Normandie
"Des maillons faibles dans la chaîne d'approvisionnement freinent la montée en cadence d'Airbus"
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Philippe Eudeline président de Normandie AeroEspace "Des maillons faibles dans la chaîne d'approvisionnement freinent la montée en cadence d'Airbus"

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Alors que les carnets de commandes sont au plus haut niveau chez les donneurs d’ordres comme Airbus et Dassault, les sous-traitants de l’aéronautique semblent parfois à la peine pour suivre le rythme de production. Pour pallier les difficultés, Philippe Eudeline, président de Normandie AeroEspace (178 membres), compte sur l’entraide entre les membres de la filière aéronautique qui projettent 2 000 recrutements en Normandie.

"Les projections que nous avons effectuées en termes de besoins de main d’œuvre, en région pour 2025, montrent que 2 500 recrutements sont à venir dans les entreprises normandes", se réjouit Philippe Eudeline, président de Normandie AeroEspace — Photo : Sébastien Colle

Comment expliquer les difficultés de certains sous-traitants de l’aéronautique alors que les grands donneurs d’ordres comme Airbus ont des carnets de commandes pleins ?

Effectivement, les carnets de commandes d’Airbus et de Boeing sont remplis pour de nombreuses années, et cependant la situation semble compliquée pour les équipementiers. En réalité, il y a des maillons faibles dans la chaîne d’approvisionnement qui freinent la montée en cadence d’Airbus. Malgré le grand nombre de commandes, la montée en cadence des grands avionneurs comme Airbus et Dassault est pénalisée par quelques acteurs faibles. Et cela a pour conséquence la menace très claire d’Airbus, face à ceux qui sont en difficulté pour honorer les marchés, d’aller s’approvisionner ailleurs, notamment en Inde ou en Roumanie. Mais avant d’en arriver là, Airbus accompagne ses fournisseurs pour qu’ils se remettent rapidement au niveau. Chez Boeing, la grève de plus de 30 000 employés américains, a bloqué la chaîne de commandes pendant plusieurs semaines avant de redémarrer générant ainsi des perturbations supplémentaires dans les chaînes d’approvisionnement.

Quelles sont les conséquences pour les entreprises en défaut ?

L’ensemble de ces problèmes génère chez les industriels des difficultés dans toute la supply chain, avec des baisses et des remontées soudaines de charge impactant négativement leur rentabilité. S’ajoute à cela l’obligation pour nombre de PME de rembourser leur PGE (Prêt garanti par l’État, NDLR), ce qui peut être compliqué pour les trésoreries et affaiblit les entreprises. Et sans trésorerie, il n’y a plus d’investissements.

C’est une période qui devrait être euphorique avec le niveau des carnets de commandes des grands avionneurs, et d’ailleurs certaines entreprises enregistrent des carnets de commandes en hausse de plus de 30 % sur 2024, mais la vigilance reste de mise face aux incertitudes pour la suite en 2025.

Les PME et ETI en difficultés peuvent-elles revenir au niveau ?

Je pense que les PME et ETI vont y arriver car il y a beaucoup d’entraide entre membres dans la filière aéronautique. Notamment grâce aux actions de Normandie AeroEspace et à celles du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) et ses plans d’aides aux entreprises.

En fait, ce qui manque souvent aux PME pour s’organiser et se structurer c’est de la visibilité avec engagements fermes de la part des grands donneurs d’ordres. Si les donneurs d’ordres ne passent des commandes que pour trois mois, les entreprises ne prendront pas de risques. Par contre, si elles reçoivent un contrat portant sur plusieurs années, alors là elles vont investir.

Comment les entreprises se positionnent-elles pour 2025 ?

Il y a une inquiétude liée au contexte politique français, suite à la dissolution de l’Assemblée nationale qui a porté un coup de frein à l’activité économique. Cette situation a amené beaucoup d’attentisme chez les chefs d’entreprise, ce qui n’aide pas à lancer de nouveaux projets. De plus, l’économie de guerre amenée par le conflit en Ukraine donne la priorité à la production de matériel et ne favorise pas non plus le lancement de nouveaux développements. Enfin, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis est un grand point d’interrogation pour tous.

L’ensemble de ce contexte n’incite donc pas les entreprises à investir. Mais malgré tout, il y a une bonne nouvelle, c’est la tendance à la baisse des taux d’intérêt ce qui devrait aider les entreprises à réaliser de nouveaux investissements.

Quelle est la situation en Normandie ?

Les projections que nous avons effectuées en termes de besoins de main d’œuvre, en région Normandie pour 2025, montrent que 2 000 recrutements sont à réaliser dans les entreprises normandes. Ces recrutements concernent pour un tiers des ouvriers, un autre tiers des techniciens et le reste des ingénieurs.

Cette croissance est notamment due à la montée en cadence des avionneurs et notamment Airbus qui doit monter en cadence et atteindre la fourniture de 75 monocouloirs (avion de ligne au fuselage étroit comportant un seul couloir en cabine passagers au pont principal, NDLR) par mois. C’est aussi la conséquence de l’économie de guerre pour Dassault avec son Rafale, mais aussi pour le secteur des systèmes électroniques à destination des activités de défense.

Quels sont vos leviers pour assurer ces recrutements ?

Normandie AeroEspace s’est organisé pour attirer et aller chercher les candidats. Déjà, la plupart des postes sont proposés en CDI par les entreprises, mais nous savons qu’il faut aller plus loin pour renforcer l’attractivité de nos membres. C’est pourquoi nous avons choisi d’être présents sur de nombreux salons d’ici la fin de l’année afin d’essayer d’attirer les candidats au-delà de notre seule région.

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