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La Confiserie Moinet perpétue la tradition de la pastille de Vichy
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La Confiserie Moinet perpétue la tradition de la pastille de Vichy

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Célèbre notamment pour ses pastilles de Vichy dont on fête cette année les 200 ans, la confiserie Moinet est toujours dirigée par la même famille depuis sa création en 1852. Elle distribue aujourd’hui 1 200 tonnes de bonbons et compte quatre boutiques en France.

La Maison Moinet fabrique environ 850 tonnes de pastille du bassin de Vichy — Photo : Jérôme Mondière

Elle a beau être la plus ancienne confiserie de Vichy, l’entreprise Moinet est bien entrée dans la modernité. Pour preuve, elle vient d’installer 457 panneaux photovoltaïques à proximité immédiate de son usine du Bioparc à Hauterive, dans l’Allier. Un investissement de 250 000 euros qui doit lui permettre de couvrir la moitié de ses besoins en électricité sur ses deux sites de production, celui du Bioparc ainsi que son usine historique située à quelques kilomètres.

Une centrale solaire en projet

"Cette réflexion a été entamée il y a deux ans. À cette période, notre facture d’électricité est passée de 40 000 euros par an à 20 000 euros par mois. Il fallait agir pour ne plus être totalement dépendant des marchés", raconte Lucas Michaille, directeur de la production et représentant de la septième génération de cette entreprise familiale qui compte une trentaine de salariés. Cette centrale solaire permettra à la confiserie de continuer à confectionner ses sucres d’orge de Vichy, ses bonbons glacés du pays Bourbonnais, ses caramels, ses nougats, ses pralines… mais aussi ses pastilles de Vichy, dont on célèbre cette année le bicentenaire.

L'affiche du bicentenaire de la pastille — Photo : Mila

Moinet est, en effet, l’un des deux derniers fabricants de cette douceur bien connue des Français, réalisée à partir de sels minéraux extraits de l’eau thermale et qui, avant d’être un bonbon, était un médicament contre les ballonnements. La confiserie Moinet se partage, aujourd’hui, le marché avec le géant Carambar & Co, également propriétaire de Malabar ou Michoko. L’industriel produit, chaque année, 1 300 tonnes de ce bonbon blanc de forme octogonale, inventé en 1825 par le chimiste Jean-Pierre-Joseph d’Arcet. Quand la confiserie Moinet, elle, en fabrique 850 tonnes. "Afin de nous démarquer, nous mettons en avant le côté artisanal, historique et familial de nos pastilles, qui portent, elles, le nom de pastilles du Bassin de Vichy, puisque notre source est située à Hauterive, à quelques kilomètres de Vichy", précise Lucas Michaille.

50 % du chiffre d’affaires avec les pastilles

Si la confiserie Moinet fabrique des pastilles depuis 1932, l’entreprise a été créée bien avant cela, en 1852 par Jules Rondepierre et Marie Madeleine Moinet. Le couple lance l’activité avec la production de pâtes de fruits, de sucres cuits et de gommes, portée par le succès du thermalisme et des curistes toujours plus nombreux chaque année. À la fin du 19e, Vichy rivalise avec les autres villes d’eaux d’Europe. Elle est une référence où on aime se soigner et se divertir. Les confiseries sont alors nombreuses dans la ville. La petite boutique de quartier prend finalement son essor avec Juliette Moinet, troisième génération à la tête de l’entreprise, qui diversifie la gamme de bonbons en 1929 et double le chiffre d’affaires. Surtout, la confiserie change de dimension avec son fils Rémi. C’est lui qui achète en 1932 la source Roger, à Hauterive, grâce au financement de sa belle-famille, propriétaires vichyssois. Il fait édifier, la même année, une première unité de production.

