Bretagne
"Guerre commerciale avec les États-Unis : le risque principal pour une entreprise serait d’être dans l’attentisme"
Interview Bretagne # Industrie # Conjoncture

Lydie Kerneis et Christelle Ferrari de Bpifrance et de la Direction des douanes de Bretagne "Guerre commerciale avec les États-Unis : le risque principal pour une entreprise serait d’être dans l’attentisme"

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Bpifrance en Bretagne et les Douanes en Bretagne sont deux acteurs clés de la Team France Export en Bretagne. Après les droits de douane instaurés par les États-Unis, les deux structures en analysent les premiers impacts pour les acteurs économiques bretons. Elles distillent leurs conseils aux entrepreneurs pour se prémunir et bien passer cette crise dont les conséquences sont encore incertaines.

Lydie Kerneis (Bpifrance, à gauche) aux côtés de Christelle Ferrari, de la direction des Douanes de Bretagne — Photo : Baptiste Coupin

Quel regard portez-vous sur la guerre commerciale que livrent Donald Trump et son administration à l’Union européenne ? Quel impact en attendez-vous pour l’économie bretonne ?

Lydie Kerneis (Bpifrance) : Les droits de douane ne sont pas une bonne nouvelle pour l’Europe et toutes les entreprises engagées dans le commerce transatlantique. La hausse des droits de douane aura un impact direct négatif mais a priori limité sur la croissance française, en raison d’une baisse des exportations vers les États-Unis. Celles-ci représentent 1,6 % du PIB (contre environ 3 % pour l’Italie et 4 % pour l’Allemagne). Les simulations réalisées jusqu’à présent pour l’économie française par différentes institutions mettent en évidence un impact sur la croissance du PIB de l’ordre de -0,2 points et -0,3 points sur un an.

"Les exportations vers les USA ne représentent pas une part importante des exportations bretonnes"

Pour ce qui est de la Bretagne spécifiquement, les exportations vers les USA ne représentent pas une part importante des exportations bretonnes. L’impact sur la croissance pourrait toutefois être renforcé par un choc de confiance négatif, qu’il est difficile à quantifier.


Christelle Ferrari (Douanes en Bretagne) : Pour l’économie bretonne, cette guerre commerciale aura des conséquences variées selon les secteurs d’activité. Certaines entreprises, qui ont comme premier marché de débouchés pour leurs produits les États-Unis vont devoir réviser leur stratégie commerciale et envisager un redéploiement sur d’autres zones géographiques. D’autres devront revoir leur sourcing en diversifiant leurs portefeuilles fournisseurs. Aujourd’hui, les dirigeants des entreprises bretonnes sont inquiets mais pas à terre. Pour reprendre les termes d’Éric Lombard, ministre de l’Économie, "même si l’impact est très sérieux […], l’impact économique, en réalité, dans un premier temps, sera gérable".


Comment doivent réagir les entrepreneurs bretons qui ont des intérêts aux États-Unis ? Que leur conseillez-vous ?

Lydie Kerneis : Le risque principal dans cette séquence serait de poser le stylo et d’être dans l’attentisme. L’international reste un pari gagnant pour nos entrepreneurs, c’est même incontournable pour nos PME qui veulent grandir ! Je fais là, référence au baromètre Export de Bpifrance de début d’année qui précise que les plus optimistes sont les entreprises exportatrices, malgré les risques.

La hausse des droits de douane aura un impact direct négatif mais a priori limité sur la croissance française selon Lydie Kerneis de Bpifrance — Photo : Kalyakan

L’impact global sur l’économie bretonne dépendra de plusieurs facteurs, notamment la durée et l’ampleur des hausses de droits de douane et la capacité des entreprises à s’adapter et à trouver de nouveaux marchés. Il ne faut toutefois pas se censurer, y compris vis-à-vis des États-Unis, surtout quand on a un produit innovant qui peut tout à fait surmonter les droits de douane additionnels !

Le message à faire passer aux exportateurs bretons est clair : Il est important de ne pas mettre "tous ses œufs dans le même panier" : on ne dépend pas d’un client, d’un fournisseur, d’un banquier et d’un seul pays.

Christelle Ferrari : Ne pas paniquer ! Plusieurs points sont à examiner avec le concours de notre service de conseil au Pôle Action Economique de la Direction régionale des douanes Bretagne.

