Initialement annoncée en 2022, l’opération a pris un peu plus de temps que prévu, mais prouve que l’élan de sympathie portant la PME perpignanaise Payote (27 salariés, CA prévisionnel 2025 : 2 M€), depuis sa création en 2016, ne faiblit pas. Le fabricant d’espadrilles made in France a réuni un financement de 2 millions d’euros pour construire une nouvelle usine, dont 463 000 euros proviennent d’une campagne de crowdfunding sur WiSeed ayant convaincu 600 investisseurs particuliers.
Un virage stratégique devenu urgent
Cette enveloppe permet à Payotte de lancer le chantier sur un terrain de 5 000 m2, où la phase de terrassement vient de s’achever. Programmant son ouverture à janvier 2027, la future usine de 2 500 m2 lui servira à intensifier sa production, en passant du rythme actuel (de 60 000 à 80 000 paires par an) au double.
Avec une nuance de taille : ce nouvel outil aidera aussi Payote à réellement passer à l’échelle industrielle. Jusqu’ici, la PME sous-traitait une bonne part de la fabrication au basque Megam, qui a cessé son activité en début d’année 2025. "Ce coup du sort nous a contraints à ouvrir rapidement un atelier-pilote pour sauver notre activité. Après l’achat de quelques machines, cette première unité nous a permis de comprendre quels seraient nos besoins en termes de surface industrielle et de stockage pour la nouvelle usine, mais aussi de sécuriser tous les fournisseurs que, jusqu’ici, nous ne gérions pas en direct. Nous allons passer d’un modèle d’achat/vente à celui d’entreprise fabriquant tout à Perpignan", résume Olivier Gelly, fondateur de la marque.
Plus de 100 créations d'emplois
Dans la nouvelle usine, Payote prévoit notamment de doubler son parc machines. "Nous allons travailler sur les étapes de fabrication, de sorte à gagner en productivité et en confort de travail. Les progrès déjà réalisés au sein de l’atelier-pilote nous permettent de produire 1 500 pièces en 48 heures, contre 15 jours précédemment", poursuit le dirigeant. De même, les effectifs de la PME seront portés de 27 à 100 salariés environ, puis à 150 salariés à terme.
Une autre approche des flux de travail
Mais à côté du volet production, le projet d’usine permet aussi à Payote de "travailler sur les flux". En amont, le fabricant dispose déjà d’un centre de formation de 11 places pour continuer à occuper des postes, comme ceux de couturiers, où les talents sont rares. En aval, il prévoit de développer un pôle R&D destiné à la refabrication d’espadrilles. "En termes de gestion des déchets, nous utilisons déjà des chutes de toile afin de faire des isolants pour la maison, et du caoutchouc pour des tapis de sols dans les écoles et les gymnases. Mais l’objectif est de revaloriser certaines parties des espadrilles pour faire de nouvelles paires", se projette Olivier Gelly.
Un site attractif pour les touristes
Enfin, l’usine sera aussi très tournée vers le tourisme industriel : l’atelier actuel, trop petit, ne permet pas de traiter les 10 000 à 15 000 demandes de visites annuelles, émanant de pays comme l’Italie, l’Espagne ou le Japon. Le nouveau site sera doté d’un circuit conçu à cette fin, "avec vue sur les salles de production", et intégrera des salles d’exposition et un escape game.
De quoi, à nouveau, alimenter la renommée de Payote sur un segment de marché de plus en plus porteur. Malgré la perte subite de son fournisseur, la marque signe une progression de 30 % en 2025, en portant son chiffre d’affaires de 1,6 à 2 millions d’euros, et table sur une croissance moyenne de 15 à 20 % par an avec l’usine. La PME a déjà fabriqué plus de 200 modèles d’espadrilles, qu’elle continue à décliner avec des séries limitées (50 paires en moyenne) basées sur des licences à succès, comme celles du studio américain Warner (Harry Potter, Batman, Le Seigneur des Anneaux…), sur des marques comme La Vache qui Rit, ou sur des acteurs comme le Stade toulousain, entre autres partenaires signés en 2025. Olivier Gelly en promet bien d’autres pour 2026.