En quelques années, le magasin familial devient une PME, qui développe son réseau de grossistes. "Au début des années 1900, il y avait une trentaine de fabricants de pastilles de Vichy, nous n’en faisions pas partie. Mais quand nous avons voulu vendre nos confiseries en dehors de Vichy, cela manquait à la gamme. Sans cette source, nous n’existerions plus aujourd’hui", avance Lucas Michaille, qui souligne que 50 % du chiffre d’affaires de l’entreprise (près de 4,5 millions d’euros l’an dernier) est justement réalisé avec les pastilles. La confiserie décline aujourd’hui le bonbon en plusieurs parfums : menthe, citron, anis, orange…

La Maison Moinet distribue aujourd’hui 1 200 tonnes de bonbons — Photo : Jérôme Mondière

Attaquée pour contrefaçon

Pourtant, cette spécialité, il a fallu batailler pour la conserver. Dans les années 1990, la confiserie est attaquée pour contrefaçon par son concurrent américain du moment, Warner-Lambert ainsi que l’État français, propriétaire à l’époque des sources vichyssoises. Après avoir perdu en première instance et en appel, la Cour de cassation donne finalement raison à la confiserie Moinet. "Cela a laissé des traces dans l’entreprise et un goût amer. On garde encore en tête les images de ces policiers venus retirer nos pastilles des rayons de la Samaritaine à Paris ou d’autres boutiques. Mais nous nous sommes relevés. Mes parents, Élisabeth Moinet Michaille et Gilles Michaille, qui venaient de rentrer dans l’entreprise ont épaulé mon grand-père et nous avons développé de nouveaux marchés", relate le jeune homme.

Marques de distributeur

L’entreprise décide alors de se tourner vers la grande distribution et commence à produire, sous le format "marque de distributeur", pour des grandes surfaces comme Leclerc, Carrefour ou Leader Price… Pour adapter l’outil de production à la demande, la confiserie construit une nouvelle usine, inaugurée en 2000, lui permettant de passer de 320 tonnes de pastilles en 1991 à 650 tonnes en 2001. Ce segment "marque de distributeur" représente aujourd’hui les deux tiers de la production du bonbon. "C’est un marché qui est devenu essentiel, même si cela demande une grande flexibilité et de nous adapter en termes de coût", indique le directeur de la production.

Gilles et Élisabeth Michaille, qui ont pris la direction en 2005, développent en parallèle les magasins de la marque, avec une deuxième boutique à Vichy, une à Paris ouverte en 2015 et une à Clermont-Ferrand en 2016. Élisabeth s’attache, en particulier, à éditer ou rééditer des boîtes en fer attrayantes. Car c’est aussi l’une des marques de fabrique de l’entreprise : son packaging. La confiserie reprend les visuels développés par Rémi Moinet entre 1930 et 1950. "C’est lui qui a créé la griffe Moinet. Il avait un sens aigu du marketing et a façonné l’identité visuelle de la marque. Son ami Paul Devaux (graveur et illustrateur vichyssois, NDLR) a notamment dessiné de nombreuses boîtes de confiserie", relate Lucas Michaille.

Ces boîtes au style Art Déco, Ancien Régime, médiéval ou féodal font le succès de l’entreprise depuis quelques années. "C’est ma mère qui a eu cette idée. C’est intemporel et apporte un côté raffiné et historique à nos produits", poursuit le trentenaire.

La camionnette de la Maison Moinet date de 1955 — Photo : Maison Moinet

Un musée dans les tuyaux

Lui est entré dans l’entreprise en 2017, en tant que responsable de production. Il reprendra les rênes de la confiserie, peut-être avec son frère, au moment de la retraite de ses parents dans quelques années. Avec l’ambition de pérenniser l’entreprise et de développer les produits sous la marque Moinet. "Nous envisageons aussi l’ouverture d’une ou plusieurs boutiques. On voit notamment que les pastilles séduisent les jeunes générations, qu’elles reviennent à la mode. Et puis, la ville de Vichy a été classée au patrimoine mondial de l’Unesco, ce qui attire de nouveaux touristes", constate le jeune homme qui réfléchit, avec ses parents, à la création d’un musée qui mêlerait l’histoire de la pastille de Vichy et celle de la confiserie familiale

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