Sur les flux export, il convient tout d’abord de consolider les codes SH (codification des marchandises, NDLR) exportés vers les USA afin de vérifier les taux de droits de douane additionnels appliqués par l’utilisation de la base européenne Access2markets.

"Il existe une quarantaine d’accords de libre-échange ou de partenariat économique qui concernent plus de 70 pays : c’est le moment de les explorer pour diversifier ses marchés"

Je conseillerai aussi l’exploitation des accords commerciaux signés par l’UE avec les pays partenaires. Il existe une quarantaine d’accords de libre-échange ou de partenariat économique qui concernent plus de 70 pays : c’est le moment de les explorer pour diversifier ses marchés. Dans ce cadre, l’ensemble des partenaires institutionnels mobilisés en Bretagne en soutien aux entreprises peuvent ici être précieux : je pense à Bpifrance, bien sûr, mais aussi à Business France ou encore aux conseillers du commerce extérieur qui ont des relais dans de nombreux pays et qui peuvent apporter leurs expertises, expériences afin de développer des flux d’affaires tout en limitant les risques.

"Sur les flux import, l’application des contre-mesures tarifaires décidées par l’UE en réponse à l’augmentation des barrières tarifaires américaines augmente les coûts des achats"

Enfin, il peut être efficace de travailler sur les Incoterms (abréviation de "termes commerciaux internationaux") : aux USA, les droits de douane sont calculés sur une valeur en douane au point de sortie du pays d’exportation. Un conseil : éviter l’Incoterm DDP (Delivered Duty Paid) qui fait reposer le dédouanement à destination sur le vendeur UE.

Sur les flux import, l’application des contre-mesures tarifaires décidées par l’UE en réponse à l’augmentation des barrières tarifaires américaines augmente les coûts des achats. Dans le cadre d’approvisionnement de matières premières ou composants entrant dans un process de fabrication, des régimes douaniers suspensifs existent et peuvent permettre dans ces certains cas de bénéficier d’une exonération de droits et taxes.


Quel accompagnement Bpifrance et les Douanes en Bretagne peuvent-ils apporter aux entrepreneurs pour passer cette crise ?

Lydie Kerneis : Bpifrance est l’un des membres fondateurs de la Team France Export (TFE) que j’aime à dire "augmentée" en Bretagne. En effet, nos entrepreneurs bretons ont la chance d’avoir des "bonnes fées" autour de leurs berceaux et notamment lors des Matinales de l’Export lancées en Bretagne en mai 2021 grâce au soutien des CCE et à l’implication, dès le début, des Douanes et de l’INPI.

Compte tenu du manque de visibilité sur les États-Unis, trois solutions sont aujourd’hui actionnables en fonction de la maturité des projets : une assurance prospection pour financer ses dépenses de prospection et s’assurer contre le risque d’échec commercial à l’export ; la garantie de projets à l’international (elle permet de garantir ses apports en fonds propres lors de la création, du rachat ou du développement d’une filiale à l’étranger, NDLR) ; 3 produits d’assurance change pour exporter en devises en neutralisant le risque de change (et notamment sur le dollar).
Nos contacts en région : Sabine Launay (Ille-et-Vilaine et Côtes-d’Armor), @email ; et moi-même pour la partie Finistère et Morbihan :

@email.


Christelle Ferrari : La direction générale des douanes et ses services déconcentrés sont mobilisés pour soutenir les entreprises dans cette crise des droits de douane américains. Sur le portail des douanes, tout un dossier est mis à disposition des entreprises dans lequel elles trouveront des numéros de contact, une FAQ, une présentation détaillée des mesures tarifaires américaines et des contre-mesures de l’UE ainsi que les différents outils douaniers à exploiter.

En Bretagne, la cellule conseil aux entreprises du Pôle Action Economique est fortement mobilisée en apportant des informations et des actualités réglementaires sur la situation américaine, en discutant avec les entreprises de leur stratégie commerciale par la valorisation de l’origine UE de leurs produits, en les invitant à diversifier leurs pays cibles. Cette cellule conseil est joignable par téléphone (09 70 27 47 75), par mail (@email) ; elle reçoit également les entreprises en rendez-vous afin de leur apporter des solutions opérationnelles, notamment sur les flux import en provenance des USA en leur présentant des régimes douaniers suspensifs.

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