité en logement neuf limité à -5,4 % en volume sur 2025, après -19,1 % en 2024, et un recul plus important de -8,4 % pour le non résidentiel.

Perte de 50 000 postes et hausse des défaillances

Étant donné que "la hausse atone de la rénovation et de l’amélioration entretien ne va pas pallier ni compenser la chute du neuf", l’emploi souffre. En 2025, "nous allons perdre 4 % de l’ensemble de nos salariés", soit une baisse de 50 000 postes prévue.

Pointant "la récession" qui plane sur le secteur, la FFB évoque également la hausse des défaillances d’entreprises. En 2024, elle pointe des "progressions historiques" de défaillances pour les entreprises de moins de 10 salariés (+68 %), mais également pour les entreprises de 50 salariés et plus (près de 56 % de hausse). "La situation des entreprises s’est fragilisée sur les derniers mois avec moins de volume et des problèmes de trésorerie et de marge qui sont catastrophiques pour les entreprises les plus fragiles", commente Olivier Salleron.

Accélérer la mise en place du prêt à taux zéro

Pour éviter des défaillances en cascade et la dégringolade de la courbe de l’emploi et assurer la reprise, la FFB appelle à maintenir et à éviter à tout prix un projet de loi de finances rectificatif au cours de l’année. Les priorités du syndicat professionnel ? Il s’agit d’une part d’accélérer la mise en place du PTZ : "Il faut absolument que les banques s’y mettent pour le commercialiser le plus vite possible", insiste Olivier Salleron. D’autre part, il s’agit de s’assurer du bon déroulement de MaPrimeRénov'. Pour ce faire, il appelle à rendre les notifications du dispositif "effectives".

Autres attentes fortes, le maintien de la franchise de TVA à 25 000 euros "dès maintenant" pour le régime de la micro-entreprise "dans le bâtiment seul", précise Olivier Salleron ; et "l’absence d’à-coups non maîtrisés", comme celui observé sur la filière photovoltaïque. "Il faut arrêter cette instabilité chronique et mortifère pour ces entreprises et l’économie du secteur", enjoint le président de l’organisation patronale.

Simplification administrative : de nombreux chantiers à traiter

En termes de simplification administrative, Olivier Salleron se félicite de la suppression des attestations pour la TVA réduite, "qui donnait beaucoup de travail administratif pour les entreprises et provoquait beaucoup de redressements lorsque ces attestations étaient oubliées ou non signées". Le président de la FFB rappelle les nombreux autres chantiers en cours, tels que la marche 2028 de la RE2020 et la Responsabilité élargie des producteurs (REP) que le président qualifie volontiers de "catastrophe industrielle chronique". Ce système impose aux fabricants, importateurs et distributeurs de produits et matériaux de construction de financer la gestion des déchets issus de leurs produits en fin de vie, selon le principe du "pollueur-payeur". "Cela fait pratiquement deux ans que l’on paie pour avoir la moitié à peine du service. La gronde monte très très fortement", prévient Olivier Salleron.

Rappelant enfin le déplacement récent à Bruxelles du Comité exécutif de la FFB, Olivier Salleron souhaite également avancer sur le sujet de la CSRD (obligations de reporting extra-financier des entreprises sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance) sur le plan européen.

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