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L’usine NovAsco d’Hagondange faisait face à un mur d’investissement évalué à 200 millions d’euros
Moselle # Métallurgie # Juridique

L’usine NovAsco d’Hagondange faisait face à un mur d’investissement évalué à 200 millions d’euros

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Le manque d’investissement dans le four électrique exploité par NovAsco à Hagondange, en Moselle, se compte en "plusieurs centaines de millions d’euros", estiment aujourd’hui les services de Bercy.

Mis en service dans les années 90, le four électrique de NovAsco aurait aujourd'hui besoin de plus de 200 millions d'euros d'investissement — Photo : Ascométal

Produire de l’acier décarboné dans un four électrique, est-ce la clé du succès ? À condition de disposer d’un outil industriel dans le meilleur état de l’art. Une fois la poussière retombée autour du dossier NovAsco, des zones d’ombre apparaissent, notamment sur la bonne utilisation de l’argent public. Car malgré 213 millions d’euros versés par l’État et les collectivités pour sauver le métallurgiste mosellan, d’abord sous le nom d’Ascométal puis de NovAsco, le couperet est tombé le 17 novembre dernier.

Trois sites condamnés à la liquidation

La chambre commerciale du tribunal judiciaire de Strasbourg a désigné comme repreneur le consortium d’investisseurs réunis autour de Julien Baillon, à la tête de la PME ardennaise Métal Blanc (CA : 50 M€). L’offre du consortium portait uniquement sur le site des Dunes, situé à Leffrinckoucke, dans le Nord, employant près de 150 salariés, condamnant de fait à la liquidation les sites d’Hagondange (Moselle), de Saint-Étienne (Loire) et de Custines (Meurthe-et-Moselle). Au total, près de 600 salariés seront licenciés.

"Toutes les actions civiles et pénales seront menées pour rechercher la responsabilité de Greybull"

Le ministre de l’Industrie Sébastien Martin a annoncé son intention de saisir les tribunaux contre le fonds d’investissement britannique Greybull Capital, propriétaire de NovAsco. Les services de Bercy précisent que "toutes les actions civiles et pénales seront menées pour rechercher la responsabilité de Greybull". Sans pour autant aller plus loin dans les explications, afin de ne pas dévoiler la stratégie du ministère aux avocats du fonds britannique.

85 millions d’euros versés par l’État

Concrètement, le plan initial de reprise signé en 2024 prévoyait un total d’investissement de 175 millions d’euros, dont 90 millions d’euros apportés par Greybull. 15 millions sur fonds propres, le reste grâce à d’autres véhicules financiers, notamment de la dette. Dès les premiers versements, prévus dans un échéancier précis, le fonds s’est défilé : au final, seul 1,5 million d’euros a été amené par Greybull Capital.

De son côté, l’État a choisi d’honorer ses versements, apportant un total de 85 millions d’euros à NovAsco. Dans cette somme, près de 20 millions d’euros ont été fléchés vers le laminoir du site de Leffrinckoucke, permettant son redémarrage. "Les 10 derniers millions ont été versés en cours de procédure de redressement judiciaire juste pour assurer la liquidité de la société et la recherche du repreneur", soulignent les services de Bercy. À ce moment, il n’est plus question d’investissements. Pourtant, le four électrique d’Hagondange, mis en service dans les années 90, en a bien besoin. Au sein des équipes du métallurgiste, la somme évoquée pour remettre le four dans le meilleur état de l’art tourne autour de 200 millions d’euros. "Plusieurs centaines de millions d’euros", confirment les services de Bercy.

De l’argent public pour les repreneurs

Si la fermeté du ministre a été unanimement saluée par les élus locaux, certains syndicats ont fait observer que l’action en justice arrivait bien tard. Concrètement, depuis plus de dix ans, l’État amène de l’argent au métallurgiste mosellan. En 2014, quand Franck Supplisson reprend Ascométal, le Fonds de développement économique et social apporte 35 millions d’euros à l’opération, somme à laquelle il faut ajouter 3 millions d’euros de l’ancienne région Lorraine. Quand Swiss Steel reprend le contrôle du capital du métallurgiste mosellan, 90 millions d’euros sont décaissés, toujours via le Fonds de développement économique et social.

De l’acier électrique pour faire des rails verts

Dans cet enchaînement de redressements judiciaires, soit quatre en une dizaine d’années, certains sites industriels sont sortis du giron d’Ascométal et ont fait la preuve qu’une aciérie électrique pouvait apporter un avantage compétitif sur le marché. Détenu à 60 % par Ascométal entre janvier 2017 et l’automne 2017, Ascoval, à Saint-Saulve dans le Nord, est aujourd’hui exploité par le groupe allemand Saarstahl : les blooms produits par l’aciérie électrique alimentent l’usine Saarstahl d’Hayange, pour faire des "rails verts", soit décarbonés à 70 % par rapport à un procédé classique. Et les carnets de commandes sont pleins.

Augmentation de la capacité de production à Fos-sur-Mer

En 2024, c’est le site de Fos-sur-Mer qui est sorti du giron d’Ascométal. La chambre commerciale du Tribunal judiciaire de Strasbourg avait alors retenu l’offre du groupe italien Marcegaglia (CA : 7,8 Md€ ; 7 800 salariés), qui a injecté 600 millions d’euros sur le site pour le transformer totalement. Surfant sur la demande d’acier décarboné, le groupe italien envisage maintenant d’investir 750 millions d’euros sur le site, pour augmenter la capacité de production de 100 000 tonnes à plus de 2 millions.

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