C’est en suivant le fil rouge des problèmes liés aux pannes industrielles non maîtrisées que Fabrice Ravignon a créé sa "start-up garage" sous les toits à Paris, avant d’être accompagné par Marseille Innovation en 2023, par l’Advans Accelerator powered by Rise Partners à Sophia Antipolis en 2024, puis l’incubateur Nova de NaTran (ex-GRTGaz) depuis janvier 2024. Pour Fabrice Ravignon, l’accélération est au rendez-vous. Il passe de la preuve de concept à l’application. Il a bouclé une levée d’amorçage en février 2025, avec le soutien d’Advans Lab et de Rise Partners, pour délivrer son premier démonstrateur et pour que demain, la panne d’un équipement industriel ne soit plus un aléa subi.
Une première application dans le monde du gaz
"Chez NaTran, dans le cadre de l’incubateur Nova, j’ai accès à des locaux, et surtout aux expertises et aux données pour déployer la technologie sur un cas d’usage, à savoir le compteur à turbine", explique l’entrepreneur. Ces compteurs sont déployés sur l’ensemble du réseau de transport du gaz pour comptabiliser les volumes transportés pour chaque fournisseur. " Il en existe 3 800, dont 3 200 compteurs à turbine et ils jouent un rôle clé. Malgré une maintenance industrielle qui remet à neuf le compteur tous les 5 ans, certains dérivent entre deux maintenances, jusqu’à sous-compter", ajoute Fabrice Ravignon.
C’est là que SeADvance intervient. La start-up a déployé, à travers un démonstrateur, sa solution de maintenance prédictive, croisant ingénierie et intelligence artificielle, sur les 3 200 compteurs : elle peut ainsi prédire l’erreur d’indication de mesure de chaque compteur à son échéance des 5 ans de fonctionnement sur poste.
Une collaboration start-up - grand groupe
"Cette prédiction, issue d’une simulation de vieillissement, est actualisée en temps réel. Nous pouvons prédire une panne, avec 24 à 72 mois d’avance. Il s’agit d’une première dans le monde industriel, d’une première pour un opérateur de transport de gaz", souligne le dirigeant. Pour SeADvance, cette collaboration a été "précieuse", elle a permis de tester sa solution, de valider sa fiabilité dans un environnement pertinent et de mettre au point un démonstrateur. Pour le dirigeant, cette collaboration "est une démonstration parfaite d’une relation gagnant-gagnant entre un grand groupe et une start-up."
Quatre années de R & D
Cet aboutissement est le résultat des 25 années d’expérience de Fabrice Ravignon, à bord de sous-marins de la Marine nationale puis dans le domaine de la construction nucléaire, deux milieux, où la question de la fiabilité des équipements fait partie du quotidien. "Puis, dès 2018, l’essor du machine learning a rendu possible ce que j’avais imaginé. Après quatre années de R & D, couronnées d’un brevet français et international, nous avons réalisé deux premières preuves de concept avec Jonathan Baptista (PhD, développeur et datascientist) et ADDIXgroup, ESN basée à Aix-en-Provence et Sophia Antipolis", raconte l’entrepreneur. Une manière de souligner que "l’innovation de SeADvance n’est pas sortie du chapeau du jour au lendemain."
Une rupture majeure dans le monde de la maintenance
Et la deeptech a devant elle un boulevard. "Le coût de la panne des équipements électromécaniques est évalué à 200 millions d'euros par an pour une compagnie aérienne de taille intermédiaire (500 appareils), confie Fabrice Ravignon. Même si les solutions usuelles de maintenance prédictive peuvent prévenir la panne avec un préavis moyen de 10 jours, l'aléa reste subi. Avec SeADvance, je propose de changer de paradigme, de s'affranchir de la dépendance directe aux capteurs en recourant à la simulation à l'échelle de la durée de vie et en fonction de l'utilisation et de l'entretien passés et envisagés. Avec SeADvance, les industriels peuvent anticiper les tâches de maintenance à exécuter pour effacer le risque de panne rédhibitoire à 24 mois." Ils peuvent aussi prévoir les pièces de rechange pour une disponibilité systématique du bon rechange la veille de la panne.
Une deuxième levée de fonds
Fabrice Ravignon cible les équipements à fort enjeu dans le transport aérien ou ferroviaire, dans la fourniture d'énergie et d'eau, dans la Défense. Dans tous ces secteurs, la disponibilité des équipements est primordiale. Dès cette année, le dirigeant prévoit de réaliser plusieurs cas d'usage et de transformer l'essai chez NaTran, "sa première vitrine opérationnelle". Il a aussi engagé des discussions avec des concepteurs fabricants de SMR, ces réacteurs nucléaires à fission de petite taille et de faible puissance, pour intégrer sa technologie dès la phase de conception. Enfin, il a prévu, dans son modèle économique, la vente de licences. En capitalisant sur des résultats concrets, mais aussi un chiffre d'affaires qui pourrait atteindre 400 000 euros en 2025, Fabrice Ravignon espère réaliser une deuxième levée de fonds, "plus conséquente", d'ici la fin de l'année pour accompagner le changement d'échelle de SeADvance, de start-up à scale-up. Son plan de développement prévoit des recrutements chaque année, pour passer de 3 collaborateurs en 2025 à 11 en 2027, puis 33 en 2029. "Quant au chiffre d'affaires, chaque année, nous pouvons le doubler, ou tripler."