Auvergne Rhône-Alpes
Export : les entreprises de cosmétiques rhônalpines face aux droits de douane américains
Auvergne Rhône-Alpes # Parfum et cosmétique # Écosystème et Territoire

Export : les entreprises de cosmétiques rhônalpines face aux droits de douane américains

S'abonner

Depuis cet été, la hausse moyenne de 15 % des droits de douane sur les produits cosmétiques exportés vers les États-Unis complique la donne pour de nombreuses PME de la région. Entre perte de compétitivité, allongement des cycles de vente et révision des stratégies industrielles, les acteurs tentent de s’adapter.

Morane Rey-Huet, président des Conseillers du Commerce Extérieur de la France du Comité Aura. "Produire aux États-Unis reste la solution la plus robuste pour sécuriser l’accès au marché" — Photo : DR

Branle bas de combat pour les PME du secteur cosmétique de la région, qui se sont réunies le 2 octobre à Genas (Rhône) pour échanger sur les solutions pour " préserver l’accès au marché américain". Une réunion organisée par le cosmétopole Aura, qui a posé au coeur du débat les droits de douane, nouveau caillou dans la chaussure des entreprises exportant Outre-Atlantique.

Depuis le 7 août dernier, le prix de leurs produits a brutalement augmenté, subissant une hausse moyenne de 15 % des droits de douane sur leurs produits. Un choc brutal pour nombre de PME industrielles et cosmétiques, déjà confrontées à la hausse des coûts de production et aux tensions logistiques. Entre perte de compétitivité, allongement des cycles de vente et révision des stratégies, les acteurs s’adaptent, parfois dans l’urgence.

Croissance divisée par deux

Chez Greentech, groupe clermontois de biotechnologies végétales (230 salariés, 50 M€ de CA en 2024), l’impact est immédiat. " Les États-Unis représentent environ 15 % de notre chiffre d’affaires, via notre filiale d’Englewood, dans le New Jersey. Depuis la hausse des droits de douane, la croissance de nos ventes a été divisée par au moins deux, à 5 % de croissance ", confie Jean-Yves Berthon, PDG du groupe.

Le contexte est d’autant plus compliqué que Greentech se retrouve pris en étau entre plusieurs réglementations. L’usine brésilienne du groupe, qui produisait pour le marché américain, est désormais pénalisée par une taxation à 30 % sur les importations du Brésil vers les États-Unis. " Si nous importions depuis le Brésil, la hausse totale des droits dépasserait 50 %. Nous avons donc décidé de revenir à un modèle d’exportation directe depuis la France ", explique le dirigeant. Pour alléger la facture RSE cette fois-ci, Greentech recourt désormais aux services de Vela, un transporteur par voilier qui a l’avantage d’être plus rapide et moins polluant que les cargos à moteur.

"15 % sur nos factures "

Pour limiter la casse, Greentech a choisi de répercuter la hausse de 15 % sur ses factures, sous forme d’une ligne additionnelle clairement identifiée.

Malgré tout, Jean-Yves Berthon relativise : " Le pourcentage d’actifs dans la formule finale est faible, entre 0,5 et 5 %. Notre position de niche, la qualité et l’image française nous permettent de conserver une base solide de clients. " Pour compenser, Greentech accélère sur d’autres zones, notamment en Asie (Inde, Thaïlande) et en Europe de l’Est.

Chez le sous-traitant rhodanien MSBeautilab, la riposte est toujours à l’étude. MSBeautilab (200 salariés, 35 M€ de CA en 2024), qui détient une usine à Lentilly, fabrique des soins et du maquillage pour des marques cosmétiques. Les États-Unis pèsent 15 à 20 % de son chiffre d’affaires, son premier marché à l’export. Depuis la hausse des droits, la donne a changé. " Les clients américains sont plus frileux, les cycles de décision se rallongent car l’exposition financière est plus forte ", reconnaît Émilie André, directrice marketing et communication.

Le laboratoire, qui a ouvert un bureau à New York en 2022, envisage plusieurs leviers d’adaptation : ajustements tarifaires au cas par cas, recherche de partenaires industriels locaux, et optimisation des emballages pour réduire les composants soumis à forte taxation, comme l’aluminium.

Scruter les coûts

Pour Morane Rey-Huet, président du Comité Auvergne-Rhône-Alpes des Conseillers du commerce extérieur de la France, cette vague tarifaire révèle la complexité du système américain. " Les droits de douane dépendent du code tarifaire sous lequel le produit est classé. Un cosmétique du chapitre 33 peut être à 0 %, mais un simple ressort dans un flacon pompe peut être taxé à 50 % s’il est d’origine européenne voire beaucoup plus s’il provient de Chine ", fait-il observer.

Problème : la plupart des entreprises françaises n’ont pas les outils pour détailler le prix exact de chaque composant. Résultat, elles laissent leurs clients négocier avec la douane américaine, un processus long, coûteux… et risqué. " Cela pourrait leur donner des arguments pour renégocier les prix à la baisse, car ils ont une meilleure visibilité sur la structure des coûts ", souligne l’expert.

Selon lui, la hausse moyenne de 15 % est absorbable pour certaines entreprises BtoB, notamment celles valorisant le « made in France ». " Mais dans le BtoBtoC, l’augmentation intégrale des tarifs est quasi impossible. Il aurait fallu lisser les hausses progressivement dès fin 2024 ", estime-t-il. Pour s’en prémunir, prudents, de nombreux clients américains avaient d’ailleurs constitué des stocks au premier semestre 2025 avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles.

Produire local ?

Face à la nouvelle donne, de plus en plus d’entreprises françaises envisagent de produire directement aux États-Unis ou via des partenariats industriels. " C’est la solution la plus robuste pour contourner les droits de douane et sécuriser l’accès au marché ", observe Morane Rey-Huet. L’option canadienne, un temps privilégiée, s’est refermée avec la hausse des tarifs entre le Canada et les États-Unis, désormais fixés à 35 %.

Cette approche qui consiste à produire "local" par grande région du monde, séduit un nombre croissant d’entrepreneurs. " Initiée par les préoccupations de développement durable, cette mutation est accélérée par les nouvelles conditions douanières ", souligne l’expert, qui anticipe toutefois un impact différé des hausses des taxes douanières. Pour la plupart des exportateurs, les effets sur le chiffre d’affaires n’apparaîtront qu’à partir de 2026, quand les stocks constitués début 2025 seront épuisés.

Auvergne Rhône-Alpes # Parfum et cosmétique # Écosystème et Territoire