Plusieurs centaines de salariés de la maison de cognac Hennessy, propriété du groupe LVHM, ont manifesté ce mardi 19 novembre à Cognac (Charente). En cause, la crainte, selon les syndicats, de voir ce poids lourd du secteur des spiritueux délocaliser la mise en bouteille en Chine, et ce afin de contourner la surtaxe mise en place par le ministère du commerce chinois depuis le 11 octobre. Selon la liste chinoise des entreprises taxées en conséquence de l’enquête antidumping lancée en janvier, Hennessy, en tant que leader, est le plus taxé, à hauteur de 39 %.
Vers une délocalisation de l’embouteillage ?
La CGT, FO et la CFDT décrivent comme un "projet expérimental" le souhait d’Hennessy d’envoyer en Chine du cognac en vrac, pour contourner ainsi les conditions de la surtaxe chinoise, qui ne s’applique qu’aux eaux-de-vie expédiées dans des contenants pouvant aller jusqu’à 200 litres.
Si le ministère du commerce chinois avait récemment semblé faire un pas, vécu comme un "signal positif" par l’interprofession, les salariés charentais d’Hennessy craignent, eux, une délocalisation en chaîne de l’embouteillage du cognac, qui fait face à une importante crise économique, à laquelle est venu s’ajouter le dossier chinois.
Fred Merceron, délégué syndical FO, précise au quotidien La Charente Libre que "l’entreprise voudrait remplir 600 000 caisses là-bas, soit 10 % du volume global de la maison". Hennessy envisage de faire partir "1 000 litres dans un container en inox dès la mi-décembre", apprend-on encore dans La Charente Libre, toujours de source syndicale.
"Explorer toutes les pistes"
De son côté, le BNIC (Bureau National de l’Interprofession du Cognac), chargé de défendre les 4 400 viticulteurs, 130 distillateurs et 245 négociants de la filière, reste prudent. Affirmant toujours que "si rien n’est fait" (sous-entendu : diplomatiquement), "la situation va continuer à se dégrader. Le BNIC n’a vocation à commenter ni les stratégies individuelles des entreprises, ni les mouvements sociaux qui pourraient y être liés", glisse un communiqué en date du 18 octobre.
"Cependant, il est à noter que dans l’attente d’une solution négociée, et face à la dégradation constatée, certaines Maisons pourraient être contraintes d’explorer toutes les pistes qui leur permettraient de maintenir la présence de l’appellation sur le marché chinois afin de tenter de limiter les impacts négatifs sur l’ensemble de la filière et de la région", termine l’interprofession.