Après s’être recapitalisé fin 2023 auprès de ses trois actionnaires historiques, le GIE Eurasanté vient de réaliser sa toute première levée de fonds, en 30 ans d’existence. L’opération, qui s’élève au global à 6,9 millions d’euros, a vocation à aligner la structure capitalistique du GIE sur l’essor de la filière santé régionale, afin d’en poursuivre l’accompagnement. Ce tour de table est marqué par l’entrée du groupe de prévoyance nordiste Ircem au capital du GIE, avec un apport de 4 millions d’euros.
Le budget de fonctionnement a triplé
Cette levée de fonds de près de 7 millions d’euros est une première pour le GIE Eurasanté, et n’a pas vocation à être renouvelée, commente Étienne Vervaecke, directeur général du GIE Eurasanté, l’agence de développement économique régionale en santé et nutrition. "Bien qu’il poursuive des missions d’intérêt général, le GIE Eurasanté reste une structure à capital, qu’il a fallu mettre au diapason des projets que nous portons, tout en limitant le recours à l’emprunt bancaire et sans avoir les yeux rivés en permanence sur la trésorerie", justifie le dirigeant.
Il faut dire que le GIE a été créé en juin 1996, avec "un capital de 400 000 francs, soit 60 000 euros. Il employait alors 10 salariés", rappelle Étienne Vervaecke. Un capital modeste et surtout, resté figé pendant près de 30 ans, tandis que le GIE prenait son envol. L’agence emploie désormais 130 salariés et affiche un budget de fonctionnement de 10,5 millions d’euros, "qui a triplé depuis 2015", souligne Didier Delmotte, son président. En parallèle, la filière santé régionale, que le GIE accompagne dans son développement, a elle aussi pris de l’ampleur. "En 20 ans, cette filière est passée de 720 à 1 100 entreprises, de 20 800 à 32 000 emplois et d’un chiffre d’affaires de 5 milliards à 13,5 milliards d’euros", détaille Didier Delmotte.
"Bien qu’il poursuive des missions d’intérêt général, le GIE Eurasanté reste une structure à capital, qu’il a fallu mettre au diapason des projets que nous portons."
L’Ircem prend 13 % du capital
À l’issue de ce premier tour de table, le GIE Eurasanté est détenu de manière majoritaire par le CHU de Lille, avec 42,47 % du capital. Les parts restantes sont aux mains des deux actionnaires historiques, l’association Eurasanté Solidarités (regroupant des collectivités locales et des acteurs de la recherche et de la formation), avec un peu plus de 41,78 % et par le pôle de compétitivité Clubster NSL, à hauteur de 2,05 %.
Cette levée de fonds s’est déroulée en trois temps. "Fin 2023, le GIE a incorporé 500 000 euros de ses fonds propres au capital, rapporte Étienne Vervaecke. Puis, il a fait appel à ses actionnaires historiques, qui ont renforcé les fonds propres à hauteur de 2,4 millions d’euros". Grâce à ces apports, la valorisation du GIE Eurasanté a été établie à 12,6 millions d’euros. L’opération a enfin été clôturée en juillet dernier, avec l’entrée de l’Ircem à hauteur de 13,70 % du capital.
Une culture du non-profit
Basé à Roubaix, dans le Nord, l’Ircem est un acteur de la protection sociale, dédié aux métiers de l’emploi à domicile et des services à la personne. Ce groupe à but non lucratif réalisait en 2023 un chiffre d’affaires de 376,6 millions d’euros, avec plus de 500 collaborateurs. Un profil qui colle parfaitement aux attentes affichées par le GIE, qui cherchait un partenaire lui permettant de "réaffirmer et renforcer son appartenance au champ de l’intérêt général, note Étienne Vervaecke. Nos missions sont la création d’emplois au sein de la filière santé régionale, le développement de cette filière et la mise en œuvre des politiques publiques de nos partenaires."
Un nouvel outil : le Hub Eurasanté
Pour mener à bien ses missions, Eurasanté dispose de quatre grands outils. Il s’agit de l’animation de quatre incubateurs et accélérateurs d’entreprises, et de celle du pôle de compétitivité Clubster NSL. Le GIE anime par ailleurs deux sites d’excellence lillois : le parc Eurasanté, qui regroupe 205 entreprises et 3 800 emplois, ainsi que le site d’excellence Euralimentaire, à Lomme (Nord). Enfin, l’agence participe régulièrement à des conventions d’affaires européennes, en vue d’attirer des entreprises de santé étrangères sur le territoire.
Un quart de la levée de fonds sera affecté au financement d’un tout nouvel outil, le Hub Eurasanté. Opérationnel depuis la rentrée au sein du parc Eurasanté, il sera officiellement inauguré début 2025. Sur 3 600 m², ce hub abrite bureaux et espaces évènementiels, ainsi qu’une usine école.
Poursuivre l’accompagnement
Fort de cette nouvelle assise financière, le GIE Eurasanté va poursuivre son accompagnement de la filière, en internalisant certaines ressources. Il s’agira notamment "d'aider les entreprises à identifier les enjeux de leur secteur, via la réalisation d’études", souligne Jean-Claude Charles, président de Clubster NSL. Mais aussi de les accompagner sur des sujets clefs, comme "la cybersécurité, l’outil de production, la digitalisation…", détaille-t-il. Le président évoque ensuite "l’accompagnement à l’accès au financement, dilutif ou non dilutif, à la recherche de talents, à la réindustrialisation du territoire et au lancement d'une démarche RSE". Sans oublier de renforcer l’attractivité du territoire pour les acteurs de la santé, tout en développant la "notoriété d’Eurasanté à l’échelle nationale".