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Face à des ventes en berne, le cognac envisage le recours à de l’arrachage définitif subventionné
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Face à des ventes en berne, le cognac envisage le recours à de l’arrachage définitif subventionné

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Après la tempête des droits de douane chinois et américains, le cognac subit toujours une chute de la consommation et s’enlise dans une crise plus durable. Pour y faire face, son interprofession évoque des dispositifs de distillation et d’arrachage, temporaire comme définitif. Au total, plus de 13 000 hectares (sur un vignoble dépassant les 88 000 ha) pourraient être concernés.

Le vignoble charentais dépasse les 88 000 hectares — Photo : Stéphane Charbeau

On pourrait croire le gros de la tempête passé suite à l’accord de juillet sur les droits de douane chinois (34,9 % en moyenne avec exemptions si accords sur les prix avec Pékin) et les nouveaux droits (15 %) annoncés en août pour l’export vers les États-Unis. Pourtant, les dernières nouvelles du cognac ne rassurent pas. Ce 8 octobre, Florent Morillon, président du BNIC (Bureau National Interprofessionnel du Cognac), instance représentative d’une filière réunissant 4 429 agriculteurs et bouilleurs de cru et 243 maisons de négoce (pour 14 500 emplois directs), a présenté une série de dispositifs espérés pour faire face à une crise qui s’aggrave.

Une crise qui s’accentue

Les derniers chiffres sont parlants. "En année glissante en septembre, on est à -10 % d'expéditions par rapport à l’an dernier avec 145 millions de bouteilles expédiées", assure le responsable. "Sur ces dernières années, on a perdu la croissance des dix ans précédents. Rien que sur la Chine, on estime avoir perdu 25 % du marché en 18 mois". Malgré la fin du dépôt de caution bancaire à la frontière chinoise, qui avait provoqué beaucoup de reports d’expéditions, le second marché du Cognac reste à la peine, marqué par une baisse généralisée — et mondiale — de la consommation, qui touche aussi les États-Unis, où elle devrait encore s’accentuer encore l’année prochaine.

Du côté des maisons et négociants, les plans sociaux se multiplient : douze personnes vont être licenciées chez Hine, une trentaine chez Camus et Courvoisier, et la vague pourrait se poursuivre, avec des maisons qui réduisent aussi leur volume d’achat d’eau-de-vie dans les contrats passés avec les viticulteurs, comme Martell ou Rémy Martin.

"Rien que sur la Chine, on estime avoir perdu 25 % du marché en 18 mois."

Ajustement de volume

Pour faire face à ce contexte morose, l’interprofession a ajusté le rendement commercialisable à un niveau historiquement bas : 7,65 hectolitres d’alcool pur par hectare. Mais selon elle, ce n’est pas suffisant.

Elle a ainsi mis en place depuis février dernier un dispositif de son cru, le VCCI (pour volume complémentaire de cognac individuel).

"Si j’ai dix hectares de vigne et que j’en arrache un, je peux vendre sur mes neuf hectares l’équivalent des dix. On s’en sert pour optimiser les coûts de production pour donner de l’oxygène aux viticulteurs", relate Florent Morillon. Le BNIC estime à "environ 2 000" le nombre d’hectares déjà entrés dans le dispositif, "qui repose sur le volontariat.

13 500

Arrachage temporaire et définitif

"Au-delà de ça, notre bassin est probablement surcalibré", affirme le porte-parole de la filière. Elle espère faire subventionner par l’État (où, à défaut, autofinancera) de l’arrachage temporaire, déjà annoncé en février dernier et censé "mettre le bassin d’approvisionnement plus en adéquation avec les marchés sans perdre son potentiel puisqu’on garderait les droits de plantation". Au total, ces deux mesures concerneraient "entre 7 000 et 10 000 hectares à mettre en pause", sur un vignoble dépassant les 88 000 hectares.

L’interprofession espère faire financer par l’État et l’Europe de l’arrachage définitif, "sur environ 3 500 hectares, correspondants à l’équivalent du volume perdu par le marché chinois et la guerre commerciale (taxation européenne sur les véhicules électriques chinois, NDLR) dont on a subi les conséquences. On demande à être indemnisés". Enfin, pour anticiper l’éventuel surrendement au cas où la crise de consommation s’aggraverait, la filière du cognac pourrait mettre en place un dispositif exceptionnel de distillation de crise "pour trouver des débouchés" à des chais déjà pleins. "Si jamais on n’en a finalement pas besoin, ce sera tant mieux, mais on anticipe".

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