Cosmétiques, vins, spiritueux… les exportations françaises vers les États-Unis avaient déjà accusé le coup en 2025. L’entrée en vigueur d’un nouveau droit de douane américain de 10 % le 24 février 2026 ajoute de l’incertitude, dans un contexte où les règles du jeu restent floues. Concrètement, les mesures précédemment prévues, à savoir un plafond de 15 % négocié avec l’Union européenne dans le cadre de l’accord de Turnberry, ont pris fin. Un droit de douane international additionnel de 10 % a été mis en place, qui s’ajoute aux droits existants, en vigueur avant janvier 2025.
Une règle qui pourra être modifiée
"Les modifications sont effectives pour les marchandises entrées pour la consommation, ou retirées de l’entrepôt pour consommation, à partir du 24 février 2026, et resteront en vigueur jusqu'au 24 juillet 2026", précisent les Douanes.
Cette règle pourra toutefois connaître des modifications, notamment dans le cas où la surtaxe est prolongée par une loi du Congrès américain. Le taux n’est aussi pas définitif, "il pourrait être porté à 15 %", indiquent les Douanes.
Les mesures sectorielles échappent cependant à ces annonces et ne sont pas concernées par ces nouveaux tarifs douaniers. Les taux de 50 % sur les produits en acier, aluminium et produits dérivés sont par exemple maintenus.
L’accord de Turnberry en souffrance
Les Douanes françaises indiquent ne pas savoir ce qu’il advient de l’accord commercial, appelé "accord de Turnberry", signé entre les États-Unis et l’UE en juillet dernier. Le Parlement européen a en effet suspendu son examen.
Interrogé par Euronews le 26 février, Bernd Lang, président de la commission du commerce international du Parlement européen a déclaré qu’il "est clair que les États-uniens sont en train de rompre l’accord" et qu’il n’exclut pas de "réfléchir à des contre-mesures, des contre-droits de douane par exemple". La Commission européenne a quant à elle rappelé qu’un "accord est un accord" et que les entreprises doivent pouvoir bénéficier de stabilité.
Encore de nombreuses incertitudes
De nouvelles enquêtes commerciales sont aussi ouvertes outre-Atlantique. Donald Trump "a ordonné au Bureau du représentant commercial des États-Unis d’utiliser son autorité pour enquêter sur certains actes, politiques et pratiques déraisonnables et discriminatoires qui pèsent ou restreignent le commerce américain", ajoutent les douanes.
La mise en place des droits de douane ayant été jugée illégale par la Cour suprême, la question du remboursement de droits jugés comme indûment perçus par l’administration américaine se pose et des entreprises américaines montent déjà au créneau. En France, les douanes recommandent de "patienter jusqu’à ce que les États-Unis annoncent quelque chose d’officiel, car cela n’a pour l’instant pas été fait".
Un appel à la prudence
Autant d’incertitudes qui risquent de peser encore davantage sur les exportations françaises aux États-Unis. Ces dernières ont d’ailleurs déjà souffert en 2025, notamment dans le secteur des cosmétiques, où elles ont reculé de près de 19 % (-541 millions d'euros), selon la Fédération des entreprises de la beauté.
La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux a elle aussi constaté une diminution des exportations du même ordre. En 2025, le secteur a enregistré une baisse de 21,2 % de ses exportations avec les États-Unis. Quant à ces nouvelles annonces de tarifs douaniers, la Fédération dit "rester extrêmement prudente quant aux implications à court ou moyen terme de cette décision".
Pour obtenir des informations fiables au fil de l’eau, les entreprises peuvent consulter le site de la Direction générale des douanes et des droits indirects qui est tenu à jour. En cas de questions individuelles et précises, les Douanes préconisent de se rapprocher de la cellule conseil aux entreprises.