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La santé mentale, un sujet difficile à aborder pour nombre de chefs d’entreprise
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La santé mentale, un sujet difficile à aborder pour nombre de chefs d’entreprise

Plus d’un dirigeant sur deux se sent régulièrement surmené, selon une étude menée par l’Institut Choiseul. Pourtant, le sujet de la santé mentale reste encore difficile à aborder pour les chefs d’entreprise, et les ressources à leur disposition manquent.

Les trois quarts des dirigeants ressentent des symptômes de stress au moins une fois par semaine, et plus d’un tiers quotidiennement, selon une étude menée par l’Institut Choiseul — Photo : melita - stock.adobe.com

Parmi les 670 décideurs économiques français interrogés par l’Institut Choiseul (64 % d’hommes, 36 % de femmes), plus de la moitié se disent fréquemment surmenés. Plus encore, les trois quarts des dirigeants ressentent des symptômes de stress au moins une fois par semaine, et 36 % quotidiennement.

Des symptômes de stress récurrents

Le stress se manifeste la plupart du temps par de la fatigue chronique, de l’anxiété, de la perte ou prise de poids, ou encore de l’irritabilité. "Le stress fait partie du quotidien des dirigeants, souligne Pierre Verlyck, directeur de l’étude. Une anxiété liée à des charges inhérentes à leur fonction : charge de travail, mentale, juridique, émotionnelle. Elle est en revanche accentuée par les crises telles que l’inflation, la guerre en Ukraine, la hausse des prix de l’énergie". Selon l’étude, les présidents-directeurs généraux et les entrepreneurs sont les premiers concernés par ces symptômes.

La difficulté à déléguer, première cause de surmenage

Les chefs et cheffes d’entreprise n’ont pas de mal à identifier leurs causes de surmenage. En premier lieu, ils sont 75 % à reconnaître "des difficultés à déléguer". Viennent ensuite la charge de travail (62 %), le poids de la gestion des ressources humaines (51 %) et la pression des résultats financiers (43 %). Par ailleurs, quatre sur dix travaillent entre 51 et 60 heures par semaine. Sans compter la difficulté à s’aménager des temps de pause, avec une large majorité qui déclare avoir du mal à déconnecter.

2 dirigeants sur 3 jugent la consultation d’un psy comme tabou

Alors que François Bayrou a promis de faire de la santé mentale une Grande cause nationale pour 2025, force est de constater que le sujet est encore peu évoqué chez les patrons. 38 % éprouvent "une réelle réticence à évoquer le sujet", et moins de la moitié se disent "plutôt à l’aise pour en discuter entre pairs". Derrière ces freins : l’idée que le dirigeant doit assumer seul les difficultés et la peur du jugement. "Dans leurs témoignages, beaucoup nous disent "je suis payé pour ça donc je dois prendre cela en charge seul", souligne Pierre Verlyck. Le milieu professionnel valorise la performance. On aime parler de palmarès, de réussites, de choses qui bougent, mais on n’ose moins parler de vulnérabilité".

Se faire suivre par un professionnel de la santé mentale est même jugé tabou dans leur environnement par deux tiers des dirigeants. Ils sont à peine plus d’un tiers à avoir déjà franchi le pas de consulter un psychologue ou psychiatre.

Un manque d’accompagnement, en particulier dans les TPE

Les formations et accompagnements sur le plan psychologique sont encore peu développés en entreprise. Seul un sondé sur trois a déjà suivi un programme, et la plupart du temps au sein de grands groupes. Une majorité de chefs d’entreprise de PME serait demandeuse de suivi, mais aucun n’a de parcours à disposition.

Comment trouver un équilibre quand on est dirigeant ?

Les activités personnelles et familiales sont un levier important pour un peu plus d’un tiers des dirigeants afin de trouver un meilleur équilibre. La moitié d’entre eux regrette néanmoins de ne pas pouvoir y consacrer davantage de temps. Ils sont aussi 45 % à citer le télétravail et la flexibilité des horaires comme "très importante" pour parvenir à un meilleur équilibre de vie.

L’entourage professionnel est également crucial pour éviter le surmenage. "Accepter de déconnecter implique de faire confiance à son équipe", relève Pierre Verlyck. Au-delà de l’équipe, pouvoir échanger avec d’autres chefs d’entreprise est un outil précieux.

S’aider entre pairs

"Les réseaux de dirigeants peuvent avoir un rôle important à jouer dans la libération de la parole sur cet enjeu de santé mentale. En parler avec ses actionnaires ou ses salariés est plus difficile pour beaucoup de chefs d’entreprise", note Pierre Verlyck. Inviter les dirigeants à oser davantage aborder le sujet est primordial, mais "sans non plus en faire une injonction supplémentaire", met en garde le directeur de l’étude.

À la clé, un meilleur équilibre pour le dirigeant, mais pas uniquement. "Les chefs d’entreprise qui ont déjà témoigné sur la santé mentale constatent que le sujet infuse en entreprise. Cela contribue d’une part à les humaniser, et d’autre part à développer une culture d’entreprise saine", assure Pierre Verlyck. Un cercle vertueux qui bénéficie à tous. D’où l’intérêt pour les patrons et patronnes, d’oser se jeter à l’eau.

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