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François Guérin, président du collectif Dirigeants Responsables : "L’entreprise est un lieu où l’on fait société"
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François Guérin président du collectif Dirigeants Responsables "L’entreprise est un lieu où l’on fait société"

Le collectif Dirigeants Responsables organise son université d’été les 11 et 12 juin à Tours. L’occasion de faire le point sur le développement de ce mouvement associatif parti de Nantes il y a 16 ans et qui rayonne désormais sur plusieurs régions. Avec pour objectif de mettre la RSE au cœur d’un modèle nouveau de l’entreprise.

François Guérin Président du Collectif Dirigeants Responsables et PDG du groupe Cetih — Photo : CETIH

Vous êtes le PDG de l’entreprise Cetih, fabricant de portes et fenêtres (1 400 collaborateurs, 241 M€ de CA), implanté à Machecoul (Loire-Atlantique) et vous présidez le collectif Dirigeants Responsables à la tête duquel vous avez été reconduit en décembre 2025. C’est quoi le collectif "Dirigeants Responsables" ?

L’association a été créée en 2010 à Nantes sous l’appellation Dirigeants Responsables de l’Ouest – DRO — par un petit groupe de chefs d’entreprise, sous la houlette de Yann Roland qui était alors le président de Cetih. Je l’ai remplacé à la tête de DRO deux ans plus tard. Nous nous sommes d’abord développés sur la Loire-Atlantique puis sur les territoires limitrophes.

Avec quelle ambition ?

Nos entreprises faisaient face à des enjeux de transition très forts : transition environnementale, mais aussi d’évolution sociale. Notre mission était de créer un lieu où les dirigeants pourraient échanger, réfléchir, expérimenter des idées puis les mettre en place dans leur entreprise pour les transformer afin d’accompagner ces enjeux sociétaux, environnementaux et sociaux. Pour aller vers un futur désirable, vers une économie plus responsable. Mettre vraiment la RSE qui traite ces enjeux extra-financiers au cœur du modèle de l’entreprise.

L’association initiale a rapidement essaimé, d’abord dans le Grand Ouest…

Effectivement, il y a d’abord eu DRO Anjou basé à Angers, puis DRO Rennes Bretagne, puis DRO Finistère Bretagne, basé à Brest. Nous avons ensuite essaimé sur la Marne à Reims, dans le Morbihan en Bretagne sud, en Île-de-France, en Touraine. Aujourd’hui, nous avons des contacts sur d’autres territoires un peu partout en France avec toujours cette volonté d’être ancrés localement, ce qui nous différencie d’autres associations plus parisiennes. Avec l’idée que si on embarque des entreprises – à Nantes il y a eu jusqu’à 160 adhérents — on embarque aussi leur écosystème, et c’est finalement tout un territoire qui bouge. Je pense que dans l’Ouest en tout cas, et notamment sur la région Pays-de-la-Loire, nous avons réussi ça sur un territoire qui affiche une sensibilité aux enjeux du bien commun, aux enjeux collectifs, peut-être plus forte ailleurs qu’ailleurs.

Aujourd’hui, vous êtes une fédération d’associations locales coiffée par le collectif Dirigeants Responsables.

Nous avons sur chaque territoire une association Dirigeants Responsables avec des statuts identiques et la même raison d’être. Chaque association locale est membre du Collectif créé il y a cinq ans et dont je suis président.

Qui sont les adhérents des associations locales et combien sont-ils aujourd’hui ?

Nous sommes aujourd’hui au total environ 400 membres, majoritairement des dirigeants d’entreprises de tous secteurs d’activité, TPE, PME, ETI ou filiales de grands groupes, ou des dirigeants d’autres types d’organisations comme des écoles de commerce ou des écoles d’ingénieurs sur la région nantaise. C’est le dirigeant qui doit adhérer, car il doit être moteur dans la démarche, pour mettre en action les engagements de Dirigeants Responsables dans son entreprise. On sait que le dirigeant malgré tout n’est pas toujours disponible, c’est pourquoi il peut être représenté parfois par un collaborateur sur certains thèmes comme le responsable de la RSE de l’entreprise ou le DRH.

Comment l’activité de Dirigeants Responsables s’organise-t-elle concrètement ?

