Vous avez rencontré hier Marc Ferracci, le ministre de l’industrie, au sujet des négociations sur les droits de douane avec les États-Unis. Où en sont-elles ?
On fait surtout un constat d’impuissance. À l’heure actuelle, nous n’avons pas de plan B, mais les droits de douane deviennent de plus en plus réels.
Le secteur de la cosmétique fait toujours partie du premier train de sanction qui s’appliquera à compter du 1er août. Nous avons tout fait pour être exemptés de ces sanctions, comme cela a pu être le cas de la filière du cognac ou du fromage, sans succès pour le moment.
Quel est le poids du marché étasunien pour les marques françaises de cosmétiques ?
Les États-Unis représentent 12 % de nos exportations chaque année, soit 2,8 milliards d’euros. Notre secteur de l’industrie cosmétique pèse par ailleurs, à lui tout seul, pour 6 % des exportations de la France.
"Les droits de douane imposés par Trump bouleversent le marché mondial. Tous les pays essaient de trouver d’autres débouchés, ce qui exacerbe la concurrence"
Jusqu’ici notre secteur n’avait aucun droit de douane entre la France et les États-Unis. Depuis le mois d’avril 2025 nous appliquons désormais 10 % de droits de douane entre les deux pays. Or, la cosmétique est particulièrement vulnérable face aux barrières douanières.
À quoi vous exposent de potentiels droits de douane ?
Notre situation à l’export est délicate. Les États-Unis sont notre premier marché. La Chine, notre deuxième marché à l’export, est elle en récession économique. Nous faisons face à la concurrence très forte de la Corée du Sud, qui dispose de coûts de production moindres. Les Coréens exportent aujourd’hui pour 10 milliards d’euros de produits cosmétiques, contre presque rien il y a 10 ans.
Les droits de douane imposés par Donald Trump bouleversent le marché mondial. Tous les pays essaient de trouver d’autres débouchés, ce qui exacerbe la concurrence.
Face à la menace des droits de douane et à la concurrence accrue de nouveaux pays, vous avez lancé en juillet le plan Beauty Industry Package. De quelles mesures avez-vous besoin ?
Nous avons besoin de gagner en compétitivité. Pour cela nous avons demandé des mesures sur cinq champs différents : le libre-échange, l’innovation, la simplification, l’application équitable des réglementations et la lutte contre la contrefaçon.
Nous portons ces demandes à l’échelle française mais aussi européenne. Un texte est d’ailleurs en cours d’examen par la Commission européenne pour simplifier les règles en vigueur sur la reformulation dans la cosmétique. Nous devons sans cesse changer nos formules pour nous adapter aux listes des produits autorisés en Europe. C’est une pratique qui prend beaucoup de temps dans l’activité des marques, et freine l’innovation. Nous avons été agréablement surpris de voir ce texte porté par l’Europe, même si nous ne savons pas s’il sera adopté dans sa forme actuelle, ni dans combien de temps.
Comment vous préparez-vous, face à l’éventualité de droits de douane alourdis entre l’UE et les États-Unis ?
Nous espérons obtenir un bon accord, qui réduise au mieux les tarifs douaniers. Au-delà de 15% de droits de douane, la cosmétique traversera un trou d'air. D’autant plus que nous n’avons pas de solution à court terme.
Investir un nouveau marché prend au moins deux ou trois ans. Le Brésil, l’Inde et les Émirats arabes unis font par exemple partie des nouveaux marchés potentiels, des pays dans lesquels nous ne sommes pas encore assez présents, alors que ce sont d’immenses marchés de consommateurs.