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"La Botte Gardiane a défendu une indication géographique pour son savoir-faire camarguais"
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"La Botte Gardiane a défendu une indication géographique pour son savoir-faire camarguais"

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Les bottes camarguaises sont désormais protégées par une Indication géographique (IG). Ce dossier a été porté par une seule entreprise, la PME familiale gardoise La Botte Gardiane. L’IG va lui offrir une visibilité et mettre ses concurrents face à un devoir de transparence, explique Fanny Agulhon, la codirigeante.

La Botte Gardiane multiplie les distinctions dont, entre autres, le label Entreprise du patrimoine vivant depuis 2007 — Photo : Fanny Agulhon

Le 28 juin, l’Inpi (Institut national de la protection industrielle) a homologué l’indication géographique Bottes camarguaises. Pour l’entreprise La Botte Gardiane (24 salariés, CA 2023 : 1,6 M€), c’est une récompense après trois ans de démarches. Dernier fabricant local de ces bottes traditionnelles portées par les gardians (gardiens de troupeaux à cheval), elle a dû mener ce projet en solo. "Cela a été compliqué parce que nous n’avons pas trouvé de gens avec qui nous fédérer. Nous avons créé seuls l’association de défense et de gestion Bottes camarguaises", raconte Fanny Agulhon, qui codirige avec son frère Antoine cette PME située à Aigues-Vives (Gard).

Une démarche longue mais fluide

La démarche auprès de l’Inpi a été longue puisque "chaque échange nécessite trois mois, mais c’est un gage de sérieux et les relations ont été fluides. Nous avons été audités par l’organisme certificateur Certipaq pour l’atelier, le process, etc.", ajoute la dirigeante. L’entreprise avait mené un travail de fond préalable. Un collaborateur s’y est attelé pendant six mois, réunissant des documents d’archives pour confirmer l’ancrage traditionnel de la botte en Camargue. La PME a également reçu le soutien de l’Association française des indications géographiques industrielles et artisanales (Afigia). "Il faut constituer un dossier le plus précis possible dès le départ", conseille Fanny Agulhon.

Elle attend à présent la conclusion de la procédure : la certification de son entreprise, comme répondant au cahier des charges de l’IG. Cette nouvelle étape nécessite trois mois minimum supplémentaires et un nouveau passage de Certipaq. La bonne nouvelle est espérée pour début octobre.

La protection d’une aire géographique

L’indication géographique couvre toutes les opérations de fabrication des bottes (coupe des pièces, piquage, assemblage, montage et finitions). Elles doivent être réalisées dans l’aire géographique définie dans le cahier des charges, soit 30 communes du Gard, 18 de l’Hérault et 10 des Bouches-du-Rhône. L’IG Bottes camarguaises est la 19e de France : elle rejoint la Pierre du Midi ou le Grenat de Perpignan.

La contrefaçon dans le viseur

"Cette démarche s’inscrit dans une stratégie d’entreprise, pour la protection et la reconnaissance du produit, pour valoriser un savoir-faire local et protéger le consommateur. C’est aussi une question de transparence", expose la dirigeante. Dans le viseur, des contrefaçons étrangères ou encore des concurrents directs qui mettent en avant la Camargue alors qu’ils n’y produisent pas.

La mode, nouveau moteur

Si cette indication géographique pourra être brandie comme argument dans le cadre de contentieux, ce n’est pas la priorité pour La Botte Gardiane. "Il s’agit surtout d’un outil puissant pour notre réputation, qui nous ouvrira peut-être de nouveaux marchés", affirme Fanny Agulhon. Venue du stylisme, elle a contribué à réorienter l’activité de l’entreprise vers le milieu de la mode. "La Botte Gardiane n’a survécu que parce qu’elle a su se diversifier", affirme-t-elle. D’ailleurs, les bottes représentent moins de 10 % du chiffre d’affaires. Bottes et chaussures contribuent à 45 % du chiffre d’affaires, les sandales à 45 %. Restent 10 % issus de la maroquinerie et autres médailles. De 20 références au départ, le catalogue en affiche 200 aujourd’hui.

L’intérêt du marché asiatique

Créée en 1958, l’entreprise en difficulté avait été reprise en 1995 par Michel Agulhon. Il l’a relevée en dix ans, avant de passer le témoin à ses enfants. Le virage a été opéré en 2002, avec une première participation à un salon de la mode à Paris. Des Japonais se sont emballés pour la botte camarguaise. "Les exportations vers le Japon ont représenté jusqu’à 65 % de notre chiffre d’affaires", précise la dirigeante. L’export est aujourd’hui redescendu à 30 %.

Quatre boutiques plus une

Pour appuyer cette orientation urbaine, une première boutique a été créée à Paris en 2012, puis une autre en 2014. S’y ajoutent celle adossée à l’entreprise à Aigues-Vives ainsi que celle ouverte en Camargue, aux Saintes-Maries-de-la-Mer en 2023. Le site internet, représente "la 5e boutique, et même la première en termes d’activité", glisse Fanny Agulhon. La Botte Gardiane est aussi diffusée dans les capitales européennes, aux États-Unis, au Japon, en Corée. Environ 8 000 pièces sont produites chaque année.

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