Déjà utilisée en matière dentaire, l’impression 3D trouve un nouveau champ d’application en implantologie grâce à la deeptech Kervalion (8 salariés), récemment créée à Montpellier. Celle-ci propose aux chirurgiens-dentistes une alternative aux techniques habituelles de reconstruction osseuse, préalable à la pose d’un implant dentaire. Elle a conçu une solution permettant d’imprimer un greffon d’os sur mesure sur une imprimante 3D à résine : sur la base d’une empreinte prise par scanner, la machine va, par rayonnement UV, solidifier couche par couche une résine photosensible inventée et brevetée par Kervalion. L’impression prend de 1 à 3 heures selon la taille du greffon.
Un geste médical unifié
Jusqu’ici les méthodes utilisées sont de 2 types. Les praticiens les plus expérimentés utilisent le prélèvement d’os, par exemple sur la mâchoire. Ou alors les chirurgiens-dentistes ont recours à une pâte spéciale, qu’ils mettent en place sur le déficit osseux. Dans les 2 cas, le temps de cicatrisation s’étend de 3 à 6 mois. "Notre procédé permet de poser en un seul geste médical à la fois le greffon et l’implant. Il en découle un temps de pose et de cicatrisation sensiblement réduit. De son côté, le patient dispose d’un implant fonctionnel plus rapidement, avec un niveau de douleur réduit lui aussi", évalue Habib Belaïd, fondateur de Kervalion.
La confiance des investisseurs
Ce dernier, chercheur en biomatériaux appliqués à la santé, a d’abord développé le projet académique sous le nom de "NextMat 3D" en lien avec des établissements tels que le CNRS et l’Institut Européen des Membranes (Université de Montpellier). En phases de prématuration et de maturation, la deeptech a déjà bénéficié d’un financement global de 1,4 million d’euros, dont 853 000 euros versés par la SATT AxLR. Une fois créée juridiquement, en janvier 2025, elle a pris le nom commercial de Kervalion pour préparer la suite : une première levée de fonds de 3 millions d’euros espérée pour 2026. Elle sera aidée dans cette voie par Futur Tech Occitanie, le nouveau dispositif lancé par la Région Occitanie pour épauler les deeptech en cours de financement.
Un lancement commercial méthodique
Ces fonds permettront notamment à Kervalion de lever des verrous réglementaires avant de commercialiser sa solution. "Nous rentrons dans la phase réglementaire imposée aux dispositifs médicaux implantables. Nous conduirons les essais précliniques en 2025, avant de déposer une demande pour pouvoir commercialiser notre produit dans le courant 2026. Le lancement commercial proprement dit est prévu pour la fin 2027", annonce Habib Belaïd. La levée de fonds facilitera aussi un début d’industrialisation. La start-up, qui vient d’intégrer 2 incubateurs montpelliérains, le BIC et Initium (Université de Montpellier), veut automatiser son procédé, depuis la phase de scan jusqu’à l’impression (au lieu de confier ces tâches à un ingénieur).
Élargir la pratique
En effet, si les centres d’implantologie peuvent s’équiper directement d’imprimantes 3D pour utiliser le produit, le modus operandi le plus probable est que le process restera internalisé au sein de Kervalion : sur la base du scan envoyé par le praticien, la deeptech réalisera elle-même un fichier 3D pour concevoir le greffon – "au micron près", glisse Habib Belaïd –, avant de l’imprimer sur son propre parc d’imprimantes, de le stériliser et de l’expédier au professionnel. La deeptech table sur un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros après 3 ans de commercialisation, soit 2 000 clients. "En permettant aux professionnels de faire un acte simplifié, y compris pour le suivi dans les mois suivant la pose de l’implant, nous devrions inciter un plus grand nombre d’entre eux à se tourner vers la greffe osseuse, alors que tous ne le font pas", souligne le dirigeant. Lequel ajoute que Kervalion travaille déjà à sa diversification : un autre projet, encore en phase académique, lui permettra dans le futur d’aborder la chirurgie orthopédique, exploitant à nouveau sa maîtrise dans le développement des biomatériaux.