France
Décarbonation : le Réseau action climat signale une "difficile mutation" dans l’industrie
France # Industrie # Transition écologique

Décarbonation : le Réseau action climat signale une "difficile mutation" dans l’industrie

S'abonner

Parmi les 50 sites industriels les plus émetteurs de CO2 ayant élaboré une trajectoire de décarbonation avec l’État, huit d’entre eux ont vu leurs émissions augmenter en 2023. Quand les émissions ont baissé, le mouvement est dû à la conjoncture économique signalent le Réseau action climat et France nature environnement dans un rapport.

Le site Arcelor Mittal de Dunkerque est le 2e site industriel le plus émetteur de CO2 en France — Photo : ArcelorMittal

La décarbonation des grands industriels est une "difficile mutation", alors que 50 sites représentent 7,3 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, relèvent le Réseau action climat et France nature environnement dans un rapport publié le 16 juillet. Les deux organisations se sont penchées sur ces 50 sites, qui ont fait l’objet d’une contractualisation avec l’État, afin de réduire leurs émissions. Et si les émissions de la plupart de ces sites ont diminué en 2023, la conjoncture a pesé sur ce mouvement, selon ce rapport.

Des baisses d’émissions et de production

"Nous avons comparé les niveaux d’émissions de gaz à effet de serre aux niveaux de production, ce qui permet de relever des tendances", explique Aurélie Brunstein, responsable industrie lourde du Réseau action climat. Résultat : en 2023, le secteur de la chimie a réduit ses émissions de 1,8 % tandis que ceux de l’acier et des matériaux de construction enregistrent une baisse respectivement de 14 % et de 7 %.

Cette baisse intervient dans un contexte "de coût élevé de l’énergie, de ralentissement du secteur du bâtiment" et "l’acier français rencontre également des difficultés de compétitivité face à la concurrence chinoise et indienne", détaille le rapport. Ce qui a entraîné une baisse de la production d’acier en France de 18,5 %.

+ 24,1 %

Du côté des hausses, sur les 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre, certains ont vu leurs émissions augmenter en 2023 par rapport à 2019. C’est le cas de l’usine de chimie Yara du Havre (+ 29,8 %), du cimentier Vicat à Peille dans les Alpes-Maritimes (+ 24,1 %) ou encore de l’usine pétrochimique TotalEnergies à Gonfreville en Seine-Maritime (+ 9,8 %). Par ailleurs, malgré une diminution de 30 % de leurs émissions de gaz à effet de serre, les sites de l’aciériste Arcelor Mittal de Fos-sur-mer et de Dunkerque restent les sites les plus émetteurs de CO2.

Un appel à la "responsabilité des entreprises"

Pour parvenir à la décarbonation de l’industrie, 48 milliards d’euros sont nécessaires selon une évaluation de l’Institut Rousseau relayée par ce rapport. Sur cet investissement, l’Institut recommande que 20 milliards d’euros soient pris en charge par l’État avec des subventions. Mais pour le Réseau action climat et France nature environnement, ces subventions doivent être assorties d’une éco-conditionnalité.

"Nous en appelons à la responsabilité des entreprises. Beaucoup ont communiqué sur leur décarbonation mais il y a aussi d’autres pollutions qui ne sont pas prises en main alors que cela demande de la cohérence et de la responsabilité par rapport aux enjeux environnementaux", explique Aurélie Brunstein.

Le captage de carbone, "une solution de derniers recours"

Les stratégies de décarbonation mises en œuvre par les entreprises manquent également de transparence selon ce rapport. "Les leviers de décarbonation sont peu cités dans les contrats de transition écologique, qui sont les informations à disposition du public. Ces efforts se concentrent sur l’efficacité énergétique, l’électrification, la biomasse et le captage de carbone", poursuit Aurélie Brunstein.

Mais selon le Réseau action climat, le captage de carbone doit être "une solution de dernier recours" pour réduire les émissions résiduelles, "une fois les autres solutions de décarbonation déployées". À noter que ces feuilles de route donnent peu d’informations sur les leviers d’économie circulaire et de sobriété visant à transformer durablement l’activité des industriels, selon ce rapport.

Les mutations de l’emploi, un "angle mort"

Le Réseau action climat alerte également sur l’absence d’étude d’impact sur les conséquences de la décarbonation sur l’emploi et les compétences. Selon Aurélie Brunstein, "présenter une étude d’impact en CSE est une obligation de la loi Climat résilience pour les entreprises de plus de 300 salariés, mais cette question est un angle mort alors qu’elle semble essentielle pour anticiper et éviter toute casse sociale liée à la décarbonation de l’industrie".

France # Industrie # Transition écologique