La filière cosmétique bretonne et du Grand Ouest poursuit sa montée en puissance. Portée par un tissu dense de PME innovantes, une forte culture du local et des savoir-faire reconnus autour des biotechnologies marines, elle doit désormais relever un défi de taille : réussir sa transition environnementale sans freiner sa compétitivité.
"Le Grand Ouest représente environ 10 % de nos adhérents, soit une centaine d'entreprises et près de 5 300 emplois", explique Sophie Hericher, chargée de relations institutionnelles et publiques de Cosmed. L'organisation fédère un millier d'adhérents en France, exclusivement issus du secteur : marques propres, sous-traitants, laboratoires d'analyse, formulateurs ou encore fournisseurs d'ingrédients.
Structurée autour de sept "cosmétopoles" régionaux, Cosmed accompagne les entreprises sur des enjeux clés : veille réglementaire, formations, accompagnement à l'export, transition écologique ou encore organisation d'événements professionnels. "La réglementation cosmétique européenne est l'une des plus strictes au monde. Les entreprises ont besoin d'être accompagnées pour anticiper les évolutions qui peuvent avoir des impacts très lourds sur les formules, les emballages ou les coûts de production", souligne Sophie Hericher.
Une identité bretonne marquée par la cosmétique marine
En Bretagne, la filière se distingue notamment par son expertise dans la cosmétique marine. Autour de l'algologie et de la valorisation des ressources marines, plusieurs entreprises développent des ingrédients innovants à base d'algues, en lien avec des centres de recherche spécialisés comme le CEVA.
Mais au-delà de cette spécialité, la région cultive aussi une forte logique de proximité. "Les entreprises bretonnes travaillent beaucoup ensemble et privilégient les fournisseurs locaux. C'est à la fois un choix économique, environnemental et marketing, car les consommateurs sont sensibles à l'origine des produits", observe Sophie Hericher.
Cette dynamique collaborative était au cœur de la rencontre annuelle du Cosmétopole Grand Ouest organisée récemment à Lorient, dans le Morbihan. Une quarantaine d'entreprises y ont échangé autour des enjeux environnementaux et plus particulièrement de l'emballage, thème particulièrement stratégique pour la filière.
Le casse-tête des nouveaux emballages
La transition écologique constitue aujourd'hui l'un des principaux défis du secteur. Les entreprises doivent composer avec des réglementations de plus en plus exigeantes, notamment sur les emballages.
Parmi elles figure la REP emballages professionnels (responsabilité élargie du producteur), qui entre progressivement en vigueur. À cela s'ajoute le règlement européen PPWR, attendu en août 2026, qui imposera notamment que tous les emballages soient recyclables.
"Les industriels veulent réduire la place du plastique et développer des matériaux biosourcés, mais les filières de tri et de recyclage ne sont pas toujours prêtes", explique Sophie Hericher. Certains matériaux innovants, comme le PHA ou des alternatives compostables développées par de jeunes entreprises bretonnes, suscitent un réel intérêt. Mais les volumes encore faibles compliquent la mise en place de filières industrielles adaptées.
Ce décalage entre innovation et capacités de recyclage crée une forme d'incertitude pour les industriels, alors même que les attentes des consommateurs s'accélèrent.
Une filière en quête d'équilibre
Pour accompagner ces mutations, la Bretagne cherche à structurer davantage son écosystème. Ainis, l'Agence bretonne de la biodiversité travaille actuellement à une stratégie régionale destinée à mieux intégrer les entreprises dans les enjeux de préservation des ressources naturelles.
Dans le même temps, des plateformes technologiques comme ComposiTIC, découverte par plusieurs participants lors de la rencontre de Lorient, permettent aux industriels de tester de nouveaux matériaux ou procédés sur de petites séries grâce à l'impression 3D et à des outils d'expérimentation avancés.