Le groupe Hamelin pèse aujourd’hui 600 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie environ 2 500 personnes dans le monde. Il dispose de marques fortes, dont deux mondiales : Oxford pour les cahiers et Pelikan dans l’écriture, rachetée en 2023. Un empire scolaire qui cherche à croître en dehors d’Europe, où le nombre d’écoliers tend à diminuer.
L’expert du cahier scolaire
Le groupe familial, fondé à Caen en 1864 par Ernest Hamelin, a pris le virage du cahier scolaire dans les années 1950. Jusqu’alors, la société Hamelin était spécialisée dans les livres et registres comptables. Puis les écoliers ont arrêté d’utiliser l’ardoise pour passer au cahier. L’opportunité pour le groupe de se réorienter. "Mon grand-père a développé le marché en France. À l’époque, il existait une quinzaine de fabricants. Nous les avons rachetés, ou bien ils ont disparu", se souvient Stéphane Hamelin, arrière-petit-fils d’Ernest Hamelin, et président du conseil de surveillance du groupe. L’entreprise, alors située rue Guillaume Le Conquérant à Caen, crée la marque de cahiers Conquérant dans les années 1950, avant de racheter la marque Oxford en 1982.
Depuis, Hamelin s’est déployé bien au-delà de l’Hexagone. "Aujourd’hui, le pays ne représente plus que 25 % de notre activité", précise Stéphane Hamelin. La marque Oxford est leader dans l’ensemble de l’Europe, et le groupe continue de s’étendre sur d’autres continents, notamment en Asie et en Afrique.
L’acquisition à l’étranger, une expertise maison
"Nous nous sommes construits par l’acquisition. Acquérir et intégrer, c’est un véritable savoir-faire dont nous disposons", souligne Stéphane Hamelin. Le groupe s’appuie pour cela sur "un système d’information solide, qui permet de vite greffer de nouvelles activités".
L’épopée vers l’international a vraiment débuté en 1989. "Mon père est décédé un an après mon arrivée dans le groupe. J’avais 28 ans. J’ai directement sauté dans le grand bain, passant d’un poste à la logistique, à la direction de l’entreprise", se souvient Stéphane Hamelin. À ce moment-là, le principal concurrent d’Hamelin est allemand. Un groupe nettement plus grand que l’entreprise française.
"En France, la grande distribution nous avait poussés à mettre en œuvre des outils de production performants, bien plus que nos concurrents"
Stéphane Hamelin entame alors un tour d’Europe pour aller à la rencontre de ses concurrents, prévoyant un rachat de leur part. Cependant, le chef d’entreprise découvre des moyens de production dépassés. "En France, la grande distribution nous avait poussés à mettre en œuvre des outils de production performants, bien plus que nos concurrents", relate Stéphane Hamelin. La perspective change avec cette découverte : le groupe français peut bel et bien peser en Europe.
Hamelin réalise sa première acquisition étrangère en 1993 en Espagne. C’est là que le groupe forme sa méthode, "respectueuse des spécificités locales". Les équipes dirigeantes et les salariés sur place sont à chaque fois des locaux.
Échec de la diversification avec Canson
Le groupe Hamelin s’appuie sur cette mondialisation pour croître, davantage que sur une diversification de ses produits. "Les diversifications ne représentent pas toujours des aventures heureuses", relève Stéphane Hamelin. Une difficulté à laquelle le groupe a fait face en 2006 lors du rachat de Canson, marque spécialisée dans le papier pour les beaux-arts. Une spécialité qui s’est révélée être très différente de celle du cahier dans son fonctionnement.
"Les beaux-arts disposent de beaucoup de références, avec peu de ventes pour chacune", explique Stéphane Hamelin. Cette approche a fini "par être une distraction pour nous", reconnaît le dirigeant. Le groupe a été forcé d’admettre qu’il s’agissait là davantage d’une diversification que d’une opération de consolidation.
Le groupe Hamelin a finalement cédé Canson en 2016 à l’italien Fila, pour se recentrer sur son cœur de métier. "Nous préférons nous renforcer sur nos nombreuses compétences métier. Avec la diversification géographique, nous avons déjà un terrain de jeu immense", assure le chef d’entreprise, qui a réalisé une cinquantaine d’acquisitions d’entreprises dans le monde depuis son arrivée à la tête du groupe.
Un groupe familial qui responsabilise
"J’avais été préparé à prendre la suite de mon père. Ce n’était pas mon choix. C’est comme si c’était écrit", évoque l’actuel dirigeant. Le caractère familial de l’entreprise impose une vision sur le long terme.
Pour autant, le dirigeant n’exclut pas de voir la société gérée dans le futur par une personne qui ne soit pas un descendant de la famille Hamelin. "Nous avons créé une société à conseil de surveillance il y a 5 ans, avec deux organes. Un directoire, qui n’a pas de représentant de la famille Hamelin, et un conseil de surveillance, qui compte plusieurs personnes de la famille", décrit le président du conseil de surveillance.
"Nous responsabilisons beaucoup nos salariés. Nous recherchons des personnes qui ont une mentalité d’entrepreneurs"
La culture d’entreprise tend aussi à rendre les individus autonomes, loin de tout micro management. "Nous responsabilisons beaucoup nos salariés. Nous leur donnons un objectif à atteindre, et faisons un point au bout d’un an", explique Stéphane Hamelin. Les ressources humaines représentent d’ailleurs un défi actuel pour le groupe, avec un important renouvellement de ses équipes. "Beaucoup de collaborateurs sont entrés dans notre groupe il y a une vingtaine ou trentaine d’années et approchent désormais de la retraite", relate Stéphane Hamelin. L’enjeu est d’assurer les passations de postes avec la jeune génération, pour que les compétences et savoir-faire se transmettent.
L’autre grand défi du groupe, c’est de faire face à la baisse de la natalité en Europe. Chaque année, le nombre d’élèves diminue de 1 % à 2 % en Europe. Une raison de plus pour accélérer sur d’autres zones géographiques. "L’Afrique représente un formidable potentiel. Nous venons d’acheter une société de distribution en Afrique du Sud", pointe le directeur général. L’acquisition à l’étranger continue d’être le principal moteur de croissance d’Hamelin pour assurer son avenir. Et la clé reste toujours la même : afficher les "coûts de production les plus faibles au monde" pour dépasser la concurrence.