Les chiffres du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) parlent d’eux-mêmes. En 2024, 28,97 millions de bouteilles de cognac ont été expédiées vers la Chine, deuxième marché en volume du spiritueux charentais derrière les États-Unis, soit une baisse de 9,6 % en volume et de 23,8 % en valeur par rapport à 2023.
Une conséquence directe des mesures antidumping
"Cette tendance s’explique en grande partie par la reprise difficile de l’économie chinoise. [Et] les effets des taxes chinoises imposées depuis le 11 octobre ont déjà un impact très visible sur nos exportations vers la Chine", précise le BNIC. Il fait ici référence aux mesures prises en conclusion de l’enquête antidumping sur les importations de brandy européen (essentiellement du cognac), lancées par Pékin en janvier 2024 en représailles d’une décision européenne de surtaxation des véhicules électriques chinois.
Le 25 novembre dernier, la Commission européenne avait d’ailleurs saisi l’OMC pour dénoncer la non-conformité (démentie par le ministère du Commerce chinois) de ces mesures de rétorsion (caution ou lettre de garantie bancaire).
"La baisse très marquée de nos expéditions vers la Chine depuis octobre dernier rend plus nécessaire que jamais une solution politique rapide au problème des taxes chinoises, estime le BNIC. Les négociations bilatérales annoncées par le chef de l’État avec la Chine, pour rapidement suspendre les taxes qui nous touchent, doivent maintenant démarrer. Et le déplacement en Chine du Premier ministre - annoncé sur le premier trimestre de l’année - doit être organisé".
Les cognacs les moins chers plébiscités
Les mesures antidumping ont aussi eu un effet sur le volume général des expéditions du cognac dont 98 % des ventes partent à l’export : si elles augmentent légèrement en volume (166 millions de bouteilles, + 0,4 %) elles diminuent en valeur de 10,6 % "à près de 3 milliards d’euros".
L’écart, indique l’interprofession, "s’explique essentiellement par une forte hausse des expéditions de cognacs de jeune qualité (les moins chers, + 13,7 % tous pays confondus) corrélée à une baisse des qualités VSOP et XO (respectivement - 8,6 % et - 26,4 %) résultant notamment de la procédure antidumping".
Le marché américain retrouve des couleurs
Sur le reste de ses marchés, les chiffres observés sont plus nuancés. La zone Alena (États-Unis, Canada et Mexique) enregistre une hausse de 15,3 % en volumes (70,6 millions de bouteilles expédiées) mais une diminution en valeur de -1,5 % (1,12 milliard d'euros). La hausse est principalement portée par les États-Unis, "confortée et liée au bon comportement de l’économie américaine et au travail de déstockage mené sur l’année", précise l’interprofession. Le coup de vis protectionniste du nouveau président américain Donald Trump sur les droits de douane fait craindre toutefois au cognac de nouvelles mesures de restriction qui pourraient venir altérer cette dynamique.
En Europe, le cognac a expédié 31,6 millions de bouteilles en 2024, soit une baisse de 3,8 % en volume mais une hausse de 4,4 % en valeur (461 M€), des chiffres notamment dopés par le Royaume Uni (7,8 millions de bouteilles), en cinquième position des exportations du spiritueux. Un chiffre supérieur aux ventes en France (5,3 millions de bouteilles). À noter qu’à la quatrième place, on trouve l’Afrique du Sud, un marché en forte progression (+ 26,7 % en volume et + 24,1 % en valeur).