Nous avons deux modes de travail, soit en plénière, soit en ateliers. Les conférences plénières, mensuelles ou trimestrielles, peuvent faire appel à des experts extérieurs à l’association, mais nous préférons faire témoigner des dirigeants adhérents qui viennent partager leur retour d’expérience sur un thème choisi comme la gouvernance : qu’est-ce que j’ai fait pour la rendre plus ouverte à tous ces enjeux de transition ; comment je représente mieux mes collaborateurs ou des parties prenantes dans cette gouvernance… Bref, toutes les questions qu’un dirigeant peut se poser dès lors qu’il a envie de mettre les enjeux de transition et d’intérêt collectif au cœur de son entreprise. Les ateliers réunissent des adhérents qui veulent approfondir cette réflexion en petits groupes durant un an. Ce travail collectif va se nourrir à la fois de l’expérience des autres et de l’avancée commune sur des sujets nouveaux pour lesquels les experts n’ont pas toujours de réponse.

Les thèmes que vous abordez sur la responsabilité sociale, sociétale et environnementale des entreprises sont-ils toujours d’actualité aujourd’hui dans le contexte de crise que nous connaissons ?

Il y a eu un vrai coup de frein sur la nécessité d’intégrer la RSE dans l’entreprise avec les tentations trumpistes et leurs effets collatéraux, depuis dix-huit mois. Mais les choses évoluent parce que la guerre en Iran nous rappelle que finalement la souveraineté, les enjeux de décarbonation restent des enjeux clés et que les raisons qui nous ont menés à nous occuper des enjeux de transition environnementale ou sociale n’ont pas disparu, bien au contraire. On sent qu’à nouveau la RSE redevient un sujet sensible.

Vous organisez votre université d’été les 11 et 12 juin prochains à Tours sur le thème "Refaire Société par l’Entreprise" en clin d’œil à la RSE. Qu’est-ce que cela veut dire ?

C’est un thème qui résonne bien avec les enjeux d’aujourd’hui et qui apparaît à nouveau comme un thème clé dans la période que nous traversons. L’ensemble de la société est en effet très attaqué par la rapidité et la violence des transitions actuelles, par les enjeux géopolitiques et les guerres, par les transitions climatiques et la précarité énergétique, par l’impact du digital et des réseaux sociaux, par l’intelligence artificielle (IA) et son lot de désinformation et de destruction de notre capacité d’intelligence collective au profit d’une intelligence numérique. Tous ces changements mettent en tension la société, sans parler de nos politiques, en France, qui n’arrivent plus à se mettre d’accord et se polarisent, se radicalisent. Or, quand on regarde les sondages, on s’aperçoit que l’entreprise est un lieu, aujourd’hui, où les gens reconnaissent qu’ils se sentent plutôt bien. C’est un lieu de proximité, un lieu de vie, un lieu où l’on fait société au sens où l’on coopère, on collabore, on participe à des projets, on travaille avec les autres.

Et faire société, c’est cela, c’est collaborer, coopérer au service d’un projet commun. Et en ce sens l’entreprise est un acteur hyperstructurant. Elle n’est plus seulement créatrice de richesse sur un territoire, mais un acteur qui fait en sorte que cette richesse devienne sociale par la valeur partagée, sociétale et environnementale par le fait qu’on impacte positivement le territoire. L’entreprise qui fait société est un lieu de cohésion sociale et cela fait du bien dans une société qui s’individualise énormément. Une entreprise qui fait société va devenir plus robuste parce qu’elle emploiera des gens épanouis, qui vont contribuer plus fortement par leur travail à sa réussite, grâce à un management qui fait grandir, qui écoute, qui donne de l’autonomie. C’est l’entreprise citoyenne dont on parlait il y a assez longtemps.

L’ambition de cette université, c’est de montrer qu’il y a des choses qui marchent, des réflexions qui avancent, avec des experts, des chercheurs qui explorent ces thèmes, ces enjeux, et mesurent les risques qu’il y a devant nous dans toutes ces mutations.

Et comment nous, entreprise, nous pouvons continuer dans ces conditions à faire société.

Universités de l’économie responsable, Refaire Société par l’Entreprise, les 11 et 12 juin 2026, MAME, Cité de la création et de l’innovation à Tours. Programme et inscription sur ce lien.

France # RSE # Réseaux d'accompagnement # Engagement sociétal # Transition écologique # Transition énergétique