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Face à la raréfaction des levées de fonds, Eurasanté revoit sa stratégie d’accompagnement
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Face à la raréfaction des levées de fonds, Eurasanté revoit sa stratégie d’accompagnement

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Confronté à une raréfaction durable des levées de fonds en pré-amorçage et amorçage, Eurasanté revoit en profondeur sa stratégie d’accompagnement. Sélectivité accrue, mobilisation d’investisseurs privés et montée en puissance des partenariats industriels : l’écosystème régional de la santé s’adapte à un nouveau cycle du capital-risque.

Eurasanté anime notamment quatre incubateurs à l'échelle des Hauts-de-France - le bio-incubateur Eurasanté, ainsi qu'Euralimentaire, Eurasenior et Vivalley - qui ont accompagné 136 projets en 2025. — Photo : CC0 Creative Commons

Depuis l’été 2023, le marché du capital-risque connaît un net repli sur les segments du pré-amorçage et de l’amorçage. Une tendance qui, selon le GIE Eurasanté, s’est stabilisée à un niveau bas en 2024 et 2025, sans perspective de redressement à court terme. L’agence de développement économique régionale en santé et nutrition est convaincue que la situation relève d’un changement structurel. "Nous partons du principe que l’accès aux tours de table de pré-amorçage et d’amorçage ne se rétablira pas en 2026, ni sans doute en 2027", explique Étienne Vervaecke, directeur général du GIE Eurasanté. Face à ce contexte, l’opérateur régional a choisi d’adapter son modèle d’accompagnement.

Un changement structurel

Plusieurs facteurs expliquent ce retrait des fonds. À l’échelle mondiale, les acteurs du capital-risque sont confrontés à un engorgement inédit de leurs portefeuilles. "La valeur cumulée des entreprises en portefeuille des fonds atteint près de 20 000 milliards de dollars, avec des perspectives de sorties très limitées", souligne le dirigeant. Introductions en Bourse et cessions industrielles se font rares, poussant les fonds à concentrer leurs ressources sur le refinancement de leurs participations existantes.

"Ce qui se dessine, c’est désormais des fonds moins nombreux, mais plus gros"

Parallèlement, le secteur du capital-investissement se transforme. "Ce qui se dessine, ce sont des fonds moins nombreux, mais plus gros", anticipe Étienne Vervaecke. Ces véhicules de plus grande taille privilégient des tickets plus importants et des projets plus matures, réduisant mécaniquement la part des capitaux alloués au pré-amorçage et à l’amorçage.

À cette dynamique s’ajoute la contraction des financements publics. Les engagements de Bpifrance en faveur de l’innovation ont fortement reculé en 2025, après déjà une première baisse marquée en 2024.

Une activité 2025 globalement stable

Sur l’année 2025, l’activité d’Eurasanté s’est maintenue. L’opérateur régional anime quatre incubateurs à l’échelle des Hauts-de-France — le bio-incubateur Eurasanté, ainsi qu’Euralimentaire, Eurasenior et Vivalley — qui ont accompagné 136 projets et permis près de 30 créations d’entreprises en 2025. Les start-up incubées ont par ailleurs levé 8 millions d’euros l’an passé.

Le parc Eurasanté, un site dédié à la filière santé et animé par le GIE, a lui aussi stabilisé son activité, avec 206 organismes implantés en 2025 (205 en 2024), représentant 3 800 emplois, et 17 transactions immobilières, contre 18 en 2024.

Une sélectivité accrue des projets

Si l’activité reste stable, la stratégie de sélection des projets a été profondément revue pour préparer cette année et les suivantes. "Continuer à accompagner des projets de qualité sans perspective réaliste d’accès au capital n’était plus responsable", assume Étienne Vervaecke. L’accès à l’incubation a donc été resserré.

Étienne Vervaecke, directeur général du GIE Eurasanté à Lille — Photo : Maxime Dufour Photographies maxime dufour photographies - Maxime DUFOUR

Les dispositifs collectifs d’accompagnement situés en amont, comme le programme Start, restent ouverts, avec 37 nouveaux projets accueillis en 2025, mais tous n’accéderont pas à un incubateur. "Aujourd’hui, même de bons projets peuvent avoir du mal à trouver des financements", observe le directeur général. Dans ce contexte, Eurasanté assume désormais des décisions d’arrêt plus précoces, y compris pour des projets technologiquement solides, afin de concentrer ses moyens sur ceux présentant le meilleur potentiel de financement et de développement à moyen terme.

Vers une diversification des financements

Pour compenser le ralentissement des levées de fonds, Eurasanté mise sur une diversification des sources de financement. Les investisseurs personnes physiques, ou business angels, occupent désormais une place centrale dans les premiers tours de table. Un dispositif comme Invest’Innove, mené par le pôle de compétitivité Clubter NSL pour mettre en relation start-up et business angels, recense près de 400 investisseurs privés mobilisés en région.

"Nous allons sans doute connaître encore des arrêts de projets en 2026, y compris des projets très intéressants."

Le GIE lance également un "Club Deal Santé", destiné cette fois aux médecins, pharmaciens et autres professionnels de santé des Hauts-de-France. "Il ne s’agit pas seulement d’apporter des capitaux, mais aussi d’amplifier le halo de confiance autour des projets, explique Étienne Vervaecke. Une start-up qui cherche 800 000 euros et qui peut déjà compter sur l’engagement de professionnels de santé locaux est évidemment plus crédible face aux investisseurs."

Développer le chiffre d’affaires

Au-delà du financement, Eurasanté insiste sur un autre levier : l’ancrage marché des projets. "Le bon argent, c’est celui du client", martèle son directeur général. Partenariats industriels, accords de licence, collaborations de R & D ou premiers contrats commerciaux deviennent des conditions quasi indispensables pour sécuriser le développement des start-up en santé et crédibiliser une future levée de fonds.

"Nous allons sans doute connaître encore des arrêts de projets en 2026, y compris des projets très intéressants", reconnaît Étienne Vervaecke. Mais pour l’opérateur régional, cette phase marque avant tout une adaptation nécessaire. L’objectif reste quant à lui inchangé : permettre aux entreprises innovantes en santé des Hauts-de-France de se structurer, de trouver leur marché et de se développer, dans un environnement de financement durablement transformé.

Hauts-de-France # Santé # Levée de fonds # Start-up # Conjoncture # Réseaux d'accompagnement