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Bâtiment : les industriels demandent aux distributeurs de répercuter rapidement la hausse des coûts sur les prix
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Bâtiment : les industriels demandent aux distributeurs de répercuter rapidement la hausse des coûts sur les prix

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Réunissant des fournisseurs de solutions pour la construction et l’amélioration de l’habitat, l’association Inoha alerte sur la hausse brutale des coûts de production, causée par une augmentation de cours des matières premières, de l’énergie et du transport, suite à la guerre au Moyen-Orient. Les professionnels souhaitent que leurs clients du négoce et de la grande distribution répercutent rapidement ces hausses sur les prix.

Jean-Luc Guéry, président de l'association des Industriels du Nouvel Habitat (Inoha), un réseau de 240 entreprises employant 40 000 salariés — Photo : ©Studio Cabrelli Portraits

En quelques semaines, la guerre au Moyen-Orient a fait bondir les coûts de l’énergie et des matières premières. Des coûts supplémentaires que de nombreux industriels aimeraient voir répercutés sur les prix… dans un délai tout aussi rapide.

En particulier l’association des Industriels du Nouvel Habitat (Inoha), fournisseur de solutions pour la construction et la rénovation de l’habitat : de la toiture au parquet, en passant par l’électricité, la plomberie ou le chauffage. "Tout l’habitat, sauf les murs du bâtiment", résume l’association. Un réseau de 240 entreprises employant 40 000 salariés, de la PME aux groupes comme Legrand ou Soprema.

Des hausses de prix brutales côte fournisseurs

Son président Jean-Luc Guéry résume la problématique : "D’un côté, nos fournisseurs de matières premières imposent des hausses de prix dans des délais extrêmement courts, souvent d’une semaine à l’autre. Mais côté clients, les délais d’augmentation ou de baisse de tarifs sont de deux mois dans la plupart des contrats, expose-t-il. Nous souhaitons que nos clients distributeurs acceptent des hausses tarifaires et de réduire ces délais"

+40 % sur l’aluminium en quelques mois

Parmi les charges en hausse, figurent les coûts du pétrole (+ 50 % en quelques mois), des transports, de l’électricité. Ou encore les prix des matières premières. Ces derniers ont bondi "de 15 à 45 %" sur de nombreux produits, rapporte l’association. "Les prix de l’aluminium affichent + 40 % par rapport à l’an dernier. Nous avons retrouvé le niveau atteint au début de la guerre en Ukraine", observe Jean-Luc Guéry.

Ce dernier cite aussi le naphta, matière utilisée dans une foule de produits, allant des gants en plastique aux paillassons d’immeubles dont le prix, corrélé à celui prix du pétrole, "a augmenté de 50 % depuis début mars". Avec un risque de rupture d’approvisionnement, en sachant que "quasiment toute la production de naphta passe d’ordinaire par le détroit d’Ormuz…"

Convaincre les négociants et la grande distribution

Reste donc à négocier avec les clients. Comprendre : les négociants en matériaux pour les professionnels et les grandes surfaces de bricolage pour les particuliers. Avec une difficulté de taille… "Comme les agriculteurs, on se retrouve souvent broyés entre de gros fournisseurs en amont et la grande distribution en aval, deux secteurs très concentrés sur un petit nombre d’acteurs, confie le président d’Inoha.

"Certains de nos adhérents sont aujourd’hui au bord du gouffre. Un industriel m’a déclaré hier : je préfère me mettre en chômage technique plutôt que de produire à perte"

La toute première revendication de l’Inoha reste que les distributeurs "soient davantage à l’écoute". Car l’enjeu s’avère vital pour nombre d’entreprises. "Certains de nos adhérents sont aujourd’hui au bord du gouffre. Un industriel m’a déclaré hier : je préfère me mettre en chômage technique plutôt que de produire à perte", Jean-Luc Guéry. Les exemples cités par le représentant de la filière sont légion. "Un adhérent spécialisé dans les produits de jardin, et qui pèse près de 100 millions d’euros de chiffre affaires, a chiffré le surcoût en matière de transport à un million d’euros sur trois mois !", appuie-t-il encore.

Plombé par un marché de la construction neuve en berne

Le risque de défaillance augmente aujourd’hui, selon les indicateurs de l’Inoha, sur un marché en baisse depuis trois ans (-12 % de en valeur), très impacté par un secteur de la construction neuve en berne depuis des années en France. Des acteurs emblématiques de la filière ont d’ailleurs récemment disparu comme par exemple Allibert (spécialiste isérois de l’ameublement de salles de bains), liquidé en 2025.

Au-delà du contexte actuel, la répétition des crises n’a pas laissé beaucoup de répit pour laisser prospérer l’activité. "Quand vous avez connu en 2018 la crise des gilets jaunes, en 2020 la crise du Covid, en 2022 la guerre en Ukraine, en 2024 la dissolution de l’Assemblée nationale, puis en 2026 le conflit au Moyen-Orient. C’est épuisant. Un peu de stabilité ferait le plus grand bien", conclut le président de l’Inoha.

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